‹ Les précurseurs des félibres, 1800-1855Chapitre 17 sur 42 · NOËL · texte numérisé non relu

NOËL

Refrain*

Et d'où vient donc ton air si gai, Catherinette !

Catherinette l

M. Jules Troubat, le dernier secre'taire de Sainte-Beuve, P/wmc

E d^ounte ven toun èr tan vieu, Catarineta dau boun Dieu?

Moun cor jouis, aco's bèn vrai; L'enfant Jésus l'a rendu gai.

A Betelèn Pai vist, pecaire!

Es tout lou pourtrèt de sa maire.

Et d'où vient donc ton air si gai, Catherinette du bon Dieu ?

Mon cœur jouit, c'est bien vrai; L'enfant Jésus Ta rendu gai.

A Bethléem, je l'ai vu, le pauvret !

C'est tout le portrait de sa mère.

et Pinceau. Dans ce livre, tout parfumé de senteurs méridionales, soit dit sans épigramme, quoique nous écrivions dans le pays qui a motivé le P lacet as Pouliciens du P. Cléric, M. Jules Troubat dit de Moquin-Tandon : « Ce n'est pas manquer de respect à la mémoire du savant que de rappeler qu'il a été aussi un très fin et très délicat poète dans l'idiome languedocien. C'était, du reste, un don de famille, et le double nom est resté célèbre et populaire dans la contrée. »

L'un des fils de notre poète est aujourd'hui directeur du Jardin botanique à Saigon. (Avril 1886.)

Una palha fasiè ponet En passant sus soun pichot det ; Douçamenet ie soui mountada, Loungtems me ie soui permenada,

Ai vouiajat dessus soun bras, Ai vist de près soun poulit nas, Ai respirât soun aleneta ; I avié de la sus sa bouqueta.

Moussu lou bioti era jalons :

Aurié vougut, lou malurous !

Une paille faisait un petit pont En passant sur son petit doigt ; Doucement j^y suis montée, Longtemps je m^ suis promenée.

J'ai voyagé dessus son bras, J'ai vu de près son joli nez, J'ai respiré sa douce haleine; Du lait restait sur sa bouchette.

Monsieur le bœuf était jaloux :

Il eût voulu, le malheureux!

,oo MOQUIN-TANDON.

Estre pichot, estre a ma plaça :

La grandou souvent embarrassa.

VâSQ me prenié, Finsoulenl !

Per certen animau pudent, E de travès me regardava ; Emai déjà me menaçava.

La santa Vierja s"'avançèt Chout soun fichut me rescoundèt a T'aime bèucop, Catarineta, Te fau présent d'una raubeta;

Être petit, être à ma place !

La grandeur souvent embarrasse

L'âne me prenait, l'insolent !

Pour certain animal puant, Et de travers me regardait ; Déjà même il me menaçaiL

La sainte Vierge s'avança Et sous son fichu me cacha :

a Je t'aime beaucoup, Catherinette, Je te fais présent d'une petite robe;

« Raubeta coulou de coural Eque lusis coume un mirai ; De sét poumetas es ournada, léu, touta soula, l'ai broudada !

ce Tant que la pourtaras sus tus, N'auras pas crenta de degus.

N'oublides pas jamai, ma filha, Uenfant Jésus, fil de Maria. »

Pioi me metèt dessus sa man, Lève las alas, prene van...

« Petite robe couleur de corail Et qui brille comme un miroir; De sept pommettes elle est ornée, C'est moi seule qui Pai brodée !

« Tant que tu la porteras sur toi, Tu n'auras crainte de personne.

N'oublie jamais, ma fille, L'enfant Jésus, fils de Marie. »

Puis elle me mit sur sa main, J'ouvre les ailes, je prends l'élan,

Buffet SUS ieu, e soui rintrada Dins moun oustau, tout encantada!

Elle souffla sur moi, et je suis rentre'e Dans ma maison, tout enchantée.

Que de détails charmants dans ce petit poème! L'ascension de la coccinelle, ou bête à bon Dieu, bête à la Vierge, sur le bras, le visage de l'enfant divin, avec cette remarque naïve : / mué de la sus sa bouqiieta; le bœuf et l'âne admirablement pourtraits dans leur rôle de protecteurs de la crèche; et cette description de la coccinelle, Raubeta coulou de coiiral, etc., où le naturaliste prête au poète son oeil habitué à voir les plus petits êtres. Tout cela est pris sur nature, avec un sentiment exquis, une simphcité et une bonhomie vraiment touchantes.

Trois strophes d'un tout autre genre, et que nous exhumons d'un journal disparu depuis longtemps {lou Boidl-Abaisso du 3i août 1844), se recommandent par un charme pareil, mais avec des grâces un peu plus piquantes.

MOQUIN-TANDON. loJ

LOU PEU FOULET OU VOULATIL

A madoumaisela de Gignac, qu'avié dich dan duvet de sa bouqueta Acos pas que de peu foulet ou voulatil.

Coum'es poulida, qu'es braveta !

Que sou brillans, sous dous yoyous !

E coum'es fresca sa bouqueta !

Trove pas res de pu gracious...

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