De Reumont, Loren^o de' Medici il Magnifico, t. I, p
4. Nous empruntons cette description au travail de M. A. Gruyer, les Œuvres de la Renaissance italienne au temple de Saint-Jean, Baptistère de Florence. Paris, 187?, p. 5 et 6.
On n'a peut-être pas assez tenu compte jusqu'ici de l'influence exercée par ces bas-reliefs sur les maîtres qui ont inauguré, à la fin du xive et au commencement du xvc siècle, un style nouveau : Piero di Giovanni d'Allemagne, Niccolô di Piero de' Lamberti, les habiles auteurs des sculptures encadrant les portes du Dôme, et enfin Donatello. La vue d'un sarcophage antique conservé à Pise n'avait-elle pas suffi, cent cinquante ans auparavant, pour enflammer l'imagination de Niccolô Pisano, et pour produire cette Renaissance romane, plus voisine, à de certains égards, de l'antiquité classique que la Renaissance même du xvc siècle ?
Pour épuiser la liste des antiques mises à la disposition des artistes florentins du xve siècle, il nous faut encore mentionner les découvertes faites à l'occasion des grands travaux d'architecture exécutés à l'époque de la première Renaissance. (Dès le siècle précédent, on l'a vu plus haut, une statue de marbre avait été trouvée dans la maison des Brunelleschi.) Il faut également tenir compte du voisinage de Fiesole, mine inépuisable d'antiques de tout genre, depuis les produits de l'art étrusque jusqu'à ceux de la décadence romaine. Cyriaque d'Ancône y acquit une médaille de l'impératrice Julie. Un peu plus tard on y découvrit le tombeau d'un certain Camille Altoviti, l'ancêtre, si nous en croyons le pape Pie II (JEneas Sylvius Piccolomini), de la célèbre famille florentine de ce nom1. De pareilles ressources n'étaient assurément pas à dédaigner; mais qu'étaient-elles en comparaison de la richesse d'autres villes italiennes, de Pouzzoles, d'Ostie, de Porto, de Rimini, de Vérone, pour ne pas parler de Rome, ou bien des villes du midi de la France, de l'Espagne, de l'Afrique, de la Grèce, de l'Asie Mineure!
Malgré cette pénurie de souvenirs propres à entretenir le culte de l'antiquité classique, celle-ci n'avait jamais cessé d'être en honneur à Florence, non-seulement dans l'esprit des poètes ou des historiens, mais
i. « ...Aliqui etiam ex nobilissima Altovitorum familia, tum in armis, tum in litteris floruere... Qua; quidem familia, quamvis ex Longobardorum regibus se esse asserat, attamen quia temporibus nostris in domo magninci Bindi marmoreum tumulum in agro Fesulano inventum, apportatum dicebant, Romano charactere insculptum cujusdam C. Camilli Altovitœ, potius a Romanis ortum habuisse dicunt, quam a Longobardis, cum apud omnes monimenta de nomine et cognomine fidem non parvam faciant. » (Commentarii,\ïv. II, éd. de 1584, p. 91.)
encore dans les conseils de la République. Plusieurs traits absolument authentiques nous prouvent à quel point, en plein moyen âge, les Florentins prisaient tout ce qui se rattachait à cette grande époque. Lorsque, en ii 17, les Pisans, pour récompenser leurs voisins de leur bienveillante neutralité pendant l'expédition qu'ils avaient entreprise contre Majorque, leur offrirent soit deux portes de bronze, soit deux colonnes de porphyre faisant partie du butin, les Florentins n 'hésitèrent pas. Ils choisirent les colonnes, quoiqu'elles n'eussent qu'une valeur en quelque sorte historique, et les placèrent au centre de la ville, devant le Baptistère. Aujourd'hui encore, ces deux monolithes, malheureusement fort endommagés, flanquent la porte qui fait face à la cathédrale, la porte du Paradis, le chef - d'oeuvre de Ghiberti. — La postérité a su mauvais gré aux gouvernants de 11 17 de ce choix si honorable; elle y a vu une preuve d'ignorance. S'il fallait en croire un auteur du siècle dernier, Lastri, le proverbe : « Fiorentini ciechi e Pisani traditori », n'aurait pas d'autre origine que ce prétendu manque de perspicacité1.
En adoptant pour symbole Hercule , le grand redresseur de torts , Florence montra également combien les souvenirs de l'antiquité lui étaient chers. De fort bonne heure, dès les dernières années du xme siècle, la figure du héros grec fut gravée sur le sceau de la Seigneurie. On y voyait le fils de Jupiter brandissant d'une main la massue, étreignant de l'autre la gorge de l'Hydre. Autour de cette scène était gravée la fière inscription :