CHAPITRE VIII
Les émules et les héritiers des
Florence même, les Médicis trouvèrent, sinon des rivaux, du moins des émules : les uns joignirent leurs efforts aux leurs, à l'époque de leur omnipotence, les autres recueillirent leur héritage compromis par la révolution de 1494 et les prédications de Savonarole.
Deux membres de la famille des Strozzi représentaient, dans le premier tiers du xve siècle, le culte des belles choses, Palla et Matteo di Simone. Palla (1 372-1462) n'était pas seulement le plus riche des Florentins1, c'était un amateur, un savant, un sage, dans l'acception la plus haute du terme. L'art vivant et les souvenirs de l'antiquité se partageaient sa faveur : c'est à lui que nous devons l'admirable Adoration des Mages, de Gentile da Fabriano (1423), un des joyaux de l'Académie des Beaux-Arts de Florence. Ses concitoyens, qui connaissaient la distinction de son goût, le nommèrent membre du comité chargé de surveiller l'exécution des portes du Baptistère2, et Domenico Ghirlandajo tint à honneur, dans la suite, de perpétuer ses traits dans ses fresques de la Trinité ; il l'y représenta en compagnie de Maso degli Albizzi et d'Agnolo Acciaiuoli 3.
Dans le domaine littéraire Palla, sans procéder avec la méthode rigoureuse de Cosme de Médicis, a fait presque autant que lui pour le triomphe
1. Dans le cadastre de 1427-14JO Palla Strozzi figure en tête de la liste avec une capitation de 507 florins, équivalant à un capital de 101,400 florins. Giovanni de' Medici vient seulement au second rang; il paye une redevance annuelle de 397 florins. Après lui on trouve les noms des Panciatici, et des Tornabuoni, puis de Niccolô da Uzzano, dont le buste, chefd'œuvre de Donatello, vient d'être acquis (1881) par la Galerie des Offices. — Voy. Reumont, Loren^o de' Medici il Magnifico, t. I, p. 42.