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La querelle, quoique le pape s'occupât du soin de réconcilier les deux adversaires, dura longtemps, et il y eut de bien piquantes révélations1.
C'étaient là les petits côtés de cet esprit vraiment éminent. Faisons comme d'autres amis de Niccoli — Ambroise le Camaldule, Charles Marsuppini, le Pogge, les Médicis — et attachons-nous seulement aux services rendus par l'infatigable collectionneur. Ces services sont immenses. La bibliothèque formée par Niccoli comptait 800 manuscrits grecs et latins. Jamais avant lui, les Florentins n'avaient eu à leur disposition un ensemble aussi considérable. Le libraire Vespasiano, bon juge, en fixe la valeur à 6,000 florins d'or.
Le cabinet d'antiques n'était guère moins précieux. On y remarquait de nombreuses statues, des médailles remontant aux temps les plus reculés, des vases en pierres dures, des intailles, peut-être même des camées2. La série épigraphique devait être fort considérable, si nous en jugeons par les lettres du Pogge :'; mais elle comprenait, selon toute vraisemblance, des copies plutôt que des inscriptions originales 4. Signalons encore une belle suite de mosaïques portatives, des tableaux de maîtres célèbres, des mappemondes, etc. Ambroise le Camaldule nous dit que les curieux, attirés par toutes ces merveilles, se pressaient dans la maison comme dans un théâtre.
Grâce à un contemporain, il nous est permis de jeter un coup d'oeil dans cet intérieur si attrayant. Vespasiano nous montre Niccoli assis devant une table couverte d'une nappe d'une blancheur éblouissante, ayant devant lui de beaux vases antiques, et buvant dans une coupe de cristal de roche5.
1. Voir notamment, dans le recueil épistolaire de Léonard Bruni, la lettre IV du quatrième livre. Cette brouille semble remonter à l'année 141 7. (Tiraboschi, Storia délia Letteratura italiana^ t. IV, p. 192.)
2. « Aveva oltre ail' altre sua singulari virtù, corne è detto, uno universale giudicio, e non solo délie lettere, ma, corne è detto, di pittura e di scultura; e aveva in casa sua infinité medaglie di bronzo e di ariento e d'oro, e moite figure antiche d'ottone, e moite teste di marmo, e altre cose degne. » (Vespasiano, p. 476.)