LE PAPILLON
Petit coquin de papillon, Vole, vole, je te prendrai bien !
De poudro d'or su seis aleto.
De milo coulour bigarat,
Un parpalhoun su la vieuleto,
E piei su la margarideto,
Voulastrejavo dins un prat.
Un enfan, poulit coumo un ange,
Gauto roundo coumo un arange.
Mita-nus, voulavo après eu,
E pan !... manquavo; e piei la biso
Que bouffavo dins sa camiso
Fasie veire soun picho quieu...
Picho couquin de parpalhoun, Volo, volo, te prendrai proun !
Anfin lou parpalhoun s'arresto
De poudre d^or sur ses ailettes,
De mille couleurs bigarré,
Un papillon sur la violette,
Et puis sur la marguerite.
Voltigeait dans un pré.
Un enfant, joli comme un ange,
Joue ronde comme une orange,
Demi-nu, volait après lui,
Et pan !... le manquait; puis la bise
Qui soufflait dans sa chemise
Laissait voir son petit cul...
Petit coquin de papillon, Vole, vole, je te prendrai bien.
Enfin le papillon s'arrête
AUBANEL. ,(îj
Sus un boutoun d'or printaniè,
E lou bel enfan, pèr darniè,
Ven d^aise, ben d'aise... e pièi, leste !
Dins sei man lou fai presouniè.
Alor vite a sa cabaneto
Lou porto ame milo poutoun ;
Mai, las ! quand drube la presoun,
Trobo plus dedins sei maneto
Que poudro d'or de seis aleto...
Picho couquin de parpalhoun !
Sur un bouton d'or printanier,
Et le bel enfant, par derrière,
Vient doucement, bien doucement... et, leste
Dans sa main le fait prisonnier.
Vite alors à sa cabanette
Il le porte avec mille baisers ;
Mais, hélas ! rouvrant la prison,
Ne trouve plus dans sa menotte
Que la poudre d'or de ses ailes...
Petit coquin de papillon !
« Anacréon n'a certainement rien de plus frais, de plus délicat, de plus gracieux. » Ainsi s'exprime Pierquin de Gembloux qui nous a fourni le texte de cette chanson, choisie « parmi les pièces inédites qu'il a recueillies », dit-il ; mais ni lui, ni Sainte-Beuve, son traducteur, ne nous ont dit le nom du poète, de l'ar* tiste, qui a fait ce petit bijou. Serait-ce point notre Aubanel, l'auteur de ce chant ailé ? Si ce n'est lui, c'est donc son frère, un frère en poésie s'entend, un Mo-
quin-Tandon, par exemple, en sa jolie veine du noël de La Catarineto. Certaines formes pourtant, telles que lei, sei, employées par Aubanel, plaideraient en faveur de ce dernier, s'il fallait absolument introduire une instance en recherche de paternité. Celle-ci ne nous serait point interdite; mais tel n'est pas notre dessein, et nous avons hâte d'aborder non le supposé, mais le véritable Anacréon languedocien.
Aubanel (Louis), dont la famille n'eut de commun que le nom avec celle du félibre avignoi^nais Théodore Aubanel, naquit à Nîmes en 1758. Il avait épousé une demoiselle Philiberte Lance et n'en avait pas eu d'enfant. Rentré dans la vie civile, après avoir servi avec distinction et atteint le grade de capitaine d'étatmajor, il fut juge de paix du premier canton de Nîmes pendant l'Empire et la Restauration.
C'est en l'an X que parurent pour la première fois les Odes d' Anacréon traduites en languedocien par le citoyen Aubanel Vainé (il avait un frère cadet appelé Gédéon), à Nîmes, chez la veuve Belle, imprimeur. Faux titre : V Anacréon languedocien. Une deuxième édition parut chez Gaude fils, imprimeur-libraire, à Nîmes, en 18 14.
Comment Aubanel fut-il amené à s'occuper d'une traduction d' Anacréon en languedocien ? Pierquin de Gembloux. dans son Histoire littéraire des patois, va nous l'apprendre (p. g). Après avoir cité un bon nombre de savants de tous pays, qui ne regardent pas comme au-dessous d'eux l'étude des patois, « au mo-