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Perkins, Les Sculpteurs italiens, t. I, p

on le jugerait incomplètement. Ce puissant génie, aux aptitudes si multiples, s'est également inspiré du moyen âge; sans s'en douter, peut-être, il a imité le chef de l'école naturaliste toscane, Jean de Pise. Si Ton examine les diverses Mises an tombeau qui sont attribuées à Donatello, on ne peut s'empêcher d'y constater de grandes analogies avec le Massacre des Innocents et la Crucifixion, sculptés par Jean sur la chaire de Sant' Andréa de Pistoie. Dans l'œuvre du xmc comme dans celle du xvc siècle, même exubérance de vie, même puissance dramatique. La résignation, chère aux représentants des écoles mystiques, y fait place à une douleur sans frein, c'est par des sanglots, des cris, quelquefois même par des hurlements, que les acteurs expriment leur désespoir; ils s'arrachent les cheveux, se tordent les mains, semblables à des damnés plutôt qu'aux disciples du doux Jésus.

Peut-être, en rattachant directement les compositions de Donatello à celles de Jean de Pise, supprimons-nous d'une manière arbitraire quelques anneaux de la chaîne. Jean de Pise a en effet servi de modèle à Giotto et au Giottino, et il est possible que ce soit aux Crucifixions, aux Dépositions de croix et aux Mises au tombeau de ces derniers que Donatello ait emprunté ses compositions, d'un pathétique si saisissant. Il servit à son tour de modèle à Mantegna, lorsque celui-ci grava sa célèbre Mise au tombeau (plus tard copiée, en partie du moins, par Raphaël) \ ; à Verrocchio, pour ses bas-reliefs représentant la mort de Francesca Tornabuoni 2, enfin à Pollaiuolo pour sa Crucifixion (Musée national de Florence). Que nous sommes loin de la douleur mélodieuse, si savamment rythmée, des anciens !

Dans un dernier ouvrage, les ambons de Saint-Laurent, achevés par Bertoldo, les réminiscences de la radieuse civilisation classique alternent avec les sombres souvenirs, les terreurs du moyen âge. A côté des scènes les plus poignantes de la Passion, on voit deux centaures tenant un cartel avec l'inscription : Opits Donatelli Flo. Les deux génies nus, qui s'em- ■

1. Vuy. la belle publication de M. Ceorges Duplessis, l'Œuvre de Mantegna, Paris, 1878, pl. 3.

2. Aujourd'hui conservés au Musée national de Florence. Photographiés par M. Brogi, nos 3242 et suiv.

brassent, font penser au groupe d'Eros et de Psyché. Enfin, les deux dompteurs de chevaux, représentés aux extrémités, reproduisent, avec quelques variantes, les célèbres groupes de Monte Cavallo, les Dioscures, si longtemps attribués à Phidias et à Praxitèle. Ici, et le fait n'a pas encore été relevé, Donatello s'est rencontré avec Mantegna. Dans sa Madone de Saint-Zénon, de Vérone (1459), le chef de l'École de Padoue a, en effet, copié, avant le sculpteur florentin, et avec plus d'exactitude, un de ces chefs-d'œuvre de la statuaire grecque.

C'était bien à Donatello qu'il appartenait de perpétuer les traits de deux des plus illustres champions de la Renaissance littéraire, de deux de ses meilleurs amis, Giannozzo Manetti et le Pogge. Leurs statues, aujourd'hui encore conservées dans le Dôme de Florence , sont un éloquent témoignage de l'amitié qui les unissait tous deux au sculpteur.

Mais lorsque l'auteur de tant de merveilles vint à disparaître à son tour, personne, parmi ses concitoyens, n'eut l'idée de consacrer, ne fût-ce que par une simple plaque de marbre, la mémoire du plus grand sculpteur que l'Italie eût vu jusqu'alors. Il est douloureux pour nous d'avoir à enregistrer ce trait de mœurs du xvc siècle : la République vote de superbes mausolées à ses écrivains ; les statues du Dôme, les tombeaux de Léonard Bruni, de Charles Marsuppini, à Santa Croce, deux incomparables chefsd'œuvre, proclament encore aujourd'hui sa magnificence. A l'égard des artistes, au contraire, si nous exceptons Brunellesco, auquel son titre de maître de l'œuvre du Dôme créait une situation à part, le gouvernement florentin semble ne s'être même pas douté de ses obligations. Ici encore éclate la grande différence qui existait à cette époque, au point de vue social, entre l'humaniste et l'artiste. Même devant la mort, il n'y a point d'égalité. Nous en sommes réduits à ignorer où se trouvent les tombeaux de ces grands maîtres qui ont nom Bernardo Rossellino et Desiderio da Settignano, pour ne citer que ceux dont nous venons d'évoquer le souvenir. Même incertitude pour le tombeau de Ghiberti1. Donatello fut relativement mieux partagé ; il obtint de la munificence de Cosme de Médicis le coin de terre où ses cendres devaient reposer un jour, à côté et comme à l'ombre de celles de son protecteur. Mais c'est au siècle dernier seulement

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