DES MEDICIS
cachet de Néron (Apollon et Marsyas), le Char de Phaéton et la calcédoine (Enlèvement du Palladium).
Un document du plus haut intérêt, récemment publié par M. Cugnoni, bibliothécaire de la Chigienne, nous fournit la liste des camées engagés par Pierre, en 1496, à un banquier dont la richesse devait éclipser celle des Médicis, et auquel la postérité a décerné, comme à Laurent, le surnom de Magnifique, Agostino Chigi. Leur chiffre total s'élève à 166, non compris deux camées de petite dimension, un buste en calcédoine, et six pierres gravées '.
Le document qui nous a fourni la liste des camées contient également la liste des tapisseries destinées à compléter le nantissement du prêteur. Ce sont environ quatre-vingts pièces, la plupart désignées comme étant de qualité fine : tentures proprement dites, portières, ciels de lit, « banquiers », « espalliers », etc. Malheureusement, les sujets ne sont indiqués que pour deux suites, l'une représentant l'Histoire de Moïse (en quatre pièces), l'autre (une garniture de lit) représentant des enfants et des jardins. Signalons encore des « banquiers », avec les armoiries du cardinal Jean de Médicis, et des verdures. Chigi prêta 3, 000 ducats sur le tout, pierres et tapisseries.
Quelque considérables que fussent ces épaves, elles n'étaient cependant rien en comparaison des trésors que d'autres princes italiens, j'entends des princes de familles souveraines, réussirent dans des circonstances analogues à sauver du naufrage. C'est ainsi que le cardinal Ascanio Sforza- Visconti, s'enfuyant en Allemagne après la déroute de Ludovic le More, emporta 200,000 ducats, une masse de pierres précieuses, de bagues, de cristaux, de manuscrits, l'épée perdue par Charles VIII à la bataille de Fornoue, etc. 2
Il ne faut jamais perdre de vue ce fait que les richesses des Médicis, quoique immenses pour des particuliers, ne pouvaient pas se mesurer avec les ressources dont disposaient les souverains proprement dits, le pape, le roi de Naples, les ducs de Ferrare, de Mantoue, de Milan, etc.
1. Agostino Chigi il Magnijico. Rome, 1 88 1 , p. 112 et suiv.
2. G. d'Adda, Indagini storiche, artistiche e bibliografiche sidla libreria Visconteo- Sforjesca dei castello di Pavia. Appendice alla parte prima, p. 53.
2i6 LES PRÉCURSEURS DE LA RENAISSANCE
Le pillage du musée des Médicis eut un retentissement immense. De près et de loin on s'empressa autour de ce riche butin, dont les détenteurs ne connaissaient qu'imparfaitement le prix. Une lutte acharnée s'engagea entre les amateurs florentins et les émissaires des princes étrangers. Le beau-frère de Laurent, Bernard Rucellai, réussit à conquérir quelques marbres, qui firent plus tard l'ornement de ses fameux jardins, les Orti Oricellarii.
11 eut pour concurrent l'agent de Ludovic le More, un artiste célèbre, le Caradosso. Plusieurs lettres publiées par M. Perkins, par M. E. Piot et par M. Buser, nous montrent quelle ardeur le prince milanais apporta clans ses recherches. Dès le 17 novembre, il charge son ambassadeur de s'informer du sort de la collection médicéenne. Puis commencent entre le Caradosso et le gouvernement florentin d'interminables négociations dans lesquelles la victoire semble être restée aux Florentins.
Le 25 février de l'année suivante nous trouvons le Caradosso à Rome, d'où il adresse une nouvelle lettre à son protecteur. Dans ce document qui est encore inédit, mais dont une copie nous a été obligeamment communiquée par M. de Montaiglon, l'artiste annonce sa résolution de retourner à Florence, pour y obtenir enfin une réponse catégorique. Tout nous porte à croire que cette fois-ci encore l'agent de Ludovic le More a échoué devant les prétentions exorbitantes du gouvernement florentin.
Nous savons par le témoignage de Commines et par celui de Caradosso que la Seigneurie entra en possession d'une partie des bagues, de plusieurs vases en pierres dures, d'un grand nombre de camées, et d'environ trois mille médailles d'or et d'argent pesant une quarantaine de livres. Elle confisqua également, quoique le chroniqueur français passe ce fait sous silence, les innombrables antiques qui garnissaient les jardins attenant au palais de la Via Lata, les bronzes modernes, et jusqu'aux meubles et aux étoffes. Un décret du 10 novembre 1494 ordonna de saisir partout où ils se trouveraient les objets appartenant à Pierre de Médicis et à ses familiers Ser Pietro, Giovanni Francesco, Bernardo di ser Francesco Dovizi de Bibbiena, etc. On mit même à prix la tête des fugitifs : 2,000 ducats à qui livrerait mort un des frères Médicis, 5, 000 ducats à qui en livrerait un vivant.