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DISPERSION DU MUSÉE DESMÉDICIS

Le sort des joyaux et des pièces d'orfèvrerie resta assez longtemps indécis. Le 26 septembre 1495 un décret ordonne de transporter dans le palais de la Via Larga, pour être confiés à la garde des représentants des Médicis, vingt et un vases en vermeil, précédemment déposés au couvent de Saint-Marc. Un peu plus tard, le icr décembre, le magistrat fixe la rétribution des artistes chargés de l'estimation de ces richesses; parmi eux nous remarquons Michelangelo di Viviano, l'ami de Pierre de Médicis, et Giovanni délie Corniole.

En ce qui concerne les tableaux, les meubles précieux, les étoffes et objets analogues, il paraît malheureusement certain qu'ils furent aliénés par le gouvernement florentin. Un auteur du temps, dont le témoignage offre tous les caractères de la véracité, nous apprend que le 14 août 1495 et jours suivants on vendit aux enchères, à Or San Michèle, les « robbe » ayant autrefois appartenu à Pierre de Médicis1.

Les statues furent relativement mieux partagées. Si un certain nombre d'entre elles, et non pas toutes comme le rapporte Vasari, suivit le sort des autres ouvrages d'art2, les chefs-d'œuvre de Donatello, la Judith, le David, reçurent du moins de la part de la Seigneurie un témoignage d'admiration des plus flatteurs3. Un décret du 9 octobre 1495 ordonna de les transporter dans le palais public, en compagnie de deux « statuas cruciatorum » et de trois figures d'Hercule, et de les exposer honorablement.

La République florentine montra, à cette occasion, de quel secours les œuvres d'art peuvent être pour la propagande politique. La figure de Judith n'est plus seulement à ses yeux un souvenir de l'histoire sainte, c'est le symbole même du châtiment à infliger aux tyrans : « Exemplum salutis publicas cives posuere MGCCCXCV », dit la fière inscription tracée sur la base de la statue.

1. « 1495. 14 Agosto. E a di 14 detto e per tutti quanti di si vendeva in Orto San Michèle robe di Piero de Medici ail' incanto, che v' era coperte da letto di velluto e con ricami d'oro e moite e varie cose di dipinture, quadri e moite belle cose. « (Semper, Donatello, p. 314, d'après le Diario de Landucci.)

2. « Ma tornando ail' anticaglie del detto giardino, elle andorano la maggior parte maie l'anno 1494, quando Piero figliuolo del detto Lorenzo, fu bandito di Firenze; perciocchè tutte furono vendute ail' incanto. » (T. VII, p. 204.)

3. 1495. Adi 9 di Dicembre si porto in palagio un Davitte ch'era in chasa Piero de Medici, e posesi in mezzo délia corte del palagio de' Signori. (Semper, Donatello, p. 3i3.)

Tous les Florentins cependant n'approuvèrent pas cette farouche excitation au régicide. Neuf ans plus tard, en i5c>4, lors des discussions auxquelles donna lieu l'installation du David de Michel- Ange, un des membres de la commission proposa de déplacer la Judith ; les arguments qu'il faisait valoir méritent d'être rapportés : Judith, dit-il, est un signe de mort, qui peut choquer à bon droit dans une ville dont les insignes sont la croix et le lis; il n'est pas bon non plus de montrer une femme tuant un homme. La statue a d'ailleurs été placée sous de mauvais auspices, car depuis, notre situation n'a fait qu'empirer; nous avons notamment perdu Pise, etc., etc. 1

Un autre décret de la Seigneurie, daté du 14 octobre 1493, prescrivit le transport, dans le même palais, des sculptures suivantes : huit têtes placées au-dessus des portes des loges, dix têtes, grandes et petites, cachées sous des lits; — six têtes placées au-dessus des portes du jardin; — deux têtes de bronze provenant de la petite terrasse; — une tête de cheval en bronze provenant du jardin '2.

Le 9 novembre 1499, Leonardo et Zanobio del Tasso furent chargés de restaurer sept bustes anciens en marbre et deux en bronze. C'étaient là des mesures dignes d'éloges, et qui montrent quels progrès avaient faits dès lors le culte de l'antique d'un côté, celui des ouvrages de Donatello, de l'autre.

Pourquoi faut-il que dans l'intervalle un véritable acte de vandalisme ait terni une conduite qui, somme toute, eu égard aux mœurs de l'époque, méritait l'éloge plutôt que le blâme! Oubliant que lors de la mort de Cosme la cité tout entière lui avait librement décerné le titre de Père de la Patrie, la Seigneurie ordonna, le 22 novembre 1495, que l'inscription qui rappelait cet hommage, rendu à un des plus grands citoyens de Florence, serait effacée sur son tombeau: « Deliberaverunt quod inscriptio sepulchri Cosmas de Medicis, in cède sancti Laurentii in pavimento prope altare majus, cujus talis est titulus : Cosmœ Medici Patri Patrice, omnino deleatur, quia talis titulus (sic) non meruit, sed potius tirannus (sic). »

La République florentine garda pour elle diverses autres œuvres d'art,

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