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Osservatore fiorentino, édition de 1821, t. I, p. 5o

Ser Giovanni, dans son Pecorone, rapporte une autre version. Selon lui, ces colonnes étaient jadis de véritables talismans. Toute personne volée qui venait regarder ce porphyre, poli comme un miroir, y voyait son voleur encore nanti de l'objet dérobé. Mais les Pisans jaloux, avant de faire aux Florentins leur hommage, avaient enlevé au talisman sa puissance. D'où le proverbe : « Fiorentini ciechi e Pisani traditori », aveugles les Florentins, traîtres les Pisans. (Gruyer, les Gùtvres d'art de la Renaissance au temple de Saint-Jean, p. 61.)

2. Passerini, Curiosità storico-artistiche florentine, 2'' série.

permettent guère de douter que l'illustre artiste n'ait eu sous les yeux un modèle antique.

La superstition , et non plus le culte du beau , valut une grande célébrité à une antique, qui avait d'ailleurs disparu avant l'époque dont nous nous occupons. Nous voulons parler de la statue de Mars, placée d'abord dans le temple consacré à cette divinité, puis sur une des tours de l'Arno, et en dernier lieu sur un des piliers du Ponte Vecchio. C'était, aux yeux de tous, un talisman d'une puissance souveraine. Les Florentins étaient convaincus que la destruction de l'idole attirerait sur leurs têtes des malheurs épouvantables. Aussi veillèrent-ils avec un soin jaloux à sa conservation. Dante lui-même partageait cette croyance bizarre. Dans son Enfer, un damné nous montre le sort de Florence lié à celui du marbre païen :

Io fui délia città che nel Batista Cangiô '1 primo padrone : ond' ei per questo Sempre con Farte sua la farà trista :

E se non fosse che in sul passo d'Arno Rimane ancor di lui alcuna vista :

Quei cittadin, che poi la rifondarno Sovra il cener che d'Attila rimase, Avrebber fatto lavorare indarno

Notre rôle de chroniqueur nous faisait un devoir de tenir compte des idées, des sentiments divers dont l'antiquité classique a été le point de départ chez les Florentins du moyen âge. Mais l'exemple de Giotto et de son école prouve que ce contact ne suffisait pas pour hâter l'avènement de la Renaissance. Sans l'ardente initiative des hommes de génie qui surgirent à Florence dans les dernières années du xive siècle, la révolution, qui devait, dans le domaine de l'art, renouveler les sources de l'inspiration, et, dans le domaine des mœurs, substituer la civilisation moderne à la civilisation du moyen âge, aurait pu longtemps encore tarder à éclater.

i. « Je fus de la cité qui prit saint Jean-Baptiste à la place de son premier patron (Mars) ; c'est pourquoi celui-ci la contristera toujours par ses artifices. Et s'il ne restait pas quelque trace de lui sur un pont de l'Arno, les citoyens qui rebâtirent la ville sur les cendres laissées par Attila auraient perdu le fruit de leur travail. » (Inferno, XIII, 143-1 5o.) Une fresque de Filippind Lippi, dans la chapelle Strozzi, à Santa Maria Novella, nous montre saint Philippe chassant le démon de l'idole de Mars.

5o LES PRÉCURSEURS DE LA RENAISSANCE

Par un heureux concours de circonstances, le besoin d'investigations nouvelles se fit sentir simultanément chez les savants et chez les artistes. Les premiers étaient à coup sûr mieux préparés : ils comptaient dans Pétrarque, dans Cola di Rienzi, dans Boccace d'illustres précurseurs, tandis que, en matière d'art, la tradition antique, si brillamment reprise par Niccolô Pisano, était de nouveau interrompue depuis plus d'un siècle. Mais la prodigieuse activité d'un Brunellesco, d'un Donatello, rétablit bien vite l'équilibre. Même en examinant de près le mouvement qui se produisit à Florence au début du xve siècle , il est bien difficile de découvrir à quelle catégorie de chercheurs appartient la priorité. Selon toute vraisemblance, artistes et archéologues se mirent à l'œuvre en même temps, à l'insu les uns les autres. Les mobiles qui les guidaient étaient bien différents d'ailleurs. Ce qui captivait les uns, c'était la beauté de la conception, de l'exécution; les autres, au contraire, ne recherchaient, dans le principe, que d'indispensables auxiliaires de l'histoire. Les inscriptions proprement dites, les légendes des médailles, des pierres gravées, leur fournissaient les renseignements les plus précieux sur la chronologie, l'iconographie grecque ou romaine. Plus tard ces derniers, je parle des savants, étendirent leur horizon ; ils commencèrent à étudier le style, les changements de formes ; l'archéologie naquit. Une fois placés sur ce terrain, ils devaient naturellement se rencontrer avec leurs confrères les artistes. Disons, à l'honneur des uns et des autres, que les relations les plus cordiales ne tardèrent pas à s'établir entre les représentants de la science et ceux de l'art ; elles contribuèrent puissamment aux progrès des études communes.

Ce fut un touchant spectacle que de voir réunis, tantôt dans le même atelier, tantôt dans la même bibliothèque, d'un côté, Donatello, Brunellesco, Ghiberti, Paolo Uccello' ; de l'autre Niccolô Niccoli, Léonard Bruni, Charles Marsuppini, Ambroise Traversait, le général des Camaldules, Thomas de Sarzane, le futur pape Nicolas V, ^Eneas Sylvius Piccolomini, le futur pape Pie II, Giannozzo Manetti, le Pogge, Cosme et Laurent de Médicis, L. B. Alberti. Ainsi, cent années auparavant, Dante et Giotto,

i . Plusieurs portraits témoignent aujourd'hui encore de la cordialité de ces relations : dans un tableau conservé au Louvre (n° 1 65 du catalogue de M. de Tauzia), Paolo Uccello s'est

ORNEMENTS DE LA PORTE NORD DU DOME, par Piero di Giovanni ïedesco,

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