‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 29 sur 132 · Vasari, éd. Milanesi, t. II, p · texte numérisé non relu

Vasari, éd. Milanesi, t. II, p

que scs compatriotes ont songé à orner d'une inscription cette tombe modeste.

Ce sera l'honneur de Laurent le Magnifique d'avoir inauguré, en faveur des artistes, des principes différents. Par une de ces nobles inspirations dont il avait le secret, il résolut, en traversant Spolète, de ramener à Florence les restes d\m peintre florentin célèbre, Fra Filippo Lippi. La communauté ayant refusé de rendre ce dépôt sacré, il voulut du moins qu'un mausolée de marbre marquât la place où reposait un maître si éminent. Vasari raconte que la banque de Médicis paya les frais de la construction, qui se montèrent à cent ducats d'or, et que Politien, l'ami de Laurent, composa l'épitaphe. Ce fut encore Laurent qui s'occupa, une vingtaine d'années plus tard, de faire élever à Giotto, à Santa Maria del Fiore, un monument digne de lui, et ce fut encore Politien qui célébra le génie de celui qui avait tiré la peinture de son long assoupissement :

Ille ego sum per quem pictura extincta revixit...

Brunellesco et Donatello ignoraient, tout nous porte à le croire, les jouissances égoïstes du collectionneur. Ils se bornaient à étudier les belles choses, à provoquer chez les autres le goût des recherches de ce genre, sans songer, dans leur désintéressement, à profiter des occasions qui pouvaient s'offrir à eux. Leur rival Ghiberti, au contraire, a le droit de figurer parmi les « curieux » proprement dits.

A la gloire de l'artiste, il a voulu joindre celle de l'antiquaire, de l'écrivain. Ses Commentaires, dont une partie est malheureusement encore inédite, précèdent de tout un siècle les biographies de Vasari, qui ne s'est pas fait faute de mettre à contribution, en le citant d'ailleurs, les papiers de son prédécesseur. Cet ouvrage a une importance capitale; c'est la première fois depuis longtemps que le sentiment de la supériorité de l'art antique est formulé avec une netteté si grande. 11 y a, sous ce rapport, une gradation remarquable dans les écrits que le moyen âge a consacrés aux arts. Dans le traité Sur les Couleurs et les Arts des Romains, composé au xc siècle par Héraclius, c'est l'antiquité qui absorbe encore l'attention et l'admiration de l'auteur1. Deux cents ans plus tard le moine

i. De coloribus et artibus Romanorum; éd. de Vienne, publiée en i .S7 3 , par M. A. Ilg.

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Théophile, dans sa Schedula diversarum artium l, semble déjà ne plus se douter qu'il y ait eu un art grec ou romain : la « Gracia » est pour lui non pas la patrie de Phidias et d'Apelle, mais l'Empire byzantin'2; s'il fait allusion, par une exception digne d'être notée, aux anciens édifices des païens (in antiquis asdificiis paganorum), c'est uniquement pour dire qu'on

LE SACRIFICE D'ABRAHAM, par Gliiberti. — Musée national de Florence.

y trouve des cubes de mosaïque blancs, noirs, verts, jaunes, bleus, rouges et pourpre, qui peuvent servir à la fabrication de 1' «electrum3 ». Vers la fin du xivc siècle, l'auteur du Traité de la peinture, Cennino Cennini, l'élève d'Agnolo di Taddeo, qui fut lui-même le disciple de Taddeo Gaddi, lequel eut pour maître Giotto, professe encore la même indifférence (ou plutôt fait preuve de la même ignorance) à l'égard de l'antiquité. Il ne

t. Publiée pour la dernière fois à Vienne, en 1874, également par les soins de M. Ilg.

2. Préface, p. 9. Cf. p. 11 5, 117. C'est dans ce sens qu'il faut entendre l'expression « De vitro grasco, quod musivum opus décorât ».

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