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LA RÉPUBLIQUE FLORENTINE ET LES ARTS

Étant données les aspirations des Florentins, il était tout naturel que ces ressources, si considérables, comme on vient de le voir, devinssent pour la science, la littérature, les beaux-arts, de puissants éléments de progrès, de prospérité. On se tromperait toutefois en croyant que, pour mériter les applaudissements de leurs concitoyens et pour imprimer à la production intellectuelle un essor nouveau, il suffisait aux coryphées de l'aristocratie florentine de se montrer ardents et prodigues. Le rôle de Mécène n'était pas facile à jouer dans cette cité si attachée à l'égalité, si jalouse de son indépendance. Le vieux Cosme était passé maître dans l'art de faire de grandes choses sans éveiller les susceptibilités de ses trop ombrageux concitoyens. S'il n'avait pas su désarmer si habilement l'envie (fuggire l'invidia), le sort de ses créations, celui de sa famille auraient été plus d'une fois compromis. Lorsqu'il entreprit de faire construire le palais de la Via Larga, Brunellesco lui soumit un projet de tout point magnifique, et qui était destiné à enlever les suffrages de tous les connaisseurs. Mais Cosme savait qu'à côté de la question d'art, il y avait la question politique. Aussi préféra-t-il le projet, beaucoup moins somptueux, de Michelozzo1. La postérité regrettera cet excès de prudence, qui l'a privée d'un chef-d'œuvre; mais les contemporains l'ont à coup sûr approuvé. Un demi-siècle plus tard, Philippe Strozzi eut à compter avec des préjugés qui n'avaient rien perdu de leur force. Son fils Laurent s'étend complaisamment, dans le récit publié par Gaye, sur les ruses auxquelles il dut recourir pour tourner l'obstacle et pour élever le plus magnifique des palais, sans qu'aucun tribun pût l'accuser de tendre au pouvoir souverain2.

Ces préoccupations, peu avouables, purent quelquefois empêcher un patricien de disposer de ses richesses au gré de sa vanité : elles étaient impuissantes à entraver le splendide essor que les arts prirent à partir du premier tiers du xve siècle.

La Seigneurie, qui s'inspirait d'Athènes bien plus que de Sparte, donnait d'ailleurs le spectacle de la magnificence. Elle saisissait les moindres occasions pour déployer un luxe de bon aloi, auquel l'art avait

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