DANTE ET PÉTRARQUE
s'il fait allusion, en passant, aux tombes antiques d'Arles et de Pola'. Parle-t-il de Rome, il se borne à rappeler ses augustes monuments, 1' « ardua sua opra 2 ». La statue de Mars conservée à Florence n'est pour lui qu'une idole 3, le nom de Polyclète qu'une épithète 4. Des antiquités de Rimini et de Vérone, pas un mot. Il se représente les aigles de l'armée de Trajan comme des figures brodées sur des étendards d'or, semblables aux étendards du saint Empire romain \ Enfin, de même que Pétrarque, il ajoute foi aux absurdes récits des Mirabilia.
Il y aurait cependant de l'injustice à établir un parallèle trop absolu entre Dante et Pétrarque. Chez le second le progrès est indéniable. Il se doute de l'existence de l'architecture antique, gémit sur la dévastation de l'ancienne Rome, recueille à l'occasion les médailles qui portent l'effigie d'un empereur romain, se plaît à citer, dans ses sonnets, les noms de Pygmalion, de Polyclète, de Zeuxis, de Praxitèle, de Phidias. « Il ne peut voir sans émotion, dit M. Renan, à Narbonne, les nombreuses inscriptions latines, et deux monuments de la province romaine, le pont sur l'Aude et le Capitole, qui existaient encore en i33o; à Toulouse, un autre Capitole, qui rappelait aussi la vieille gloire de la ville municipale. Ces traces d'un grand peuple, dont il s'efforçait d'être le disciple, jointes à l'illustration récente que la poésie provençale avait répandue sur ces contrées, pouvaient lui faire croire un instant qu'il n'avait point quitté le sol de l'Italie 6. »
1. « Comme près d'Arles, où le Rhône croupit, comme à Pola, près du Quarnaro, qui ferme l'Italie et baigne ses confins, les tombeaux rendent le terrain inégal, ainsi ils faisaient là de tous les côte's. » (Enfer, ch. IX, v. 112-116, traduction Fiorentino.) Voy. aussi l'Etude sur les sarcophages chrétiens antiques de la ville d'Arles, de M. Le Blant, p. 3, 45.