Voir F.K. Meier, G. Savonarole. Berlin
idéal moral élevé. Le spectacle de l'Italie déchirée par les partis politiques et la vue de la licence et des fêtes païennes de Ferrare, formaient un tel contraste avec son idéal que cela engendra chez lui une profonde mélancolie. Elle perce dans deux poésies composées à vingt ans : l’une latine porte le même titre que le traité contesté de Clamengis, « De ruina mundi », et l’autre, en vers italiens, intitulée « Del dispregio del mundo », et qui fait penser à un des traités moraux des Vaudois, « Desprezi del mont ». Ces écrits d’origine et de date différente ont deux traits communs : le dégoût du monde et de ses vices et l’inspiration vers un idéal plus pur et plus calme.
Un chagrin d'amour, qu'il éprouva à vingt-deux ans, vint accroître sa mélancolie. Il s'était épris de la fille d’un certain Strozzi, patricien banni de Florence, qui habitait près de chez lui. Après avoir longtemps soupiré en silence, Savonarole se risqua à lui déclarer sa flamme ; mais il éprouva un refus, qui lui fut d'autant plus douloureux qu'il était motivé par l'infériorité de la condition de son père*. La ruine de ses espérances acheva de le dégoûter du monde et de tourner ses désirs vers la vie monastique.
A vingt-deux ans, sa résolution fut prise : il renonça au monde etse consacra entièrement au service de Jésus- Christ. Il eut le courage de la garder secrète pendantune année, sans pouvoir d'ailleurs entièrement tromper la sollicitude inquiète de sa mère (1474-1475). C’est alors, dans le recueillement de sa préparation silencieuse à la vie monastique, que J. Savonarole composa un dialogue en vers, sous le titre: « De ruina Ecclesiæ. »
Nous en citerons seulement cette strophe :
LE POÈTE
Où sont les saints et les docteurs des temps passés ? Où sont la science, la charité et la candeur des Apôtres ?