‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 60 sur 132 · Carteggio, t. I, p · texte numérisé non relu

Carteggio, t. I, p

i3o LES PRÉCURSEURS DE LA RENAISSANCE

la part la plus large. Dans une cité telle que Florence, avec son industrie si florissante, ses puissantes corporations, c'était là de l'excellente politique. Il fallait à la vérité, pour affirmer l'austérité des moeurs, édicter de temps à autre quelque loi somptuaire, • — bien vite tombée en désuétude. C'est ainsi que, vers le milieu du xvc siècle, on défendit aux simples citoyennes de porter plus de trois anneaux et d'avoir plus d'une pierre précieuse ou plus d'une perle à chacun de ces anneaux. Étaient exceptées de cette mesure les femmes des chevaliers, celles des docteurs en droit civil et en droit canon, des docteurs ès arts ou en médecine, les filles âgées de dix années ou moins, les étrangères l. Lastri, auquel nous devons ce renseignement, ajoute que les Florentines n'eurent guère égard à des prescriptions si rigoureuses. Vers la fin du siècle le luxe avait pris de telles proportions qu'un grand nombre de dames, émues des reproches de Savonarole, sollicitèrent spontanément des magistrats des lois prohibitives nouvelles, scrupules honorables, auxquels la chute du réformateur imposa bien vite silence.

Aussi bien de pareilles prescriptions étaient-elles inapplicables dans une cité où des milliers de bras travaillaient sans cesse à transformer les matières brutes en superbes ornements, à donner à la laine, à la soie, aux métaux, les formes les -plus riches, les plus exquises. Qu'aurait dit la corporation des fabricants de laine (Farte délia lana) avec ses 270 boutiques, qu'auraient dit les patrons des 83 boutiques d'étoffes de soie, ceux des 84 boutiques de meubles sculptés ou ornés de marqueterie, ceux des 3o boutiques de batteurs ou de fileurs d'or 2, si le gouvernement avait voulu proscrire un luxe qui faisait la force, la richesse de l'État !

Les fêtes données, au xve siècle, par la République florentine sont célèbres par leur pompe. Celles qui furent organisées en l'honneur du pape Pie II, en 1459, comprenaient une joute, un bal, des combats de fauves. Elles coûtèrent plus de i3,ooo ducats d'or. C'était chose merveilleuse, dit un chroniqueur, que de voir la richesse des tentures, des costumes, la masse des joyaux. Peu de souverains se seraient trouvés en

Page 1