Éd. Ilg, p
lui échappe qu'une seule fois d'en parler : c'est à propos des figures nues : « Si corne anticamente si trova di moite buone figure ignude »
Chez Ghiberti, le point de départ, ce n'est plus le moyen âge, comme chez Cennini et Théophile, mais l'antiquité. Tout le premier livre de ses Commentaires est consacré à l'histoire de l'art chez les Grecs et chez les Romains; c'est un résumé, assez confus, de Pline. L'artiste en a probablement puisé les éléments dans ses conversations avec Niccolô Niccoli et le Pogge. Quelque informe que soit cet essai, il mériterait d'être publié; le moindre des jugements portés sur l'antiquité par les artistes du xve siècle a son intérêt : il importe de recueillir avec soin des témoignages si propres à élucider l'histoire de ce premier contact.
Dans ses Commentaires, Ghiberti nous entretient tour à tour de la statue de l' Hermaphrodite , qu'il vit tirer de sous terre à Rome, d'une sculpture qu'il attribue à Lysippe, de pierres gravées appartenant à des amateurs florentins : l'Enlèvement du Palladium, de Niccolô Niccoli, V Apollon et Marsyas, de Jean de Médicis. Dans la description qu'il nous a laissée de cette dernière pièce, l'artiste -auteur montre que ses connaissances archéologiques n'étaient pas au niveau de son goût : le sujet représenté est encore un mystère pour lui ~.
Rio, dans une page qui mérite d'être rapportée, a fait ressortir la préférence accordée par Ghiberti à Fart grec sur l'art romain 3. « Ce qui frappe avant tout, dit-il, c'est, en fait d'antiquités, sa passion exclusive pour la sculpture grecque. Il garde un silence dédaigneux sur les monuments de la Rome impériale, qu'il avait cependant vus de près, et il ne fait pas la plus légère allusion à la collection de statues qui se trouvait dès lors dans le jardin des Médicis. Son culte pour la Grèce est poussé si loin qu'il va jusqu'à substituer la supputation chronologique des olympiades à celle de l'ère vulgaire, et au lieu de dire qu'un certain artiste est mort sous le pontificat de Martin V, il dit qu'il est mort dans la
1. // libro dell' arte o Trattato délia Pittura, éd. Milanesi, p. i3q.
2. Voy. mon travail sur les Arts à la cour des Papes, t. II, p. 1 66, 167.
3. Si les citations de Rio sont exactes, si Ghiberti a réellement distingué avec tant de netteté l'art grec de l'art romain, il faut avouer que le sculpteur florentin était en avance sur ses contemporains de près de quatre cents ans. Ce n'est en effet que dans notre siècle que l'on a réellement établi une ligne de démarcation bien tranchée entre les deux écoles.
STATUE DE SA M SON, par Ghiberti. Portes du Baptistère.