A MYLORD
William -Charles -Bonaparte WYSE
v'JBANEL
(DE NIMKS ;
Maison Quantin
AUBANEL (DE Nîmes; 1758-1842
Sainte-Beuve, dans une des études qui suivent son Tableau de la poésie française an xvi^ siècle, a montré l'influence exercée par Anacréon et les Anacréontiques sur les poètes de la Pléiade. Depuis le chef du chœur jusqu'à Baïf, «l'un des plus inégaux parmi les imitateurs des anciens », tous s'infusèrent, à divers degrés, et avec plus ou moins de bonheur, du sang de la veine anacréontique. Celle-ci, « directement introduite en i554, et qui se prononce dès les seconds essais lyriques de Ronsard, de Du Bellay et des autres, fit véritable-
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ment transition entre la vigueur assez rude des débuts et la douceur un peu mignarde et polie des féconds disciples, Des Portes et Bertaut; cette veine servit comme de canal entre les deux... )>
« L'Anacréon, chez nous, ne cessa de vivre et de courir sous toutes ses formes durant le siècle suivant et depuis jusqu'à nos jours. L'abbé de Rancé, âgé de douze ans, en donnait une très bonne édition grecque ; La Fontaine le pratiquait à la gauloise toute sa vie. Chaulieu, plus qu'aucun, se peut dire notre Anacréon véritable, et c'est dommage que sa poésie trop négligemment jetée ne nous rende pas tout son feu naturel et son génie. Moncrif, avec bien moins de largeur, et plusieurs du xviii^ siècle après lui, ont eu des parties, des traits aiguisés du genre. Voltaire, en quelques pièces légères, l'a saisi et comme fixé à ce point parfait de bel esprit, de sensibilité et dégoût, qui sied à notre nation. André Ghénier n'a eu que peu d'anacréontique, à proprement parler, dans le sens final;... le plus vraiment anacréontique des modernes a peut-être été le Sicilien Meli. Béranger pourrait sembler tel encore, mais par quelques imitations habiles et de savantes gaietés, plutôt que par l'humeur et le fond : lui aussi, je le qualifierai un poète de l'art. ))
Sainte-Beuve aurait pu suivre le filon anacréontique jusque chez nos poètes méridionaux. S'il ne l'a point fait, ce n'est certes de sa part ni indifférence ni dédain. Ce grand esprit ne croyait point déroger en s'occupant des patois. Que de fois l'a-t-il prouvé! N'est-ce
pas La Monnoye qui lui fait dire : « Heureuse rencontre ! sans cette idée d'écrire en son patois, il ne léguait aucune preuve de son très franc talent de poète ? )) Puis, c'est Grosley dans les œuvres duquel il remarque « une dissertation en faveur des idiomes provinciaux ou patois, question qui a été reprise depuis par des érudits, mais dont la première ébauche se trouve dans l'opuscule champenois ». Enfin, et surtout, pourrait-on oublier qu'au milieu des articles écrits par l'élite de nos écrivains sur Jasmin et ses œuvres, ceux de Sainte-Beuve tiennent à coup sûr le premier rang ? Au cours même de l'étude sur Anacréon au xvi^ siècle, n'a-t-il pas cité, « à défaut du Papillon de Belleau, dit-il, une des plus jolies chansons de ce gai patois du Midi, et qui montre combien vraiment l'esprit poétique et anacréontique court le monde et sait éclore partout où il y a du soleil, des abeilles, des cigales et des papillons » ?
Cette chanson, il faut nous donner le plaisir de la reproduire ici :
LOU PARPALHOUN
Picho couquin de parpalhoun, Volo, volo, te prendrai proun !