CATHEDRALE DE NIMES
.Maison Qua-ntin
ment même (le livre est daté de i858) où les classes aisées et éclairées, répudiant le peuple et ses sublimes travaux, rougissant de leur langue maternelle (aujourd'hui c'est parfois le peuple lui-même, qui, par une funeste contagion, en rougit), proscrivent tous ces moyens d'expression nés sur notre sol et pères de notre langue», Pierquin ajoute : a Citerons-nous en outre quelques-uns de ces hommes profonds qui, comme Court de Gébelin, Etienne Guichard, Du Cange, Carpentier, dom Bullet, etc., se sont occupés aussi de l'étude des patois, sans toutefois publier leurs intéressantes recherches ? Ils sont trop nombreux sans doute, mais nous ne saurions omettre de rappeler cependant l'importance que Boissy d'Anglas et Rabaut Saint- Etienne, par exemple, attachaient aux travaux de cette nature. Ce sont eux qui engagèrent M. Aubanel, antïquaii^e et poète distingué, à tr^aduire en patois le poète de Théos. Ces deux législateurs célèbres eurent même le projet, bien arrêté, de répondre au vœu de Court de Gébelin en publiant un grand ouvrage dans le genre de ceux de Noël et de Laplace, exclusivement consacré aux richesses littéraires de nos différents dialectes. Rabaut Saint-Etienne fit plus encore, puisqu'il commença une grammaire, et, disait-il plaisamment à ce sujet, a quand j'arrivai au verbe auxiliaire avoit^ et qu'il « me fallut écrire qu'ague, j'y renonçai. »
Ainsi donc, en dépit de la répugnance de Rabaut Saint-Étienne, motivée sur le besoin pressant... d'un jeu de mots, seul fondement sans doute de l'anecdote,
c'est à lui et à Boissy d'Anglas que nous devrions notre Anacréon languedocien. Tous les conventionnels ne partageaient donc pas les préventions déplorables de l'abbé Grégoire, et il est vraiment fâcheux que celles-ci aient longtemps triomphé, car il en est de ces erreurs masquées de patriotisme comme de la calomnie : il en reste toujours quelque chose.
Comme échantillon de la manière d'Aubanel, nous choisirons une des odes d'Anacréon les plus connues et les plus jolies.
Après La Fontaine, « qui ne fait pas tout à fait oublier Ronsard », dit Sainte-Beuve, nous allons voir un essai, qui ne fera oublier ni l'un ni l'autre, sans y prétendre du reste, mais qui n'en est pas moins d'un tour heureux et charmant. C'est même, croyons-nous, l'imitation la mieux réussie de notre Aubanel.