Epistolœ, éd. Mehus, p. J44, 3t
i48 LES PRÉCURSEURS DE LA RENAISSANCE
valurent le surnom de « Gottoso », le goutteux. Placé entre son père et son fils, entre le grand Cosme et Laurent le Magnifique, Pierre est donc une figure assez effacée, un de ces personnages médiocres que les historiens sacrifient volontiers pour faire d'eux le piédestal de la gloire des héros dans le voisinage desquels ils ont le malheur de se trouver.
Pierre cependant ne manquait ni de finesse, ni de pénétration. Il conduisit habilement des négociations assez épineuses. Il aimait en outre, comme son père, tout ce qui se rattachait à la science ou à l'art. Ses acquisitions, ses commandes témoignent d'un jugement droit, de connaissances puisées à la bonne école.
Parmi les innombrables artistes groupés autour de Pierre, les uns sont pour lui de simples amis, dont il ne met le talent à Fessai que d'une manière accidentelle; de ce nombre sont Alberti, qui comptait parmi ses intimes, et Filarete, qu'il recommanda au duc de Milan1, et qui lui dédia un des exemplaires de son Traité d'architecture. D'autres maîtres, Benozzo Gozzoli, Lucas délia Robbia, Maso di Bartolommeo, sont employés par lui à la décoration du palais paternel, une de ses grandes préoccupations. Tout le monde connaît les compositions si vivantes, si pittoresques dont Benozzo orna la chapelle; sous prétexte de peindre Y Adoration des Mages, il fait défiler devant nous les représentants les plus sympathiques de la société florentine de son temps, et en première ligne les Médicis, ses protecteurs. Moins bien partagées que les fresques de la chapelle, les incrustations en terre cuite exécutées par Lucas délia Robbia dans le cabinet de travail, le « Scrittojo », de Pierre, ont péri ~.
Quant à Filippo Lippi, son histoire est tellement mêlée à celle des Médicis qu'il ne faut pas s'étonner de le voir en rapports constants avec Pierre. Gaye a retrouvé la curieuse lettre dans laquelle le Fra signale,
1. Vov. la lettre que Filarete lui écrivit de Milan, le 20 de'cembre 145 1. (Milanesi, Lettere d'artisti italiani dei secoli XIV e A'F, p. 5.)
2. « Onde il magnilico Piero di Cosimo de' Medici, fra i primi che facessero lavorare a Luca cose di terra colorita, gli fece fare tutta la volta in mezzo tondo d'uno scrittoio nel palazzo editïcato, corne si dira, da Cosimo suo padre, con varie fantasie, ed il pavimento similmente; che fu cosa singolare, e molto utile per la state. » (Vasari, éd. Milanesi, t. Il, p. 174.)
BUSTE DE PIERRE DE MEDICIS, Mino de Fiesole. (Musée national de Florence.)