‹ Les précurseurs de la réforme et de la liberté de conscience dans les pays latins du XIIe au XVe siècleChapitre 85 sur 92 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Entre ces hommes de tempérament et de méthode si divers, mais tous de race latine, depuis saint Bernard jusqu'à Gerson, d’Arnauld de Villanova à saint Vincent Ferrier, de Valdo à Laurent Valla, de saint François à Dante, et d'Arnauld de Brescia à Savonarole, il y eut, certes, une même source d'inspiration et une communauté de but et de tendances.

Leur point de départ, comme chez les précurseurs Slaves et Anglo-Saxons, c’est le Saint-Esprit témoignant à leurs consciences de la vérité des Saintes Écritures, par opposition aux erreurs et aux fraudes pieuses de la tradition ecclésiastique. Leur but commun fut de rendre à l'Église, cette divine épouse du Christ, sa figure pauvre, mais immaculée des temps apostoliques, en un mot, de la régénérer. Le sentiment qui les mit tous à l’œuvre réformatrice, ce fut l'amour de la vérité et de la beauté morale, en d’autres termes, l'honneur de l'Évangile, compromis par des prélats dégénérés ou par les institutions catholiques, qui s'étaient corrompues au contact du siècle. De là vient que tous combattirent, d’une main plus douce ou plus rude, les vices du clergé, la simonie et les mauvaises mœurs, au nom de l'idéal des Apôtres. Ils attaquèrent les abus du cléricalisme, au nom de la religion pure.

Après avoir passé en revue ces témoins de la réforme évangélique, sortis de France, d'Italie et d'Espagne, du xu° au xv° siècle, n'avons-nous pas le droit de tirer deux conclusions de cette histoire ?

La première, que les travaux des historiens de l'Église

au moyen àge ont mise en pleine lumière, depuis une quarantaine d'années!, c'est que la Réformation du xvr° siècle n’a pas été la soudaine révolte de moines jaloux ou de souverains mécontents de la Papauté. Au fond elle plonge ses racines très avant dans le passé religieux et politique de l'Europe, elle fut la dernière et décisive explosion de la conscience chrétienne, indignée des abus graves et invétérés de l'Église catholique d'Occident.

Et la seconde, c'est que le protestantisme, ou plutôt l'esprit protestant, c’est-à-dire l'examen libre et personnel en matière de foi, n'est pas, comme on l'a dit?, sorti des brumes du Nord, ni le produit exclusif des races germaniques ; il s’est révélé aussi bien chez les nations latines, au sud de l'Europe, que chez les peuples anglo-saxons ou slaves, anglais, allemands ou tchèques. S'il n'a pas triomphé au Midi comme au Nord, ce n’est pas faute d'y avoir eu ses champions intelligents et ses glorieux martyrs.

Plusieurs ne craignirent pas de faireremonter la cause de ces abus jusqu'au Pape lui-mème et aux richesses de l'Église romaine ; c'est ainsi que saint Bernard, de même qu'Arnauld et Dante, eût voulu affranchir le Saint-Siège de la gestion du temporel, et que saint François, comme Valdo, s'efforça de supprimer la propriété des églises et des couvents, comme étant la principale source de corruption. La plupart de ces hommes souffrirent pour cette noble cause de la vérité et de la liberté de conscience: ils furent vaincus et écrasés par l'autorité despotique de la hiérarchie. Quelques-uns seulement échappèrent aux foudres pontificales, à cause du prestige de leur éloquence, comme saint Bernard, ou à force d'humilité et de souplesse, comme saint François d'Assise. Tous, à peu près, eussent mérité

1. Voir, entre autres, les travaux de Léopold von Rancke, d'Ignace, von Doellinger, de B. Zeller, de F. Rocquain, de Charles Schmidt, etc. 2. Voir H. Taine, Histoire de la lillérature anglaise, 1, p. 151 et II,

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d'être canonisés, si l’on avait consulté l'opinion du peuple chrétien.

C'est, du moins, le devoir de l'historien de la liberté religieuse, de sauver leurs noms de l'oubli ou de les laver

des calomniesdeleurs adversaires, car ces hommes furent

des témoins austères et désintéressés de la conscience, ils

restèrent ou se firent pauvres, afin de prêcher d'exemple

et de s'identifier avec Jésus-Christ, le divin modèle. Ils ont donc bien mérité de la république chrétienne ; bien plus,

Dis furent de nobles exemplaires de l'humanité au moyen

Ho ôge.

Nous publions en premier lieu le sermon prêché par Savonarole, à Florence, le second dimanche du Carême (28 février 1495), parce qu'ayant été spécialement censuré par Alexandre VI, il a été supprimé dans toutes les éditions postérieures au milieu du xvi siècle. Il est, en effet, intéressant à plusieurs titres. Il offre l'explication de deux textes, l'un de l'Évangile, l’autre d’un des prophètes et met au premier rang l'autorité de la Sainte- Écriture. Et puis, il censure d’une façon impitoyable les vices des laïques, des clercs séculiers et réguliers de son temps, faisant remonter la cause du mal jusqu'aux chefs de l’Église. Il se termine par l’annonce de calamités prochaines.

Nous donnons, en deuxième lieu, quelques extraits des Annales du Couvent de Saint-Marc, chronique inédite conservée à la bibliothèque médicéo-laurentienne de Florence, où l’on trouve l'écho de la prédication et l’impression des actes de Savonarole, exprimés par un de ses contemporains.

PREDICHE

po er del reverendo Frate Jeronimo de à da Ferrara, sopra Amos propheta, sopra Zacharia propheta : et parte etiam sopra li Evangelii occorrenti, et molti Psalmi di David utilissime à cadauno predicatore, et fedel Christiano. Novissimamente con. ogni diligentia

corrette.

Venerus. M. D. XXXIX-

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