‹ Les précurseurs de la RenaissanceChapitre 89 sur 132 · DAVID VAINQUEUR DE GOLIATH · texte numérisé non relu

DAVID VAINQUEUR DE GOLIATH

par Verrocchio; — (Musée national de Florence.)

l'or? Laurent reçut à cet égard quelques leçons bien méritées. L'une lui fut infligée par le farouche prieur de Saint-Marc, Jérôme Savonarole. Laurent avait envoyé au couvent de riches présents et d'abondantes aumônes. Mais ces tentatives de corruption devaient naturellement accroître le mépris qu'il inspirait au Fra. Celui-ci fit en chaire quelques dédaigneuses allusions à un procédé, qui disait-il, raffermissait de plus en plus dans ses résolutions. Peu après, on trouva dans le tronc des aumônes une certaine quantité de pièces d'or, qui ne pouvaient venir que de Laurent ; Savonarole les envoya aux Buoni Uomini di San Martine), pour qu'ils les distribuassent aux pauvres, déclarant que le cuivre et l'argent suffisaient aux besoins du couvent. Ainsi, fait observer Burlamacchi, Laurent finit par se convaincre qu'il n'avait pas trouvé le terrain où il pourrait planter sa vigne '.

Un élève d'Alesso Baldovinetti, le Graffione, donna aussi un exemple d'indépendance qui mérite d'être relevé. Causant un jour avec ce maître, Laurent lui raconta qu'il avait l'intention de faire orner de mosaïques et de stucs l'intérieur de la coupole du Dôme. Le Graffione lui objecta qu'il n'avait pas sous la main d'artistes capables d'exécuter ce travail. « Oui, mais j'ai tant d'argent, répondit le banquier, que j'en ferai ». — « Eh ! Laurent, répliqua vivement le maître, ce n'est pas l'argent qui fait les artistes, ce sont les artistes qui font l'argent '. »

Notons encore un beau trait du forgeron Niccolô Grosso, surnommé le Caparra, l'auteur des fameuses lanternes du Palais Strozzi. Laurent s'était rendu lui-même dans sa boutique pour lui commander quelques ouvrages de ferronnerie dont il se proposait de faire cadeau à des amis ou connaissances du dehors. L'artisan travaillait à ce moment pour des personnes pauvres, mais qui lui avaient remis un à-compte sur le prix du travail. Laurent lui demandant de passer avant elles, le vaillant for-

1. Villari, Jérôme Savonarole et son temps, trad. G. Gruyer. Paris, 1874, t. I, p. 168.

2. « Dicono che il magnifico Lorcnzo de' Medici, ragionando un di col Graffione, che era uno stravagante cervello, gli disse : Io voglio far fare di musaico e di stucchi tutti gli spigoli délia cupola di dentro : e che il Graffione rispose : Voi non ci avete maestri. A che replicô Lorenzo : Noi abbiam tanti danari, che ne faremo. Il Graffione subitamente soggiunse : Eh ! Lorenzo, i danari non fanno i maestri, ma i maestri fanno i danari. » (Vasari, Vie d'A. Baldovinetti.)

geron ne voulut jamais y consentir; « leur commande est antérieure à celle que vous me faites, lut répondit-il, et leur argent vaut bien le vôtre1. »

Mais puisque l'argent était l'arme favorite des Médicis, ne leur reprochons pas d'en avoir usé et abusé. Ce ne sont pas les artistes, dans tous les cas, qui auront le droit de se plaindre d'une libéralité dont ils ont profité dans une si large mesure.

On a vu, par ce qui précède, combien étaient variées et importantes les ressources dont Laurent disposait pour la réalisation de son projet favori, la création d'un musée et d'une bibliothèque uniques au monde. La comparaison de ses collections avec celles de son père nous montrera avec quelle ardeur et quelle habileté il poursuivit ce but.

Ici malheureusement, comme pour toutes les autres collections d'antiques du xvc siècle, nous nous heurtons à une difficulté insurmontable : les rédacteurs des inventaires omettent d'une manière systématique les statues de marbre, qu'ils considèrent sans doute comme ouvrages n'ayant pas une valeur vénale suffisante. Il est donc presque impossible de se faire une idée exacte de ce qu'étaient à cet égard les collections de la première Renaissance.

Une des premières acquisitions de Laurent fut probablement celle du cabinet d'antiques du Pogge, mort en 145g. Les biographes de l'illustre humaniste nous disent en effet que ses collections furent dispersées. N'est-il pas permis de supposer que les héritiers les auront vendues au seul amateur florentin assez riche pour les payer, à Laurent?

La mort de Paul II (28 juillet 1 471) et l'avènement de Sixte IV forment pour le Musée médicéen le point de départ d'une ère nouvelle. Laurent, et en cela on peut bien dire qu'il fut un favori de la fortune, ne se vit pas seulement délivré d'un rival tout-puissant, qui l'avait plus d'une fois tenu en échec; il lui fut encore donné de pénétrer dans le sanctuaire, de faire un choix parmi les trésors réunis par le défunt, de doubler d'un coup, et presque sans bourse délier, ses séries déjà si riches. Ce sont là jouissances dont les curieux seuls peuvent apprécier la vivacité.

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