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Vasari, t. VIII, p

Ici, tout commentaire serait une atténuation. Il faut laisser la parole à l'intéressé lui-même : « Au mois de septembre 147 1 , nous dit Laurent, on me chargea d'assister en qualité d'ambassadeur au couronnement du pape Sixte. Je fus comblé d'honneurs à Rome, et je rapportai de cette ville les deux bustes de marbre antiques représentant Auguste et Agrippa1, qui m'avaient été donnés par le pape; j'en rapportai en outre ma coupe de calcédoine gravée, et un grand nombre d'autres camées et de médailles que j'achetai alors, entre autres la calcédoine ».

LA « TAZZA FARNESE », au Musée de Naples.

Cette note, ce « ricordo », n'est-elle pas caractéristique? Voilà Laurent qui se rend à Rome chargé des intérêts les plus graves, chargé d'une mission délicate dont il s'acquitta à merveille, nous le savons par d'autres que lui. Eh bien, il n'a pas un mot pour ses succès diplomatiques. Le triomphe dont il se montre le plus fier est celui qu'il a remporté en

1. M. Diitschke, qui déprécie d'ailleurs beaucoup trop le musée d'antiques des Médicis, est disposé à identifier ce buste à celui qui porte, aux Offices, le n° 66. Voy. -ses Anlike Bildwerke, t. III, p. yiu-ix.

LAURENT LE MAGNIFIQUE i.S3

matière de haute curiosité. Les camées, les médailles, telles sont les dépouilles opimes qu'il se vante d'avoir enlevées à la Ville éternelle.

Nous ne nous étendrons pas ici sur l'histoire de ces acquisitions. Il suffira de rappeler que Sixte IV, en montant sur le trône, trouva le trésor pontifical presque vide, les vitrines par contre garnies d'innombrables joyaux. Il n'hésita pas à convertir en numéraire ces monceaux de diamants, de perles, de rubis, d'émeraudes, et ce fut à l'oncle de Laurent, Jean Tornabuoni, qu'il les céda. Comme il avait intérêt à se ménager les

LA « TAZZA FARNESE», au Musée de Naples.

Florentins, il vendit à vil prix au représentant des Médicis ces joyaux qui constituaient une fortune princière : ce fut presque une donation déguisée1. Parmi les pièces qui entrèrent à ce moment dans le palais des Médicis, il faut tout d'abord citer la fameuse coupe en sardoine orientale, la « Tazza Farnese », aujourd'hui un des ornements du musée de Naples. On y voit à l'extérieur une tête de Méduse., à l'intérieur huit figures en

r. « Gemmas quippe et margaritas, quibus comparandis Paulus pontifex unice studuerat, plerasque illis aut nullo, aut parvo admodum pretio concessit. » (Valori.) Le scandale fut si grand que les inspecteurs de la comptabilité pontificale protestèrent contre cette dilapidation. Mais le pape, d'après un document encore inédit (1473), leur imposa silence.

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relief, sur la signification desquelles on a beaucoup discuté. (M. Quaranta y voit Ptolémée Philadelphe consacrant la fête de la moisson, qu'Alexandre le Grand avait instituée en Égypte, contrée symbolisée par le Sphinx1). — Il est inconcevable que les archéologues aient ignoré jusqu'ici la provenance de ce joyau. C'est à n'en pas douter, la « schodella... entrovi più fighure e di fuori ttna testa di Médusa », qui figure dans l'inventaire de Laurent le Magnifique, où elle est estimée 10,000 ducats d'or. Laurent nous apprend lui-même qu'il rapporta de Rome, en 1 47 r , une « scudella di calcedonio intagliata. » Puis vient Y Enlèvement du Palladium par Diomède. Cette intaille célèbre avait d'abord fait partie du cabinet de Niccoli. Donatello, qui avait eu l'occasion de l'y admirer, la copia textuellement dans un de ses médaillons du palais des Médicis, celui-là même qui a été gravé dans un de nos précédents chapitres 2 . Ce fut un triomphe pour Florence que de reconquérir ce chef-d'œuvre de la glyptique antique, qui lui avait été enlevé par le cardinal Scarampi, et qui lui revenait maintenant après avoir passé par la collection de Paul II. L'inventaire assigne à Y Enlèvement du Palladium une valeur de i,5oo ducats. Nous pouvons encore citer, parmi les pierres gravées provenant de la collection de Paul II, un camée avec trois enfants ailés s'occupant de divers travaux manuels (estimé 200 florins).

Laurent ne s'arrêta pas à ce premier succès. Il réussit, grâce à une correspondance active, à se tenir au courant des trouvailles faites à Rome; il était bien rare qu'une pièce importante lui échappât. Ses lettres sont curieuses parce qu'elles nous montrent quelle habileté, quelle diplomatie il fallait déployer dès lors pour arracher aux Romains ces « anticaglie », vis-à-vis desquelles, un demi-siècle auparavant, ils avaient professé une indifférence si grande. Tantôt Laurent était forcé de lutter avec quelque haut et puissant prélat; tantôt, malgré sa prodigalité, il était réduit à battre en retraite devant les prétentions exorbitantes des marchands. Ces derniers, bien que fort illettrés, connaissaient à merveille la valeur vénale de chaque objet; l'instinct naturel, le flair, pour nous servir du mot consacré, tenait lieu chez eux d'érudition. Ils étaient, en outre, passés

1. Monaco, Guide général du Alusée national de Naples, p. 1.46.

maîtres en ruses, en intrigues. Que de pièges n'ont-ils pas dû tendre au trop ardent collectionneur ! Antiquités fabriquées pour les besoins de la cause, pièces médiocres enfouies dans quelque vigne déserte, puis découvertes à grand renfort de publicité, ce sont là, on le sait, des artifices qui ne datent pas d'aujourd'hui.

Heureusement, le Florentin était de force à lutter avec les Romains. Un de ses correspondants nous raconte à ce sujet un trait curieux. On avait trouvé dans un couvent de Rome quelques beaux morceaux que les agents du Magnifique cherchèrent aussitôt à conquérir pour leur maître. Le cardinal de Saint-Pierre ès Liens eut vent de l'affaire et défendit de continuer les fouilles. Que pouvait le patricien florentin contre le prélat fougueux qui s'appelait Julien délia Rovere, en attendant que, sous le nom de Jules II, il se rendît célèbre par une violence de caractère sans exemple dans les annales de l'Église? L'emploi de la force lui étant interdit, Laurent eut recours à la ruse. On gagna les ouvriers, qui continuèrent le travail pendant la nuit ; le résultat fut la découverte d'un groupe représentant trois Faunes. Il en coûta 5o ducats à Laurent, mais le cardinal était battu1. Une autre fois, à la barbe des employés pontificaux, les agents de Laurent enlevèrent de précieux marbres provenant d'Ostie 2.

Naples et les environs fournirent aussi à Laurent une ample moisson d'antiques. C'est de là qu'il tira les portraits (effigiem) de Faustine et de (Scipion) l'Africain. Nicolas Valori nous dépeint la joie que Laurent éprouva en recevant de lui ces portraits accompagnés de plusieurs marbres3. C'est encore Naples qui lui fournit un buste d'Adrien, plus grand que nature, et un Cupidon endormi, conservé du temps de Vasari dans le garde-meuble des Médicis. Ces deux derniers morceaux lui furent rapportés par Giuliano cla San Gallo, qui les avait demandés au roi à l'intention de son protecteur 4.

C'étaient là des coups de bonheur. Dans l'intervalle, Florence et les environs fournissaient à Laurent un contingent régulier, qui n'était nulle-

i. Gaye, Carteggio, t. I, p. 285.

■2. Ibid., p. 286.

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