CHAPITRE VII
Savonarole et la réaction contre la Renaissance.
e xve siècle, qui avait commencé à Florence sous de si riants auspices, y finit sur une note triste, presque lugubre. Que nous sommes loin des généreuses illusions de la première heure, de cet enthousiasme sans bornes provoqué par le réveil du monde antique, de cette foi profonde dans la régénération intellectuelle de l'humanité ! A l'époque à laquelle nous nous plaçons, en 1495, tous les malheurs ont fondu sur la vieille cité toscane : l'expulsion des Médicis, la dispersion de leurs inestimables collections, l'invasion étrangère, la guerre, presque une guerre civile, avec Pise. Et comme si ces épreuves n'étaient pas suffisantes, à la voix d'un sombre réformateur, la nouvelle Athènes fait pénitence de ses erreurs passées, et brûle ces dieux qu'elle adorait naguère, ces dieux qui semblaient devoir ramener toutes les félicités de l'âge d'or. Une fois de plus, les conquêtes de l'esprit moderne sont mises en jeu ; la Renaissance, tout à l'heure victorieuse de ses adversaires, est de nouveau menacée. Le moyen âge ne va-t-il pas reprendre possession de Florence, la grande émancipatrice ?
La personnalité, si remarquable à tous égards, de l'homme qui a attaché son nom à cette réaction, a dans ces derniers temps singulièrement fixé et passionné l'attention publique. Les partis les plus opposés l'ont revendiqué avec un égal empressement, les uns comme le champion de la théocratie, les autres comme celui des idées démocratiques. L'Italie, à peine affranchie, élève dans sa ville natale, à Ferrare, une statue à ce farouche défenseur de la liberté. L'Allemagne lui accorde, à Worms, une place d'honneur au pied du monument de Luther, comme à un précurseur de la Réformation. Voici d'autre part qu'un des membres les plus savants de cet ordre des frères prêcheurs auquel appartenait Savonarole,
de ces jaloux gardiens de l'orthodoxie, demande pour lui la canonisation, comme martyr de la foi catholique, tandis que l'auteur d'un volumineux ouvrage, consacré à la réhabilitation d'Alexandre VI et dédié à saint Pierre, prince des apôtres, soutient que le prédicateur ferrarais était un hérétique et que la cause a été bien jugée. Dans le domaine plus serein de la critique historique, le désaccord n'est pas moins grand. Prononcer les noms si autorisés de MM. Perrens, Villari, Gustave Gruyer, Hettner,