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Voy. la Revue archéologique, 1880, t. II, p

Iirip. Eudes

LAURENT LE MAGNIFIQUE i93

Londres. British Muséum. — Intaille avec le portrait de Sextus Pompée, et la signature : ArAOOIlOVC ELTOIEI. Initiales de Laurent (L. M.). Gravée dans le Muséum florentinum de Gori, t. II, pl. i, dans Maffei, t. i, pl. 6, et dans Stosch, pl. 6. Collection Blacas. (Renseignements communiqués par M. A. S. Murray.) Reproduite ci-contre.

Intaille représentant Apollon debout, la lyre à la main. (Gravée cicontre '.)

Avant tout champions des idées modernes, les Médicis ne devaient accorder qu'une attention distraite aux ouvrages du moyen âge. Tandis que, dans le musée de Paul II, l'élément byzantin rivalisait presque, par le nombre et la valeur de ses productions, avec l'antiquité classique, dans le palais de la Via Larga, c'est à peine si nous trouvons quelques mosaïques portatives. Les retables, les ivoires, les reliquaires font presque complètement défaut. Le souci de la chronologie nous oblige à mentionner également ici les tableaux de Giotto, quoique, aux yeux de Laurent, ce grand maitre ait été plutôt le précurseur de la nouvelle école que le représentant de la tradition médiévale.

Telle était la masse des tableaux de chevalet, des statues, des basreliefs entassés dans les palais ou les villas des Médicis que, si Cosme, Pierre et Laurent n'avaient pas commandé un si grand nombre de fresques ou de sculptures décoratives, on pourrait être tenté de les taxer d'indifférence à l'égard de l'art monumental. Le palais de Florence, le seul sur le contenu duquel on possède des renseignements exacts, renfermait des tableaux de Masaccio, de Paolo Uccello, de Fra Angelico, de Filippo Lippi, de Francesco Peselli, de Piero del Pollaiuolo, de Domenico da Bibbiena, du Squarcione, de Matteo de' Pasti. Les Flamands étaient associés à cette galerie d'élite. Jan Van Eyck y comptait un Saint Jérôme, cité par Vasari (t. I, p. 1 63) , Petrus Cristus, une Madone. Le premier de ces tableaux est estimé 40 ducats, tandis que l'évaluation des Giotto, des Fra Angelico, ne dépasse guère une dizaine de ducats. C'est une nouvelle preuve à ajouter à toutes celles que l'on possède déjà sur l'éclectisme des

1. Nous avons en outre reproduit dans l'Art (t. XXI, p. 87) une tête de Vespasien, avec

Italiens du xve siècle, sur leur admiration pour les chefs-d'œuvre de l'École de Bruges.

D'innombrables bas-reliefs et statues en bronze ou en marbre représentaient la statuaire moderne. La plupart d'entre eux avaient pour auteurs Donatello et Desiclerio da Settignano.

Aux chefs-d'œuvre de la peinture et de la plastique venaient s'ajouter ceux de l'art décoratif. Les murs étaient couverts de riches tentures, les unes fabriquées dans les Flandres, les autres, en minorité, à Florence même. Les crédences ployaient sous le poids de l'argenterie, — vaisselle plate, bas-reliefs en argent repoussé, nielles, émaux, horloges, encriers en argent doré exécutés dans le Levant, reliquaires, armes de luxe, etc., etc. Puis venaient d'interminables séries de chapelets en pierres dures, des « agnus Dei » du plus grand prix. La section céramique était particulièrement riche : on y remarquait des majoliques (vasi fittili) dues à la libéralité des Malatesta1.

La série des tapisseries comprenait une quarantaine de pièces. Plusieurs étaient tissées d'or et d'argent. Signalons parmi elles une Chasse du duc de Bourgogne, un Tournoi, Y Histoire de Narcisse, en deux pièces, peut-être identique à la suite offerte en vente, à Bruges, à Jean de Méclicis, le Triomphe de la Renommée, le Triomphe de l'Amour, Deux hommes armés, des Scènes de chasse, de pèche, de jeu, de bal, Y Histoire du Christ, X Adoration des Mages, la Vierge avec V enfant Jésus et le duc de Bourgogne, la Crucifixion, Y Annonciation, des verdures.

A côté des tapisseries proprement dites (arazzi) on remarquait des toiles peintes à la française, sans doute dans le genre de celles de Reims (panni dipinti alla francese).

Mentionnons également les cuirs d'Espagne, c'est-à-dire, selon toute vraisemblance, les cuirs de Cordoue (quoio grosso da letto lavorato in Ispagna).

Les jardins des Méclicis devinrent une haute école pour les jeunes

l'inscription lavr.med. conservée, au siècle dernier, dans le cabinet de Marc-Antoine Sabbatini, qui l'a publiée dans le tome \K'\ p. xx.xiv, de ses Gemme figurait'.

i. Gaye, Carteggio, t. I, p. 304. Cette lettre ne porte point de date. Gaye la croit de l'année 1490.

INFLUENCE DES COLLECTIONS DES MÉDICIS igS

sculpteurs ou peintres florentins. Parmi les artistes qui y étudièrent, Vasari cite G. F. Rustici, Torrigiano, Francesco Granacci, Niccolô di Domenico Soggi, Giuliano Bugiardini, Lorenzo di Credi, Baccio da Monte Lupo, Andréa Sansovino, Mariotto Albertinelli. C'est là aussi, ne l'oublions pas, que Michel-Ange fît ses premières armes.

Ce que les marbres avaient été pour les sculpteurs et les peintres, les camées, les intailles le furent pour les graveurs en pierres précieuses. Si

l'enlèvement du palladium.

Revers d'une médaille de Niccolô Fiorentino.

Laurent le Magnifique n'a pas été le premier à remettre en honneur la glyptique, comme on Ta cru trop longtemps, s'il a été précédé dans cette voie par le pape Paul II, il n'en est pas moins certain qu'ici encore son influence a été prépondérante. De nombreux vases en pierres dures, des camées, des intailles conservés à Florence, à Naples, ainsi que dans d'autres villes, prouvent avec quel succès il fit appel au talent de Giovanni délie Corniole et de ses confrères.

Il serait facile de retrouver dans tous ces ouvrages, aussi bien que

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dans les miniatures, les tableaux, les fresques, les sculptures, l'influence des modèles antiques réunis avec tant d'ardeur par les Médicis. Nous avons déjà parlé des médaillons copiés par Donatello d'après les pierres gravées conservées dans les collections de Cosme, de son fils Pierre ou de Niccolô Niccoli. L'une d'entre elles, V Enlèvement du Palladium (voy. p. 1 56), a en outre été copiée par Niccolô Fiorentino sur le revers de sa médaille de Marc-Antoine de la Lecia, gravée ci-contre.

L'influence d'une autre intaille, Apollon et Marsyas, fut bien plus grande encore. On en jugera par la liste des principales imitations auxquelles elle a donné lieu au xvc et au xvie siècle :

Médaille de Nie. Schlîfer (1457), par Jean Bolclu. Apollon seul, avec quelques légères variantes.

Quatre médailles ou plaquettes de la collection de M. Courajod1.

Pierre gravée, avec le buste de Paul II au revers : Musée Correr, à Venise 2.

Cornaline, avec la signature lav.med. Hauteur, 40 mill. Largeur, 3o mill. Ouvrage de la Renaissance. Cabinet de France3.

Bas-relief de la porte de Crémone, au musée du Louvre.

Portrait de jeune fille, attribué à Botticelli; au musée Stsedel, à Francfort 4.

Frontispice d'un manuscrit exécuté pour Mathias Corvin5. Frontispice de la Sfor{iade. Bibliothèque Riccardi, à Florence. Plat en majolique, exécuté vers 1482 (?). Musée Correr, à Venise r'. Statue d'Apollon représentée dans Y École d'Athènes, de Raphaël. Loges de Raphaël.

D'autres pierres gravées, ainsi que les médailles, fournirent aux habiles miniaturistes employés par Pierre et par Laurent les éléments de l'illus-

1. L'une de ces pièces a été gravée dans la Galette des beaux-arts, 1876, t. I, p. 33 1.

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