‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 77 sur 92 · VII. L'Église romaine peut errer en matière de foi · texte numérisé non relu

VII. L'Église romaine peut errer en matière de foi

VIII. Le Pape ne peut dispenser des règles de l’Église ‘universelle.

IX. Le sacrement de la Pénitence, quant à la grâce qu'il confère, est d'ordre naturel, et n'a été institué par Dieu, ni dans l’Ancien, ni dans le Nouveau Testament.

Ces propositions furent taxées d’hérétiques et les juges ordonnèrent que tous les exemplaires du De Confessione qu'on pourrait trouver seraient livrés aux flammes. Cette sentence était de mauvais augure pour l’auteur. Et pourtant cinq membres du jury sur cinquante eurent le courage de faire valoir des excuses en faveur de l’absent : c'étaient trois maîtres en théologie ou en philosophie : Diego de Deza, Fernand Roa et Santi Spiritus et deux licenciés Juan Quintanapilla et Enciso. Hoyuelos fit des réserves formelles. Cependant, Pedro d'Osma, que la peur bien plus que la fièvre avaient retenu à Madrigal, se décida à partir pour Alcala de Henarès. Il comparut devant l’archevèque de Tolède et, effrayé de la peine du bûcher qui l’attendait, il se rétracta (mi-juin 4489).

Alors, don Carillo ordonna de faire une procession solennelle, pour fêter cette victoire non pas de la vérité, mais de l'orthodoxie. Le 29 juin, jour de fête des Apôtres saint Pierre et saint Paul, au milieu d’un immense concours de prêtres et de religieux, les bourgeois d’Alcala purent voir le pauvre Pedro de Osma, marchant au centre de la procession, la tête basse, une torche de cire ardente à la

1. La sentence du tribunal d’'Alcala fut confirmée par une bulle de Sixte IV, du 10 août 1480,

main. Arrivé au monastere de Saint-François, il monta en chaire dans l'Église du couvent et abjura ses prétendues erreurs, en la forme coutumière.

Cette capitulation de conscience du D' Martinez ne lui épargna que la vie, il fut destitué de ses fonctions de professeur et de correcteur des Écritures, avec défense de s'approcher de Salamanque à moins d’une lieue à la ronde; mais on lui laissa le surplus de ses bénéfices. Le malheureux mourut, l'année suivante, au couvent des Franciscains d’Alcala, où il avait abjuré, conservant sans doute au fond du cœur les idées, auxquelles il avait été amené par l'étude impartiale de la Bible.

Il a manqué à Pedro de Osma le courage du martyre, pour faire école en Espagne; du moins il eut le mérite, trente-sept ans avant Luther, d'élever la voix contre les indulgences et l'infaillibilité de l'Église.

Maigré cette répression violente du premier essai de réforme dogmatique, la hiérarchie, aidée de l’Inquisition, ne réussit pas à éteindre le flambeau des études bibliques

Salamanque. Alphonse Tostado, ancien élève de l'Université qui devint évêque d'Avila, écrivit des Commentaires (en 1455) sur les livres historiques de l’Ancien Testament et sur saint Mathieu, où il préconisait l’exégese philosophique. Il soutint des propositions originales sur l'âge et la date de la mort de Jésus-Christ, et reprit une partie des thèses de Pedro Martinez. Il soutint que ni Dieu, ni le prêtre n absolvent du péché, mais seulement des peines qui en sont la conséquence.

Mais, c'est à Antonio Lebrija, le disciple et ami de Pedro d'Osma (1444-1522), que revient le titre de précurseur de la Réforme des humanités profanes et des études bibliques en Espagne. Né à Lebrija (ou Nebrija), il suivit les cours de l’université de Salamanque, où 1l eut pour maitre Pedro de Osma. I} a dit de lui qu'après Tostado, il avait mérité le titre de prince des lettres de son temps et le loue, entre autres, d'avoir, sur un seul

exemplaire des livres saints, corrigé plus de 600 pas-

sages!. Lebrija fut envoyé ensuite au collège Saint-.

Clément, de l’université de Bologne, où il écouta les leçons de Galeoto Martyr, et où il apprit à fond le grec et l’hébreu. De retour dans son pays, il enseigna la grammaire et la poétique latine aux universités de Salamanque près de Séville.

Mais, devenu suspect d’hérésie, sans doute à cause de sa connaissance de l’hébreu?, il fut destitué de sa chaire et privé de ses bénéfices. Heureusement le cardinal Ximénès qui, Comme on l’a vu, encouragea dans une certaine mesure le progrès des études théologiques, l’accueillit à Alcala et l’employa à la préparation de sa Bible polyglotte. Il eut, entre autres, comme collaborateurs, pour l'édition du Nouveau Testament, l’helléniste Nuñez de Guzman, surnommé Æ/ commendador griégo. Le savant cardinal n'hésita pas à confier au professeur révoqué de Salamanque la chaire de littérature latine-grecque à l’université de Alcala de Hénarès. C’est là qu’il enseigna, jusqu'à sa mort, devant un grand concours d’auditeurs, par exemple Jean de Sepulveda, Florian Ocampo, etc., parmi lesquels Ximénès ne dédaignait pas de s'asseoir. Outre sa grammaire latine et ses introductions à la langue latine, qui devinrent classiques en Espagne, Antonio de Lebrija a laissé des Annotationes in L Sacrarum Scripturarum locos. Compluti. MDXVI. où il fait preuve d’un esprit libéral, le même esprit que Nicolas de Clamengis, et d’une méthode d'interprétation scientifique. I1 y exhorte à la lecture des livres saints et s'efforce de ramener les théologiens, « égarés, dit-il, dans les disputes sans fin sur des sujets « inutiles, à la vraie source de la doctrine chrétienne : « le Nouveau Testament. »

1. Voir A. de Lebrija, Apologia earum rerum quæ ill objiciunlur. Granata, 1535, in-4°. Comp. l’article d'E. Baret sur les Ecoles espagnoles au xv° siècle dans la Revue des Sociélés savantes, 1862.

2. Dès la publication des premiers ouvrages de Luther, naquit ce proverbe espagnol: « Es {an docto, que es in peligro de ser luleräno, »

PR

Antonio de Lebrija peut servir de trait d'union entre les humanistes espagnols et ceux d'Italie au xv° siècle.

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