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COSME DE MÉDICIS

le culte des belles choses. Faisons donc abstraction des faiblesses que Cosme et ses descendants ont partagées avec un grand nombre de leurs contemporains, et ne nous attachons qu'aux services rendus par eux à la cause des sciences, des lettres, des arts. Sous ce rapport, proclamons-le hautement, il n'est point d'éloges qu'ils ne méritent.

Le mouvement provoqué par l'étude de l'antiquité classique avait acquis une telle force qu'il était bien difficile à un grand seigneur, à un chef de gouvernement, de ne point s'y associer. On sait quelle part bril-

COSME DE MÉDICIS, LE PERE DE LA PATRIE, d'après une médaille du temps.

lante les papes, les rois de Naples ont prise au triomphe de la Renaissance. Les souverains de Ferrare, d'Urbin, de Mantoue, de Milan, comptent également parmi les plus ardents promoteurs des idées nouvelles. Il n'est pas jusqu'au féroce, au brutal seigneur de Rimini, Sigismond Malatesta, qui ne se soit conquis une place d'honneur dans les annales de l'humanisme. Encourager les savants, les artistes, construire des palais, créer des bibliothèques, des musées, c'était là une tâche qui, à ce moment, s'imposait en quelque sorte à tout potentat; nul devoir ne paraissait alors plus doux à remplir.

Cosme se plaça de bonne heure à la tète du mouvement : dès 1412 nous le voyons acheter des manuscrits '.

Si, par Tétendue de leurs sacrifices, plusieurs souverains italiens peuvent rivaliser avec les Médicis, en revanche il y a dans les efforts de ceux-ci une nuance qui séduira toujours l'historien des arts : je veux parler de cette familiarité qui s'était établie entre eux et les artistes ou les savants. Ailleurs un abîme sépare le grand seigneur de ses protégés. Dans le palais des Médicis, au contraire, humanistes, peintres, sculpteurs, sont traités en amis, presque en camarades. Lorsque Cosme se rend à Rome, il emmène avec lui Niccolô Niccoli. Lorsqu'il est exilé à Venise, Michelozzo le suit dans son exil2. C'est lui encore, le patricien toutpuissant, qui s'occupe de la garde-robe de Donatello et commande les habits dont le sculpteur a besoin. Autre exemple de cette familiarité : en 145 1 un peintre de Camerino, Giovanni Angelo d'Antonio, écrit à Jean, le fils de Cosme, pour lui proposer un riche parti, sans que l'on trouve déplacée la liberté grande prise par ce donneur d'avis. Dans ses lettres à Pierre, l'autre fils de Cosme, Benozzo Gozzoli l'appelle « amicho singularissimo ». Antoine de San Gallo le vieux est le confident de Julien de Médicis; c'est lui qui, après la mort tragique de Julien, amène à Laurent le fils naturel que laissait celui-ci, le futur pape Clément VII3. Laurent se rend-il aux eaux, il se fait accompagner par le sculpteur Bertoldo, l'élève de Donatello 4. Quand Pierre de Médicis le jeune prend la fuite

1. Bandini, Catalogus codicum latinomm bibliothecœ Mediceœ Laurentianœ, t. II, p. G87. Le savant bibliothécaire de la ville de Besançon, M. A. Castan, veut bien nous signaler un Tite-Live conservé dans la collection confiée à ses soins, et provenant de la bibliothèque de Cosme. Ce manuscrit, orné de belles initiales, porte cette mention intéressante : « Joannes A(ntonii) Fi(lius) clarissimo atque opumo (sic) viro Cosmo Medici ex vetustissimo exemplari hoc opus transcripsit anno d. MCCCCX.XV. Florentin. » (Ancien fonds Granvelle.)

Cosme, en vrai marchand, trafiquait aussi des manuscrits. Voir, aux Archives d'Etat de Florence (Carte Strozziane, filza 1 3 3, n° 127), la lettre du 20 mars 142.S.

2. « Cosimo, il quale aveva amata Michelozzo quanto si puô un caro amicoamare.» (Vasari, Vie de Michelozzo.)

3. Les humanistes attachés aux Médicis se chargeaient même parfois de négociations assez scabreuses, que l'on désignerait aujourd'hui sous un fort vilain nom. Voir dans Roscoe, Vie de Laurent de Médicis, Paris, an VII, t. I, p. 4o5, la poésie adressée à Lucrèce Donati pour l'engager à répondre à l'amour de Laurent le Magnifique : « Ad Lucretiam Donatam, ut amet Laurentium Medicem ».

4. Ser Matteo Franco, Un Viaggio di Clarice Orsini de' Medici riel 7-7^5, éd. I. del Lungo. Bologne, i8f>8, p. 7.

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pour échapper à la fureur de ses concitoyens, c'est à un orfèvre de ses amis, le père de Baccio Bandinelli, qu'il confie une partie de ses trésors. Il serait facile de multiplier les exemples de cette « domesticanza », pour nous servir de l'expression pittoresque et intraduisible de Vasari. C'était un spectacle rare et attachant, bien propre à tirer les artistes de l'état d'infériorité dans lequel on les tenait à la cour des princes contemporains.

Aussi bien, chez Cosme, la création de monuments nouveaux semblaitelle être devenue un véritable besoin. On aurait pu croire qu'il voulait faire de l'architecture un moyen de propagande, de domination, tant était grande l'ardeur avec laquelle il élevait palais sur palais, église sur église. Florence ne profita pas seule de sa munificence; d'autres cités italiennes, des contrées lointaines même s'enrichirent, grâce à lui, d'édifices somptueux. Les constructions entreprises dans sa ville natale nécessitèrent, à elles seules, une dépense de plusieurs centaines de mille ducats. M. de Reumont estime que la sacristie de Saint-Laurent absorba 40,000, le couvent de Saint-Marc 70,000, le palais de la Via Larga 60,000 ducats1. Les édifices élevés par Cosme en dehors de la Toscane sont innombrables, et il faut nous borner à passer en revue les principaux d'entre eux. A Assise, le patricien florentin fit restaurer l'église de Santa Maria degli Angeli2. A Rome, il fit orner la basilique de Saint-Pierre de six vitraux à ses armes3. L'église de Saint-Dominique de Cortone fut dotée par lui et par son frère, Laurent le vieux, d'un retable superbe, portant cette simple inscription : Chosimo e Loren\o di Medici da Firen{e ano dato chuesta tavola a frati di Set. Domenicho dell' oservan^a da Chortona per l'anima loro e di loro passati, MCCCCXXXX '1. Venise, qui lui avait servi d'asile pendant son bannissement, lui dut sa première bibliothèque, un des chefs-d'œuvre de Michelozzo. (Epoque vraiment grande que celle où un exilé, pour reconnaître l'hospitalité d'un peuple, le dote, en partant, d'une bibliothèque !) A Milan, les peintures de Vincenzo Foppa rendirent promptement célèbre le palais que les Médicis tenaient de la libéralité de Fran-

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