‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 17 sur 132 · Morelli, Opérette, t. II. Venise, 1820, p. 294 et suiv · texte numérisé non relu

Morelli, Opérette, t. II. Venise, 1820, p. 294 et suiv

3. « De artificiis ingeniorum veterum, quamquam pauca supersint, si quâ tamen manent alicubi, ab iis qui ea in re sentiunt cupide quœruntur et videntur, magnique penduntur : et si illis hodierna contuleris, non latebit auctores eorum fuisse ex natura ingenio potiores, et artis magisterio docfiores. ^Edificia dico vetera, et statuas, sculpturasque cum aliis modi hujus : quorum quredam cum diligenter observant hujus temporis artifices, obstupescunt. »

Il est fâcheux que Morelli (ouvr. cité, p. 3o2, 3o3), n'ait pas reproduit intégralement ce document si curieux. D'après l'analyse qu'il en donne (p. 291), Dondi se serait surtout fondé sur le témoignage d'un sculpteur contemporain célèbre : « allato quoque exemplo sculptons tune insignis ab admiratione monumentorum veterum in stuporem abrepti ».

de celles de Boccace, tantôt on y discutait sur Tite-Live et Ovide, sur saint Augustin et Dante , sur Ulysse et sur Catilina , sur l'origine de Florence et sur celle de Prato1. Mais ce mouvement, ou nous nous trompons fort, avait un caractère exclusivement littéraire : l'archéologie n'y entrait pour rien, comme c'était le cas chez les érudits de Padoue.

Vers la fin du xivc siècle, le culte de l'antiquité était déjà assez développé dans l'Italie septentrionale, pour que l'on songeât à faire venir de Florence une statue antique. Nous sommes redevables du renseignement à Ghiberti, qui nous apprend que cette statue, découverte dans la maison des Brunelleschi (Via Teatina), fut envoyée à Padoue par un ami de Pétrarque et de Dondi, Lombardo délia Seta (mort en 1390). Plus tard, le fils de Lombardo en fit don au marquis de Ferrare2.

Les amateurs vénitiens du xv° siècle continuèrent dignement l'œuvre de leurs aînés. Cyriaque d'Ancône cite parmi les collections d'antiques les plus riches celles de Pierre, médecin à Venise, et de Benoît Dandolo3. Un autre enfant de Venise, le pape Paul II, réunit, et c'est tout dire, l'admirable musée de Saint - Marc , à Rome. Il eut pour concurrent, dans sa candidature au trône pontifical , un Padouan , avec lequel il s'était plus d'une fois aussi trouvé en concurrence en tant que collectionneur, le cardinal Louis Scarampi, patriarche d'Aquilée. Dès l'année 1439, Scarampi était en relations avec Cyriaque, qui lui écrivit une longue lettre pour le féliciter de sa promotion au patriarcat d'Aquilée. Cyriaque

1. Voy. sur le Paradiso degli Alberti le travail de M. G. Voigt : Die Wiederbelebung des classischen Alterthnms, 2° éd.; Berlin, 1880, t. I, p. 188.

2. « Ancora vidi in Padova una statua ivi condotta per Lombardo délia Seta. Essa futrovata nella città di Firenze, cavando sotto terra nelle case délia famiglia Brunelleschi. La quai statua, quando sormontô la fede cristiana, fu nascosa in quel luogo da qualche spirito gentile ; veggendo tanta perfetta cosa, e fatta con tanta maravigliosa arte, e con tanto ingegno, mosso a pietà, fece murare unasepoltura di mattoni, e dentro vi seppelli detta statua ; et essa coperse con uno lastrone dipietra, acciocchè essa non fusse lacerata affatto. Ella fu trovata colla testa rotta e colle braccia, e fu messa in detto sepolcro, acciocchè il resto non si lacérasse ; et in taie forma fu conservata lunghissimo tempo nella nostra città, cosi sepulta. Questa statua è maravigliosa fra le altre sculture; posa in sul piede ritto; ha uno panno a mezze le cosce,fatto perfettamente. Ha moltissime dolcezze le quali el viso non le comprende, ne con forte luce nè con temperata; solo la mano a toccarla le trova : è lavorata molto diligentemente. La quale fu trasportata a Ferrara ; et uno figliuolo del Lombardo délia Seta, a cui era stata lasciata dal padre, la mandô a donare al marchese di Ferrara, el quale di scultura e di pittura molto si dilettava. » (Vasari, e'd. Lemonnier, t. I, P- xii, xm.)

3. Voy. notre travail sur les Arts à la cour des Papes, t. II, p. 172 et suiv.

LE SQUARCIONE 4i

insiste à cette occasion sur les connaissances archéologiques de son protecteur, qu'il qualifie de « vetustarum rerum amator », et termine en lui envoyant la copie d'une inscription l. Nous savons qu'à ce moment le patriarche possédait déjà la célèbre intaille qui faisait l'admiration de l'Italie, Y Enlèvement du Palladium. — Rappelons aussi les services rendus à la cause de la Renaissance par le frère François Colonna, de Venise, l'auteur du Songe de Polyphile (composé en 1467).

A ne considérer que le développement, si lent, de la Renaissance à Venise, nous pourrions être tentés de croire qu'ici l'archéologie a été sans influence sur l'art, et que les artistes ont dédaigné les modèles réunis, au prix de tant d'efforts, par les amateurs. Mais si, au lieu de nous attacher à la ville des doges, nous envisageons l'ensemble du territoire vénétolombard, le tableau change singulièrement. L'Ecole de Padoue est sans contredit la première qui se soit proposé l'imitation rigoureuse, absolue, de l'antique. Son fondateur, François Squarcione (né en 1394), s'évertuait depuis longtemps à copier les marbres, les bronzes, les camées grecs ou romains; il prêchait, depuis plusieurs lustres déjà, le culte de l'art classique aux nombreux élèves groupés autour de lui, que ses confrères florentins, Paolo Uccello, Andréa del Castagno, Filippo Lippi, Piero délia Francesca, savaient à peine distinguer une divinité païenne d'avec un saint.

1 . « Etenim si te tua semper modestia mereri potius, quam appetere dignitatem cognoverim, prudentissime tamen Pontifex te tali Ecclesiœ antistitem designavit, qui cum te dudum magnarum et vetustarum rerum amatorem cultoremque cognoverat, ad antiquissimam nobilissimamque olim Italise urbem Aquilejam, Carniaique provinciaS metropolim deputarat. Nam si quando aetate nostra illam Optimus ille Deum Pater per sacerdotem quempiam restitutam annuerit, per te unum restituendam opinor, qui te tamdiu insigniter, et in dies maximis in rébus Ecclesia; provide, constanter, œquiter, pie, magnanimiterque gessisti. Nempe ut quem hac in re Principem imitandum videas, latinam banc inscriptionem ex me ex eadem ipsa civitate alias inter exacta tempestate compertam hisce, Reverendissime P. T., rescribendam delegi. Valere te quamdiu feliciorem opto »

L'inscription a trait à une restauration de la route d'Aquilée :

IMP. CAES. 1NVICTVS. AVG .

AQVILEIENSIVM RESTITVTOR ET CONDITOR, etC.

(Itinerarhim, p. 78, 79.)

Heureuse époque que celle où un archéologue, pour faire sa cour à un prélat, lui offrait la copie d'une inscription païenne !

Quant à l'immortel disciple du Squarcione, Mantegna, ce n'est déjà plus un Précurseur, c'est la personnification même de la Renaissance, parvenue, par l'effort de son génie, à son plus complet et plus radieux épanouissement. Né en 143 1, Mantegna se signalait, dès sa dix-septième année, par sa Madone de l'église Sainte-Sophie, de Padoue; bientôt après, il inaugurait la série de chefs-d'œuvre qui consacrèrent définitivement, clans le domaine cle la peinture, le triomphe des idées nouvelles. On est saisi de pitié en pensant quelle était à ce moment, vis-à-vis des souvenirs du monde antique, l'ignorance des coryphées de l'Ecole florentine ou cle l'École ombrienne : les Botticelli, les Filippino Lippi, les Pérugin, les Pinturicchio.

S'il fallait en croire un érudit allemand bien connu, M. Friedlander, conservateur du Cabinet des médailles de Berlin, les médailleurs et les graveurs cle monnaies cle l'Italie septentrionale auraient précédé leurs compatriotes, les peintres, dans cette tentative cle Renaissance. Se fondant sur des documents parfaitement authentiques, qui prouvent qu'à la fin du xive et au commencement du xve siècle, plusieurs graveurs de monnaies, du nom de Sesto, travaillaient à Venise, M. Friedlander fait honneur à ces maîtres de trois médailles frappées (non coulées), représentant, les deux premières Galba, l'autre, Alexandre, et portant la signature Marco Lorenzo ou Alessandro Sesto, avec la date i3g3 pour la première, et 1 4 1 7 pour la troisième. Il attribue, en outre, à la même époque deux médailles de bronze représentant François de Carrare le vieux et François cle Carrare le jeune, tous deux seigneurs de Padoue, clans le dernier quart du xivc siècle '.

En ce qui concerne ces deux dernières pièces, M. Friedlander, croyonsnous, est aujourd'hui le seul numismate qui ose les attribuer au xive siècle. Tous les connaisseurs les considèrent comme datant, au plus tôt, du siècle suivant. A en juger par la liberté et la sûreté cle la facture, on est même tenté d'en faire honneur au xvie siècle.

La question est plus délicate pour les médailles cle Galba et d'Alexandre.

1. On trouvera dans sa dissertation intitulée: Welches sind die œlteslen Médaillon? la reproduction de ces différentes pièces. Voy. aussi le Jahrbuch der Kœniglich Preussischen Kitnstsammlimgen, t. I, 1880, p. 5.

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