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LES SCULPTEURS DU DOME D'ORVIETO

l'exagération du mouvement sont même en contradiction avec les traditions de la sculpture antique, en revanche, quelle dette le fils de Niccolô n'a-t-il pas contractée envers les anciens dans sa chaire de la cathédrale de Pise (i3o2-i3ii), dont notre Ecole des Beaux-Arts possède le moulage complet ! Ici, au pied de la statue personnifiant la ville de Pise, on voit une femme étendant les mains pour cacher sa nudité, dans une attitude qui rappelle singulièrement la Vénus de Médicis; ailleurs, dans le même groupe, une femme portant une corne d'abondance, et une autre couronnée de lierre. Puis viennent des aigles, des lions, qu'il n'est pas difficile de rattacher aux meilleurs modèles.

Ces emprunts ne font que mieux ressortir l'imperfection du modelé, la barbarie du style. Évidemment la culture générale n'était pas encore assez développée pour que ces hardis novateurs pussent trouver un point d'appui sérieux chez leurs contemporains. On n'est pas impunément en avance sur son siècle : Frédéric II en avait fait l'expérience, longtemps avant Jean de Pise. Malheur à ceux qui veulent aller trop vite !

Les réminiscences antiques occupent une place non moins considérable dans un autre cycle, dont on n'a pu jusqu'ici déterminer l'auteur, ou les auteurs, mais qui se rattache certainement à l'école de Jean de Pise. Nous voulons parler des bas-reliefs de la façade du dôme d'Orvieto. En les examinant avec soin, on y découvrira des traces multiples et non douteuses d'études archéologiques très étendues. L'abus des nus, la science du modelé, la hardiesse des raccourcis (par exemple dans la Mort d'Abel), certaine façon de draper, qui consiste à laisser à découvert l'épaule droite et une partie de la poitrine1, suffiraient à témoigner d'une manière générale de ces tendances. Mais nous avons plus : les prophètes, tantôt couronnés de feuillage (pl. xxm), tantôt les cheveux ceints d'une bandelette (pl. xxiv), peuvent se ramener à des prototypes romains. Il en est de même des soldats, tous copiés sur des bas-reliefs de l'époque impériale (pl. lv, lx). L'auteur d'ailleurs a eu soin de nous apprendre à quelle source il a puisé : le sarcophage à strigiles qui, dans la Nativité

ï. Voy. surtout dans l'ouvrage de M. Gruner, les Bas-reliefs de la cathédrale d'Orvieto, Leipzig, i858, les pl. XVII, XX, XXIII, XLIV, XLVII, LXIV.

(pl. li), sert de berceau à l'enfant Jésus, les sarcophages dont sortent les morts, dans la scène de la Résurrection (pl. lxviii), ne laissent aucun doute à cet égard. Parmi ces derniers, à côté de sarcophages strigilés, on remarquera un sarcophage dont la partie antérieure est ornée de trois génies nus, supportant des guirlandes. Est-il besoin d'autres preuves! Citons encore le trône d'Hérode (pl. lv), avec ses montants terminés en haut par des têtes, en bas par des griffes de lion, ainsi que le costume de Satan, dans la Tentation du Christ (pl. lviii) : chlamyde jetée sur les épaules et fixée sur la poitrine par une fibule.

Chez Jean de Pise et chez ses adeptes, les souvenirs antiques détonnent parfois étrangement au milieu des excès du naturalisme. Un autre Pisan, André (1270- 1348), l'élève et l'ami de Giotto, réussit à rétablir l'harmonie troublée par des novateurs trop fougueux : son point de départ, c'est la tradition médiévale, qu'il cherche à ennoblir et à purifier, en s'inspirant surtout de l'exemple de Giotto. Lui aussi cependant connaît l'art romain, et il l'imite à l'occasion, mais avec cette sagesse, cette distinction qui sont les traits fondamentaux de son talent. En supposant que les marbres conservés à Pise exercèrent sur Andréa une influence analogue à celle qu'ils avaient exercée sur Niccolô Pisano, Vasari a du moins pour lui la vraisemblance '. Ne savons-nous pas, par Benvenuto Cellini, que, jusqu'en plein xvie siècle, le Campo Santo fut pour les artistes toscans un véritable musée d'études ?

La porte de bronze du baptistère florentin (i33o-i336) nous montre avec quelle habileté André de Pise sut mettre à profit des enseignements si précieux. Dans la Décollation de saint Jean-Baptiste , le bourreau brandit le glaive par un de ces mouvements à la fois vifs et rythmés dont les sculpteurs anciens avaient le secret. Dans un autre compartiment, le guerrier qui conduit saint Jean devant Hérode porte le costume romain.

1. « Fu in una cosa aile fatiche d'Andréa favorevole la fortuna; perché, essendo state condotte in Pisa, corne si è altrove detto, mediante le moite vittorie che per mare ebbero i Pisani, moite anticaglie e pili che ancora sono intorno al Duomo ed al Campo Santo; elle gli fecero tanto giovamento e diedero tanto lume, che taie non lo potette aver Giotto, per non si essere conservate le pitture antiche tanto, quanto le sculture. » (Éd. Milanesi, t. I, p. 482.)

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