CHAPITRE IV
Les amateurs florentins du xv« siècle : Cosme de Médicis et ses fils.
uand on pénètre dans l'intimité des patriciens florentins du xve siècle, ces banquiers - diplomates qui avaient pour clients les rois de France et d'Angleterre, l'empereur, le pape, on est à la fois frappé de la simplicité de leurs manières et de la grandeur des sacrifices qu'ils font pour la chose publique l. Rarement on a vu plus de générosité et moins d'ostentation. Il n'y a chez eux ni l'étroitesse desprit de la bourgeoisie des âges suivants, ni la jactance des parvenus. Le sentiment dont ils paraissent tous pénétrés au plus haut point - - je parle des Médicis, de Philippe Strozzi, plus avide de gloire que d argent ', des Rucellai, des Pitti, — c'est celui de la responsabilité que leur fortune leur impose vis-à-vis de leurs concitoyens. Rien n'est plus curieux à cet égard que les notes de Laurent le Magnifique, ses Ricordi. Il y constate avec satisfaction, avec orgueil, Ténormité des dépenses faites par son père et son aïeul : dans l'espace de trente -sept ans ( 1434- 1 471), les siens avaient déboursé
1. Cette simplicité était souvent commandée par la prudence. Il faut lire dans Vespasiano (éd. Bartoli, p. 273) le récit des précautions prises par Palla Strozzi pour éviter de porter ombrage à ses concitoyens. Il ne se montrait jamais sur la place de la Seigneurie qu'autant qu'il y était spécialement appelé, et encore faisait-il des détours pour s'y rendre. Malgré tant de réserve, il fut exilé pour le reste de ses jours. Cosme de Médicis, devenu le premier citoyen, et presque le maître absolu de la ville, ne se faisait accompagner dans ses promenades que d'un seul domestique. Lorsque François Philelphe vint à Florence, le tout-puissant banquier alla lui rendre visite le premier. La même préoccupation se révèle chez son fils Pierre, qui la transmit à Laurent le Magnifique. Celui-ci, à son tour, cherchait à entretenir son fils Pierre dans les mêmes sentiments. Au moment où ce dernier se rendit à Rome, en 1484, son père lui recommanda instamment de ne pas oublier qu'il n'était qu'un simple citoyen de Florence : « per esser mio figliuolo non sei perô altro che cittadino di Firenze ». (Fabroni, t. II, p. 264.)
2. « Cupido più di rama che di robba. » (Gaye, Carteggio, t. I, p. 354.)