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SAVONAROLE ET L'ASTROLOGUE

Fac-similé d'une gravure de 141)7.

équité l'ensemble de sa réforme : il faut aussi tenir compte des tendances proscrites. Certes il est heureux pour l'Italie de la Renaissance qu'elle ait eu une Ecole d'Ombrie. Mais conçoit-on cette grande nation et ce grand siècle, avec leur besoin d'agir et de jouir, leur ardente curiosité, leur fougue, condamnés à ne s'essayer que dans des tableaux de sainteté? Proscrivant tout ce qui était en dehors de l'art religieux, quelle place Savonarole aurait-il pu réserver à des compositions telles que le Triomphe de Jules César, Y École d'Athènes, VAntiope, les tombeaux des Médicis ?

Ah ! si au lieu de condamner en bloc tout ce qui ne servait pas à l'édification, il avait élargi son horizon et combattu les abus du classicisme, s'il avait montré l'inanité de tant de compositions mythologiques, traitées à rebours, par des artistes plus zélés qu'instruits, de tant de compositions purement littéraires , sans racines dans le peuple , quel service n'aurait-il pas rendu ! Nous avons montré dans un des précédents chapitres à quels abus avait donné lieu dès lors le culte excessif des souvenirs de l'antiquité ; au lieu de tenter de sérieuses restitutions historiques , comme Mantègne et Raphaël, la plupart des quattrocentistes se bornèrent à habiller les dieux et les héros grecs ou romains à la mode de leur temps, renonçant à la fois à imiter les modèles laissés par les anciens, et à nous tracer un tableau fidèle de leur propre époque.

Mais le réformateur était trop exclusif pour admettre ces distinctions. Il poussa la rigueur jusqu'à condamner les fortes et saines allégories par lesquelles la République florentine essayait de ranimer les vertus civiques. « Je vois avec peine, s'écriait-il, que vous avez peint la Justice dans votre palais sans la pratiquer encore. O Justice, jette loin de toi cette épée qui ne te sert de rien. Obéissez à la justice, dit le Seigneur, c'est-à-dire faites acte de justice. Je ne voudrais pas tant de peintures, je voudrais seulement que la justice ne fût pas un vain mot, et que les conservateurs des lois et les autres magistrats compétents en assurassent l'observation1. »

Savonarole eût-il approuvé davantage les compositions patriotiques d'un Léonard, d'un Michel-Ange? la Bataille d'Anghiari, la Guerre de Pise ? L'art byzantin, avec ses madones stéréotypées, suffisait à ses exigences; Nicolas de Pise, Giotto, Brunellcsco, Donatello, Masaccio, au-

i. G. Gruyer, les Illustrations des écrits de Jérôme Savonarole, p. io5.

raient pu se dispenser de venir au monde. Non, ce n'est point la Genève, c'est le Mont Athos de l'Italie que Savonarole aurait fait de Florence.

Savonarole se montra surtout impitoyable vis-à-vis d'une des formes, je ne dirai pas les plus élevées, mais du moins les plus séduisantes, de Fart, le luxe. Il le supprima tout d'abord de son couvent ; ses moines durent se contenter dorénavant d'étoffes grossières, defceliules simples,

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