F.-R. MARTIN
Tomba, et d'aquel Rèynar né dévèn lou partage. '
« Acos ce que vouïèy (yé cride-él), grand talos ;
Ara fay-te reçâoupre Rèy, se pos.
Adiou, moun cher, aprendras a toun âge
Que tout Flatavièïa es troumpur ; La liçou fa coustat un moucèl de froumage,
Aco^s un fort pichot malhur ;
Un âoutra fes seras pu sage. »
Lou Gourpatas, fort hountous,
Réspoundèt din soun lengage
Qu'un atrapat ne vâou dous.
a Eh, bonjour, monsieur du Corbeau ; par ma foi, si votre allure ne m'a pas soudain ébloui, sous une si belle tournure doit nicher certes force esprit. Oh ! si dans la cour emplumée un renard était reçu, je dirais bien haut à tous les oiseaux que vous êtes né pour être roi ; je soutiendrais au premier venu que Faigle plus que vous ne peut payer de mine. « M. du Corbeau, prenant ceci bon jeu bon argent, veut répondre au compliment, ouvre le bec : son fromage tombe, et de ce renard devient le partage. « C'est ce que je voulais (lui crie-t-il), grand nigaud; maintenant fais-toi nommer roi, si tu peux. Adieu, mon cher ; tu apprendras à ton âge que tout patelin est trompeur; la leçon t'a coûté un morceau de fromage, c'est un bien petit malheur ; une autre fois, tu seras plus sage. » Le corbeau, très honteux, répondit en son langage qu'un attrapé en vaut deux.
On voit — non dans la traduction, mais dans l'original — que l'imitation a bien la couleur locale, seute raison d'être des imitations de ce genre, car, à défaut d'autre mérite, elles ont au moins celui de conserver un
j8 l'.-H- MARTIN.
langage et une certaine tournure d'esprit près de disparaître. — La seconde partie des œuvres de Martin se compose de ses fables originales, dont quelques-unes ne manquent ni d'invention ni de grâce.
Quelques Contes et des pièces diverses forment la troisième partie du recueil, écrit tout entier en u patois de Mountpëié )> d'après l'auteur lui-même, ce qui n'est que trop vrai. Les gallicismes et les tournures françaises y abondent, et cependant Martin a dû faire de louables eflbrts pour épurer sa langue, car, au milieu de nombreuses corruptions, on sent encore l'originalité et la saveur des anciens temps. On y trouve aussi pas mal d'expressions caractéristiques, à peu près disparues aujourd'hui, au moins dans les villes. L'interjection per inoia, par ma foi ! qui ne serait autre chose que le par 77îaia ! du paganisme, d'après M. Ruben, l'éditeur des œuvres de Foucaud, revient très souvent sous la plume de Martin. Des dictons, des proverbes jetés en guise de moralité ou de conclusion à la fin d'un Conte ou d'une Fable donnent une teinte bien languedocienne au recueil, et c'est peut-être grâce à lui que la plupart se sont conservés jusqu'à nous. Martin était d'ailleurs un esprit cultivé. Ses Loisirs d'un Languedocien, ou recueil de ses poésies françaises, publiées à Montpellier en 1827, sont précédés d'un Essai historique sur le langage vulgaire des habitants de Montpellier, où l'on peut encore glaner d'utiles indications. La petite Chrestomathie romane qui accompagne cet Essai, et qui va des troubadours à ce