Semper, Donatello, p
Parmi tant de personnages illustres, tant de souverains qui eurent recours à l'obligeance, à la compétence de Laurent, Louis XI se signala par la bizarrerie de ses demandes. Ici encore il s'agissait d'une œuvre précieuse, qui avait peut-être quelque valeur au point de vue de l'art. Mais ce n'étaient point les préoccupations artistiques ou archéologiques qui avaient dicté la démarche du monarque français. On en jugera par ses lettres; elles sont trop curieuses pour ne pas être reproduites ici :
14 novembre 1482.
« Mon cousin, je vous ay naguères escript touchant l'anneau de saint Zanobi. Je vous prie que vous me faites savoir que c'est, et s'il est possible que vous me le puissiez envoyer, vous me feriez le plus grant plaisir de tout le monde. Et si vous asseure que ceulx qui l'ont ne doivent point doubter que je le veuille avoir par don, ne autrement que par prest seulement, car je le rendray touteffoys qu'il vous plaira, et n'y aura point de faulte. Et s'il vous plaist me faire ce service et plaisir, je le recongnoistray avecques les autres que m'avez faiz, si je puis.
« Mon cousin, je vous renvoyé la pièce de monnoye et la chose qui est en manière d'Agnus Dei que m'aviez envoyez par mes secrétaires. Je vous en remercie tant que je puis. Et au regard de la croix, je l'ay encores devers moy et ay chargé (sic) à maistre Pierre Parent envoyer ung de ses gens devers vous tout expressément et vous escripre dudit anneau, car je désire fort que je le puisse avoir, et je sçay bien que vous vous y employiez voulontiers. Et adieu mon cousin. Escript au Plessiz du Parc lexime jour de novembre. Loys. » (E. Charavay, Rapport... sur les lettres de Louis XI. Paris, 1881, p. 39, 40.)
Notre-Dame de Cléry, 9 juillet 1483.
« Mon cousin, mon amy, j'ay veu l'aneau (sic) que avez baillé à monsieur de Soliers. Mais je désire bien sçavoir si c'est le mesme que le sainct (Zanobi) portoit; pareillement quelz miracles il a faicts, et s'il n'a nul guéry, et quy, et comment il le fault porter. Je vous prie
Le nom de Laurent ne tarda pas à acquérir la plus grande popularité parmi les artistes. D'un bout à l'autre de l'Italie, le Mécène florentin reçoit d'eux des offres, des cadeaux sans nombre. L'un, un mécanicien célèbre, maître Dionisio de Viterbe, lui présente une horloge d'une construction admirable 1 ; l'autre, un orfèvre de talent, Lodovico da Foligno, lui envoie la médaille, par lui exécutée, de la duchesse de Milan2, tandis qu'André Guaccialotti lui adresse de Prato, en 1478, quatre médailles coulées en bronze sur l'empreinte donnée par Bertoldo 3. David Ghirlandajo façonne à son intention des vases en verre 4. Ils savaient qu'avec un homme tel que Laurent c'étaient là des placements à gros intérêts. On regrette de trouver parmi ces quémandeurs un des plus illustres peintres de la Renaissance, André Mantègne, — ce grand esprit, ce petit caractère. En 1484, voulant faire construire une maison, l'artiste fait appel, sans autre forme de procès, à la libéralité de Laurent. Il sollicite de lui « qualche aiuto », lui promettant de « farne tal memoria » qu'on ne l'accusera jamais d'ingratitude \ Ce qui l'encourageait à cette démarche, c'était sans doute l'éclatant témoignage d'estime qu'il avait reçu
que me advertissiez de tout le plus tost que pourrez, ou en rescripviez au général de Normandie bien au long. Pareillement, se vous avez de par de là nulle autre chose plus espéciale, qui porte la vertu dudit aneau, et se vous en pouvez retrouver, envoyez-le-moi ou audit général; et je vous en prie sur tout le plaisir que me désirez faire. Et adieu, mon cousin, mon amy. » (Canestrini et Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. I, p. 191. Paris, 1859.)
La fille de Louis XI, Anne de Beaujeu, adressait à Laurent des demandes non moins bizarres :
a Au seigneur Laurens de Medicis.
S1' Laurens. Vous savez que autres foiz m'avez escript que m'envoieriez la girafle, et combien que je me tienne seure de vostre promesse, neantmoins pour vous donner à cognoistre l'affection que je y ai, je vous prie que vous la faictes passer et la m'envoier par deçà. Car c'est la beste du monde que j'ay plus grant désir de veoir. Et s'il est chose par deçà que je puisse faire pour vous, je m'y emploieray de bon cueur. Et a Dieu soiez, qui vous ait en sa digne garde. Escript au Plescys du Parc. Le xve jour d'avril [1489]. Anne de France. » (Buser, Die Be^iehungen der Mediceer Frankreich wœhrend der Jahre 1434-1494. Leipzig, 1879, P- 5ai-)