Fra Benedetto, Vulnera diligentis, lib. 1, cap. 1x
L'ÉGLISE (conduisant le poète à une grotte).
Lorsque je vis l'Orgueil pénétrant à Rome et y souillant toute chose Je m'éloignai et me renfermai dans ce lieu, où je pleure, Vois mes plaies et mes blessures.
LE POÈTE
Mais qui à poussé les choses à ce point?
L'ÉGLISE Une courtisane trompeuse et altière!
LE POÈTE
0 Dieu ! s'ilétait possible de briser ces grandes ailes!
Il y à dans ce canzone un peu de la mélancolie, que nous avons déjà trouvée dans les plaintes de François d'Assise sur le délaissement de « dame Pauvreté» depuis la mort de son divin époux, et comme un écho plus rapproché des sonnets de Pétrarque sur la Cour d'Avignon.
Jérôme profita de l'agitation du jour de Saint-Georges (24 avril 1475), qui était grande fête à Ferrare, pour s’enfuir au couvent des Dominicains de Bologne où il resta sept années (1475-1482).
Au bout de peu de mois, ses supérieurs lui confièrent la fonction de «lecteur des novices », il fut chargé d'enseigner à ceux-ci la philosophie et la théologie biblique, ce qui lui fournit l’occasion d'étudier à fond l'Écriture Sainte. On à conservé plusieurs Bibles qui Ini ont appartenu et dont les marges sont chargées d’annotations latines. Ces études le préparaient indirectement à l'office de prédicateur. En effet, le prieur du couvent ayant discerné en lui des aptitudes oratoires, le fit passer de l’enseignement à la prédication. On l'envoya, pour commencer, à Ferrare sa ville natale (1482).
Les débuts de Savonarole comme prédicateur à Ferrare, et l’année suivante à Florence, furent médiocres. A l'église Saint-Laurent, dans cette dernière ville, il n'avait guère plus de vingt-cinq auditeurs; tandis que
fra Maria de Gennazaro, un Franciscain, faisait église comble. Le jeune Frère Prêcheur, très découragé, songeait déjà à renoncer à la carrière de la chaire, mais heureusement pour l'Église, ses supérieurs virent plus juste que lui; ils l’envoyèrent prècher deux carèmes de suite à San Gimignano, bourg perdu dans les montagnes de Sienne. Sa prédication improvisée, naturelle, dépouillée des fleurs de rhétorique, plut à ces montagnards moins raffinés que les Florentins. Savonarole, enhardi par cet accueil favorable, commença d'épancher sur ses auditeurs le trop plein de son cœur, ses doléances sur les misères de l'Église et de l'Italie et ses imprécations contre les auteurs de cette corruption et de réclamer la guérison de ces maux, par le retour à l'obéissance aux préceptes de l'Évangile. Il exposa, ensuite, ces vues réformatrices à Brescia (1486) et à Gènes (1487), avec un succès croissant qui prouvait qu’elles répondaient bien aux aspirations des meilleurs de ses contemporains.
Frère Jérome avait alors trente ans : il était de taille au-dessus de la moyenne; son teint basané indiquait un tempérament bilieux, nerveux, il avait le front bas et déjà sillonné de rides; le rez aquilin marque l’homme d’action, la bouche large avec des lèvres épaisses et serrées montre un sourire amer; ses yeux noirs, étincelants sous d’épais sourcils, révélaient la flamme intérieure qui le dévorait: le salut des âmes, la rénovation de l'Église et de l'Italie.
Au moral, l'orateur dominicain tranchait sur la moyenne des prédicateurs de son temps : tandis que la plupart des prêcheurs, à la manière des scolastiques, ordonnaient leurs sermons d’après les arguments d'un syllogisme et y entremélaient force citations des Pères de l'Église, Jérôme Savonarole faisait en général des homélies sur des textes de la Sainte Écriture. Ses sujets favoris étaient empruntés aux prophètes d'Israël et, lorsqu'il censurait les vices de ses auditeurs, il apparaissait comme un nou-
veau Joël ou un Ezéchiel. L'austérité de ses mœurs doublait l’efficace de sa parole et lui gagnait les cœurs. Pic de la Mirandole, après l'avoir entendu une seule fois, au chapitre de Reggio, fut conquis et le recommanda à son ami Laurent de Médicis, afin de le faire nommer lecteur des novices au couvent de Saint-Marc (Florence). Le despote florentin le fit en effet appeler (août 1489), sans se douter qu'il aurait un jour en lui son plus redoutable adversaire.
Un an après, Savonarole commença dans le cloitre de ce couvent, à l'ombre d’un rosier de Damas ses premières homélies sur l’Apocalypse. L’affluence des auteurs augmentant, on insista pour quil prèchàt dans l'Église. Après quelques hésitations, il céda aux instances de ses auditeurs ordinaires et, s’étant recommandé à leurs prières, il monta en chaire, le dimanche 1° août 1490. C'est dans ce sermon qu'il développa pour la première fois ses thèses prophétiques : il y aura, de notre temps, une rénovation de l'Église; Dieu, auparavant, enverra à toute l'Italie un grand fléau; ces deux événements se produiront sous peu. Son accent convaincu et inspiré, sa physionomie austère, sa parole impétueuse produisirent un effet considérable dans la ville. Il se forma un parti, dit des Piagnoni qui se proposa de soumettre la démocratie florentine aux règles données par les apôtres à l'Église primitive.
Cependant, le vieux Laurent de Médicis commençait à s'inquiéter de l'influence grandissante du jeune Dominicain, quil avait imprudemment fait nommer à Saint- Marc; il s'efforça d'obtenir son silence, d'abord par des promesses qui furent sans effet, puis par des menaces. Mais en vain, le censeur intrépide lui fit dire qu'il s’apprêtât à faire pénitence de ses fautes. Plus tard, étant tombé malade et sentant les approches de la mort, Laurent exprima le désir de se confesser à Girolamo, comme au seul religieux digne de ce nom. Savonarole se
rendit au chevet du mourant et, après que ce dernier lui eut confessé ses péchés, lui posa trois conditions pour lui donner l’absolution : qu'il eût une foi vive en la miséricorde de Dieu et qu'ilrestituat les biens acquis injustement. Ces deux conditions furent acceptées. Alors le moine se leva et le fixant d’un regard flamboyant qui donnait à sa figure quelque chose de surhumain : « Enfin, dit-il, il faut « que vous rendiez la liberté au peuple de Florence. » Mais le despote, rassemblant ses dernières forces, se retourna vers le mur et garda le silence. Savonarole, inflexible à son tour, sortit sans lui donner l’absolution. Quelques semaines après, Laurent de Médicis rendait le dernier soupir.
L'année suivante, le prieur de Saint-Marc exhorta plus vivement que jamais, ses auditeurs à la repentance, à cause du glaive de Dieu, qui, disait-il, était suspendu sur la tête de l'Italie. A la suite de révélations qu'il avait eues en songe, il annonça l'invasion victorieuse du roi de France, Charles VIIT, qu'il considérait comme un nouveau Cyrus, et la mort du roi de Naples (novembre 1494). La réalisation de la première de ces prédictions accrut encore sa popularité. Lorsque, en effet, Charles VIIT, qui avait pris part pour Pierre de Médicis, fils de Laurent, marcha sur Florence, Savonarole alla au-devant de lui, et lui rendit visite dans son camp. Après lui avoir rappelé qu'il avait annoncé sa venue et lui avoir tracé ses devoirs d’envoyé de Dieu, il réussit à le dissuader d'attaquer sa ville. Quelques mois après, le fils du tyran, qui avait été élu président de la Seigneurie, fut exilé, et le fils de saint Dominique fit proclamer Jésus-Christ roi de Florence.
Dès lors, Savonarole devint comme le directeur spirituel de cette ville et, soit dans ses sermons, soit par des projets présentés directement à la Seigneurie, il entreprit la réforme des mœurs et de l’état social!.