‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 62 sur 132 · Ibid., t. I, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. I, p

3. Quelquefois aussi, il est vrai, l'art devait se mettre au service d'intérêts moins respectables. C'est ainsi que, vers i3q5, le Giottino dut représenter dans une de ses fresques l'expul-

Les arts décoratifs ne profitaient guère moins de ces dispositions généreuses, si dignes d'une cité riche et libre. La Seigneurie ne cessa pendant tout le xve siècle de commander des tentures d'un grand prix, de superbes services d'orfèvrerie, des meubles incrustés avec une rare perfection. Vers 1437, elle fit exécuter par un hautelissier flamand, Liévin de Bruges, treize cents coudées de tapisseries destinées à recouvrir les parois du palais. Vittorio Ghiberti, le fils de l'auteur des portes du Baptistère, et Neri di Bicci avaient fourni les cartons de cette suite qui excita le plus vif enthousiasme '.

sion du fameux duc d'Athènes, Gautier de Brienne. L'artiste nous montre le tyran chassé de son trône ducal par une figure qui plane dans les airs et qui le menace d'un javelot. Gautier, en s'enfuyant, foule aux pieds les attributs de la Justice et de la Légalité; il emporte avec lui un monstre à face humaine et à queue d'écrevisse qu'il serre tendrement dans ses bras. (Crowe et Cavalcaselle, Histoire de la Peinture italienne, t. I, p- 345.)

En i3o2, à Sienne, on peignit sur le palais public les portraits de certains rebelles. (Délia Valle, Lettere sanesi, t. II, p. 54.)

Au siècle suivant il n'est pas rare non plus de voir la peinture, et même la sculpture, fournir des armes aux partis politiques. C'était au moyen de fresques monumentales que les vainqueurs satisfaisaient alors leurs rancunes. Nous voilà loin de la caricature moderne qui se contente d'un crayon et d'un bout de papier! On sait que les Médicis livrèrent à la risée publique leurs adversaires, les Albizzi, en 14J4 par les fresques d'Andréa del Castagno, et, en 1478, les Pazzi par les fresques de Botticelli. Dans cette même ville de Florence les créanciers de Rinuccio Farnèsc avaient fait peindre publiquement le portrait de leur débiteur, en l'accompagnant, selon toute vraisemblance, d'une inscription injurieuse. Les Siennois et le pape durent intervenir, en 1425, pour faire effacer cette image ignominieuse. (Gaye, Carteggio, t. I, p. 55.o.)

A Rome, Paolo Romano fut chargé, en 1462, d'exécuter deux mannequins représentant Sigismond Malatesta, et destinés à être brûlés publiquement.

Citons encore une curieuse anecdote rapportée par le Pogge (Opéra, p. q3G). Les Florentins avaient fait peindre sur leurs places publiques, sous la figure d'un traître, un personnage dont ils avaient à se plaindre, Rodolphe de Camerino. Quelque temps après, désirant se réconcilier avec lui, ils lui envoyèrent une ambassade. Rodolphe reçut les députés dans son lit; il disparaissait presque sous le poids des fourrures, et quoique l'on fût au mois d'août, il avait fait allumer un grand feu. Les Florentins lui demandant quel était le mal dont il souffrait, il répondit en souriant qu'il avait pris froid, pour avoir été exposé si longtemps au grand air sur leurs murs, et avoir passé tant de nuits à la belle étoile. Les ambassadeurs se le tinrent pour dit, et les peintures furent effacées.

En 141)4, les Médicis virent tourner contre eux l'arme qu'ils avaient employée contre leurs ennemis. Leurs portraits remplacèrent sur les murs des édifices publics ceux des Pazzi : « Populus... cunctos qui olim in Pazziana conjuratione adversus Medicos in pariete telonei ceu infâmes picti fuerant penitus delevit, novos quoque, ex Medicorum factione, ad paucos dies pingere curaverunt. » (Bibliothèque Chigi. Histoire de Tizio, fol. 222 v°.)

Rappelons enfin que, lors du siège de Florence, en i53o, Andréa del Sarto fut chargé d'un travail analogue.

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