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LA DISPERSION DU MUSÉE DES MÉDICIS 2i3

Quand Charles VIII arriva sur les frontières de la Toscane, il somma Pierre de Médicis de lui livrer passage et de se déclarer franchement pour lui. Le fils de Laurent perdit la tête. Présomptueux dans la fortune, il se trouva sans force, sans courage, sans dignité en présence d'un adversaire résolu. Sans consulter ses concitoyens, il livre les principales forteresses de TÉtat. C'est le signal de l'explosion. La ville se soulève, et le soir même, le 9 novembre 1494, le coupable est forcé de prendre la fuite. 11 ne devait pas revoir sa ville natale. Ses frères, ses parents n'échappent que difficilement à la fureur populaire. L'entrée des Français provoque de nouveaux désordres. Ici, il faut laisser la parole à Commines ; son récit se passe de commentaire :

LE PILLAGE DU MUSÉE DES MÉDICIS, d'après les Tapisseries de Raphaël.

« Le roy entra le lendemain (17 novembre) en la cité de Florence; et lui avoit ledit Pierre fait habiller sa maison. Et jà estoit le seigneur de Ballassat pour faire ledit logis ; lequel, quand il sçut la fuite dudit Pierre de Médicis, se prit à piller tout ce qui se trouva en ladite maison, disant que leur banque à Lyon luy devoit grande somme d'argent; et entre autres choses il prit une licorne entière (qui valoit six ou sept mille ducats) et deux grandes pièces d'une autre, et plusieurs autres biens. D'autres firent comme luy. En une autre maison de la ville avoit retiré tout ce qu'il avoit vaillant. Le peuple pilla tout. La Seigneurie eut partie des plus riches bagues, et vingt mille ducats comptans, qu'il avoit à son banc, en la ville, et plusieurs beaux ports d'agathe, et tant de beaux camayeux bien taillés que merveille, qu'autrefois j'avois vus, et bien trois mille médailles d'or et d'argent, bien la pesanteur de quarante livres ; et crois qu'il n'y avoit

point autant de belles médailles en Italie. Ce qu'il perdit ce jour en la cité valoit cent mille escus et plus 1 ».

Le récit de Paul Jove diffère quelque peu de celui de Gommines. L'historien de Léon X nous dit que le peuple força d'abord les jardins de Saint-Marc et y fit main basse sur les plus précieux d'entre les trésors de Pierre de Médicis. Il s'attaqua ensuite à la maison du cardinal, située près de l'église Saint- Antoine, et la pilla également. Quant au palais même des Médicis, la Seigneurie prit des mesures pour le protéger contre la rapacité de la foule. Mais le sire de Ballassat l'avait précédée, comme nous l'avons vu ; quand les magistrats arrivèrent, ce connaisseur émérite avait déjà fait son choix.

Un seul jour suffit pour anéantir l'admirable musée médicéen, fondé par Cosme avec le concours de Donatello, développé par Pierre, porté par Laurent au plus haut degré de splendeur. Dans la suite, malgré les efforts delà maison de Médicis, redevenue toute-puissante, il fut impossible d'en reconstituer le magnifique ensemble.

Les collections du palais de la Via Lata et d'un autre palais, appartenant également aux Médicis, furent divisées, on l'a vu, en trois parts assez inégales : celle qui devint la proie des soldats et de la populace; celle qui fut confisquée par la Seigneurie ; celle, enfin, que Pierre réussit à sauver d'un si grand naufrage. En effet, quelque précipitée que fût sa fuite, il put encore mettre en sûreté une partie de ses trésors. Son ami, l'orfèvre Michelangelo di Viviano da Gaiuole, reçut un dépôt considérable, qu'il restitua fidèlement ~.

Aux joyaux emportés par Pierre, à ceux que recueillirent pour lui ses fidèles, vinrent s'ajouter, selon toute vraisemblance, les collections déposées à Gareggi, à Poggio a Caiano, à Rome, peut-être même à Milan, où sa famille, on l'a vu précédemment, possédait un beau palais. Nous savons notamment par une lettre de Caradosso que le fugitif emporta le

1. Commiaes, Mémoires, livre VII, chapitre ix, édition du Panthéon littéraire, p. 204,

2. « A questo Michel Agnolo, nella partita loro di Firenze l'anrio 1494, lasciorno i Medici molti argenti e dorerie, e tutto fu da lui segrettissimamente tenuto e fidelmente salvato lino al ritorno loro; da' quali fu molto lodato dappoi délia fede sua, e ristorato con premio. » (Vasari, t. X, p. i'jq.)

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