L'AMOUR MOUILLE
A minuit, quand tout est calme, Que toute la ville est couchée,
AUBANEL. idg
Qu'après avudre proun travalha la journado Lei gens ablazigas demandou que repau,
L'autro fes, ieu entendeguere Brandoulha ma cadaulo, e quauqu'un me souna,
Sans boulega dau lié, cridere :
Quau i a? m'aves destrassouna.
Dourvisses me, n''agues pas pou,
Piei vous dirai coumo m'apele, Me respon uno vois; soui un picho, trajele, Save pas ounf ana ; fai tan escur, e plôu.
Me levé, prene dos brouquetos, Alume un lum, drouvisse, e vese un bel enfan
Embe dos poulidos aletos,
E qu'avié quicom dins sa man.
Qu'après avoir assez travaillé la journée, Les gens éreintés ne demandent que repos,
L'autre fois, j'entendis Secouer mon loquet, et quelqu'un m'appeler;
Sans remuer du lit, je criai :
Qu'y a-t-il? vous m'avez réveillé en sursaut.
Ouvrez-moi, n'ayez pas peur,
Puis je vous dirai comment je m'appelle, Me répond une voix; je suis un petit garçon, je grelotte. Je ne sais où aller; il fait si noir, et il pleut.
Je me lève, je prends deux allumettes, J'allume une lampe, j'ouvre et vois un bel enfant
Avec deux jolies ailettes
Et qui tenait quelque chose en sa main.
Couris au fio tout jaladet;
Pèr lou seca, vôu, vene, rode, I adraqueben seis pèus, lou sarre tan que pode. Piei me parlo en risen : aro soui ben caudet.
Mais entre dire : fau qu'ensaje Se Taigo de la pluejo a pas bagna moun arc, Et se i a pas quauque doumage,
El me trauco de part à part.
Quand aguere senti lou co, Un pau trop tard recouneguere Qu^aviei louja PAmour : Coumo ! ieu i diguere, Pèr que fasés, ingrat, de causos coumo aco?
Mais el, que prenié sa voulado, Me respon, en fasen pas que de cacalas :
Tout glacé, il court au feu ;
Pour le sécher, je vais, je viens, je tourne, J'essuie bien ses cheveux, je le serre autant que je peux. Puis il me dit en riant : me voilà bien chaudet.
Mais à peine eut-il dit : il faut que jessaye Si Peau de la pluie n'a pas mouillé mon arc
Et s'il n'a pas quelque dommage,
Il me perce de part en part.
Lorsque j'eus senti le coup,
Un peu trop tard je reconnus Que j'avais logé l'Amour : Gomment! lui dis-je, Pourquoi faites-vous, ingrat, des choses pareilles?
Mais lui, prenant sa volée, Me répond, en riant aux éclats :
Moun arc vai ben, moun "camarado ; Mais toun cor es ben malautas.
Mon arc va bien, mon camarade; Mais ton cœur est bien, bien malade.
On ne saurait mieux naturaliser languedocien Anacréon. Les plus fines intentions, du moins les plus caractéristiques, du poète grec, sont rendues avec un rare bonheur d'expression. Ainsi le grand vers : Leis gens abla^igas deijtandou que repau, avec ce mot si énergique qui peint l'affaissement, l'écrasement d'un travail excessif, rend bien l'idée, sinon la forme, toujours fluide, de l'original. Et cette supplication si touchante de l'enfant ;
soui un picho, trajele,
Save pas ount'ana ; fai tan escur, e plôu. . .
Bref, toute la pièce a de ces trouvailles. Le seul reproche qu'on pourrait lui adresser, ce serait d'avoir alourdi le rythme anacréontique, ce rythme léger comme un vol de papillon ou comme un soupir de jeune fille; mais c'était peut-être une condition indispensable pour ne pas dépasser le nombre de vers de la pièce grecque.
Mis en goût par cet essai, Aubanel traduisit des sonnets et canzones de Pétrarque, le quatrième livre de la Jérusalem délivrée du Tasse, et autres. C'est
17a AUBANEL.
lui-même qui nous l'apprend dans une lettre adressée àPierquinde Gembloux et écrite le ii décembre i835. M. J. Beauquier a publié, en 1880, dans la Revue des langues roinmies, cette lettre restée ignorée jusqu'alors, et qui nous fait connaître à la fois ces travaux et leur destruction.
Vous me parlés de ma grammaire languedocienne (la première édition des Odes Fannonçait en effet, et la deuxième parle d^une grammaire et d'un dictionnaire languedocien-français comme étant sous presse), je devois la publier; mais à la suite de quelques contrariétés que j'éprouvai de la part de mon imprimeur, je déchirai mon manuscrit, et en fis un autodafé, ainsi que de toutes les pièces que j'avois faites dans cet idiome, telles que des traductions...
Je m'occupe d'antiquités, dit Aubanel, en terminant cette lettre, de médailles surtout. Triste amusement d'un vieillard. (Il avait alors près de quatre-vingts ans.) Comme les goûts changent avec l'âge !
A ce nom (d'Anacréon) devenu presque mythologique, écrivait Aubanel vingt-huit ans plus tôt, le cœur du jeune homme palpite, le front du vieillard se déride, la tristesse s'enfuit, les grâces accourent, l'air se parfume, la rose s'épanouit, les dieux du vin et de l'amour se présentent avec leur cortège aimable; l'esprit rappelle la délicatesse, la gaieté décente, la pure volupté.
Que d'illusions ! dit M. Beauquier, le savant romaniste, qui a fait suivre la lettre d' Aubanel d'un commentaire trop juste et trop spirituellement tourné.
pour que nous n'ayons mieux à faire qu'à le reproduire ici.
« Dans un jour de bonheur, on s'est promis de rester jusqu'au bout un aimable anacréontique ; mais la vieillesse arrive, qui émousse vos sens et vous fait écrire des réponses maussades à Pierquin de Gembloux. Il est fâcheux qu'Aubanel n'ait pas voulu mettre la main sur son exemplaire de la traduction d'Anacréon; car, dans ce cas, il aurait pu adresser à son correspondant quelques remarques dans le genre des suivantes : — Monsieur, vous avez lu l'avertissement qui précède ma traduction. Je ne sais quelle opinion vous en avez ; mais pour moi, quand je le relis après trente ans passés, je n'en suis pas de tout point satisfait. Par exemple, j'ai vanté le patois de Nîmes au détriment de celui de la Provence, des Gévennes et de Montpellier. Je me suis aperçu depuis qu'il n'est pas à Montpellier, dans les Gévennes et en Provence, un amateur qui ne soit prêt à attribuer à son patois toutes les vertus que j'accordais au mien tout seul. Je vous le confierai : on m'a reproché d'avoir donné comme une marque de beauté du patois de Nîmes d'être altéré par le mélange du français. Le languedocien, disais-je, n'est nullement propre à la prose ni au style élevé; mais tout ce qui est erotique est de son ressort. Eh bien, monsieur, en parlant de la sorte, je plaidais jc>ro domo mea; mais, je vous le déclare, j'ignore si notre patois est en effet incapable de traiter telle ou telle matière.
(( Les rexnarques grammaticales par lesquelles se continue l'avertissement ne sont pas non plus à l'abri de tout reproche. Ui s'élide, ai-je dit, dans les phrases comme i-a pa rés, t-eî^o, i-agrado; c'est une erreur complète; si vous élidiez cette semi-voyelle, les gens du pays auraient parfois bien de la peine à vous entendre ; il faut la prononcer comme vous le faites en français pour les mots j^eux, h/èble, h'erre, etc. Je prétendais aussi que notre e a cinq ou six prononciations différentes; en réalité, il est ouvert (è) ou fermé (é), et dans les deux cas, plus qu'en français, mais c'est tout. Mon rnea culpa n'est pas encore fini. Faut-il vous l'avouer? Après avoir si rudement condamné tous les patois voisins, j'ai eu la faiblesse d'employer des formes vieillies de l'article [d'aou, aou, leis, deis, eis), et des adjectifs [mets, teis, sets, aqiieleis, aquesteis, etc.) qui n'ont plus droit de cité à Nîmes et sont usités seulement dans les pays limitrophes.
« Telles sont les remarques que nous prêtons à Aubanel, en le supposant en progrès sur lui-même. On ne se dissimule, du reste, aucunement que longtemps après i835 les préjugés de l'avertissement ou d'autres semblables sont encore fort vivaces. »
On verra tout à l'heure que cette dernière observation de M. Beauquier n'est que trop fondée.
Comme collectionneur, Aubanel avait eu l'art et le bon goût de réunir une foule d'objets précieux, entre autres, un dessin de Raphaël, qui a été donné au Louvre, et plusieurs tableaux de maîtres, parmi lesquels
nous citerons le Frappemeiit du rocher, aux armes de la famille d'Orléans, que le Poussin aurait retouché; le Mauvais riche de Bassan, et un Saint Michel attribué à Raphaël. Ces tableaux se trouvent aujourd'hui chez M. Jules Bellile, petit-neveu d'Aubanel, à qui nous devons la communication du portrait gravé en tête de cette notice, et que nous ne saurions trop remercier.
Nous devons aussi des remerciements à son beaufrère, M. Puech, membre de l'Académie du Gard, qui a bien voulu relever pour nous les publications d'Aubanel dans les Mémoires de l'Académie. Outre un rapport sur les Poésies occitaniques de Fabre d'Olivet, Aubanel pubUa dans ce recueil une Statistique morale du Gard, et des inscriptions diverses (1807).
Aubanel mourut à Nîmes le 18 novembre 1842. Retiré sans dou-te depuis longtemps dans son cabinet de curieux, « sa mort passa inaperçue, ou peu s'en faut, de la Galette du bas Languedoc et du Courrier du Gard. L'Académie dont il avait fait partie si longtemps, ajoute M. Beauquier, lui fit une oraison funèbre de deux ou trois lignes. » Gaétan Delmas, d'après Pierquin, lui a consacré un article dans la Revue du xix^ siècle.
Cette indifférence de la part de la presse et de l'Académie de Nîmes, à l'égard d'un homme de talent, qui honorait sa ville natale et sa compagnie, ne doit pas nous étonner. Les préjugés contre les idiomes méridionaux étaient alors dans toute leur force, malgré les triomphes exceptionnels du poète d'Agen. Ils ont per-
sisté longtemps encore, comme on en trouve la preuve dans une Hîsioiî^elïttéraiî^e de Nîmes, ipuhliéQQn 1854, où il est dit qu'après les essais d'Aubanel «il doit être acquis que le patois languedocien n'est propre ni au genre gracieux ni au genre élevé, et qu'il ne peut être employé avec succès que dans le genre grivois et dans le poème burlesque». Est-ce assez joli ? Mais ce n'est pas tout. Voici la conclusion : « Le mieux serait qu'on ne l'employât plus du tout. »
A ces appréciations étranges, à ces souhaits ridicules, que le Jupiter de Perrault, heureusement, n'a pas donné pouvoir de réaliser sur l'heure, et qui resteront longtemps inaccomplis, il serai t plus étrange et plus ridicule encore de répondre. Ce qu'il faut dire pourtant sans se fâcher, car on est blasé sur ces jugements sommaires qui ne condamnent que leurs auteurs, c'est que M. Nicolas, puisqu'il faut l'appeler par son nom, écrivant une histoire littéraire, n'aurait pas dû ignorer, eût-il eu raison contre Aubanel, que le Languedoc comptait d'autres poètes. Passons-lui, si l'on veut, quelque étonnant que cela puisse être, d'oubher Jasmin et ses chefs-d'œuvre, Jasmin qui a chanté, à Nîmes même, Nîmes et Jean Reboul, et ses chefs-d'œuvre couronnés deux ans avant cette histoire par l'Académie française. Mais un historien littéraire du chef-lieu du Gard peut-il décemment ignorer que les poésies languedociennes de La Fare-Alais existent, surtout lorsqu'au moment où il écrit, elles ont eu déjà deux éditions ?
Aux chefs-d'œuvre que nous venons de citer ont succédé depuis bien d'autres œuvres remarquables. La cause est plus qu'entendue ; mais elle aura toujours raison, M*^^ Pernelle :
Les envieux mourront, mais non jamais Tenvie.
M. HIPPOLYTE GUILLIBERT
DIOULOUFET
Maison Quantm
DIOULOUFET
Quittons un moment le Languedoc pour la Provence. Là, dans l'ancienne capitale découronnée, dont
i8a DIOULOUFET.
le président de Brosses nous a laissé, chemin faisant vers l'Italie, un croquis si naturaliste, nous trouvons un poète de mérite, Diouloufet (Jean-Joseph-Marius), né à Éguilles, près d'Aix, le 19 septembre 1771 ^ Ce lieu d'Éguilles ou d'Aiguilles, comme on devrait l'écrire, nous rappelle le grand amateur de peinture Boyer d'Aguilles^ qui, l'un des premiers en France,
1. Plusieurs Dictionnaires, ceux de Mistral et de Larousse notamment, font naître Diouloufet en 1785. Nous donnons la véritable date, qui nous est fournie par M. Marcellin Giraud, neveu du poète, poète provençal lui-même, couronné aux jeux floraux de Béziers et d'Apt, habitant Éguilles, et qui a rimé, pour mettre au-dessous du portrait de son oncle, le quatrain suivant, que nous nous faisons un devoir de reproduire ici :
M'Esopo e La Fontaino an marcha tai a tai, Dei Magnan lou pouemo es un tablèu de mèsire, Lei conte, lei cansoun pougnoun dins sei detai ; Es esta renouma en méritant de v'estre.
Nous saisissons avec empressement l'occasion de renouveler ici publiquement nos grands mercis à M. Marcellin Giraud, pour les renseignements biographiques qu'il a bien voulu nous communiquer sur son oncle. C'est également à son obligeante intervention auprès d'un de ses parents, M. Piffard, négociant à Marseille, petit-neveu par alliance de Diouloufet, et détenteur d'un portrait de ce dernier, que nous devons d'avoir pu faire graver le joli portrait qui précède.
Noublions pas non plus, dans nos remerciements, M. Isidore Lèbre, un autre provençalisant de mérite, lauréat des concours de la Société des langues romanes de Montpellier, qui a bien voulu aider celui à qui nous dédions cette étude, M. Hippolyte Guillibert, bâtonnier de l'ordre des avocats d'Aix, dans ses laborieuses recherches d'un portrait de Diouloufet.
2. M. Georges Duplessis, dans son Histoire de la gravure (Paris, Hachette, 1880, p. 409), et M. Edmond BonnafFé dans
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fit graver et grava lui-même, à la manière noire, les principaux tableaux de sa célèbre galerie.
Le père de notre poète, Noël Diouloufet, était instituteur à Éguilles, et c'est lui sans doute qui donna à son fils les premiers éléments d'instruction. Entré plus tard au séminaire d'Aix, il se destinait à l'état ecclésiastique, lorsque la Révolution vint briser sa carrière. Désigné comme suspect, il émigra en Italie, dont il apprit à fond l'harmonieuse langue. Rentré en France, il se mxaria avec une demoiselle Laugier, un peu plus âgée que lui, mais remarquable par sa beauté. M'^® Laugier était de Rognes, localité de l'arrondissement d'Aix, dans le voisinage de laquelle se trouve le domaine de Bel-Gouve, séjour aimé du poète, où il composa la plupart de ses pièces et poèmes, notamment leis Magnans, « les Vers à soie. » Celui-ci est dédié à sa femme, qu'il appelle Vestello de soun vilagi, et qui lu avait fourni d'ailleurs toutes les indications relatives à l'éducation des vers à soie.
La sériciculture était autrefois une branche impor-
son Dictionnaire des amateurs français au xvii* siècle (Paris, Quantin, 1884) écrivent ainsi l'un et l'autre le nom de cet ama teur. C'est presque le nom provençal Aguïo ou Agulho signifiant aiguille et qu'on a mal francisé en Eguilles. Ainsi l'a voulu sans doute l'usage administratif, véritable traditore et non traduttore des noms de lieux. De même il a étrangement baptise une station voisine de Marseille du nom de Pas des Lanciers, traduction des plus fantaisistes du provençal Pas de l'ancié ou Pas de l'angoisse, ainsi appelé parce que c'était autrefois un passage des plus dangereux pour la sécurité des voyageurs. '
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tante de l'industrie méridionale. L'abbé de Sauvages, l'auteur du Dictionnaire languedocien, avait publié en 1762 un Mémoire sur l'éducation des vers à soie, augmenté et réédité en 1788 sous le titre d'Art d'élever des vers à soie. Diouloufet devait le connaître, et sans doute aussi d'autres traités sur la matière. Mais, comme il était poète et homme de goût, il ne se contenta pas de versifier les meilleurs conseils pour l'éducation des vers à soie; il comprit que ses leçons seraient d'autant plus fécondes qu'elles seraient plus attrayantes, et il termina chacun des quatre chants de son poème par un épisode des Métamotyhoses d'Ovide, très heureusement accommodé à la provençale.
C'est en 18 19 que Diouloufet publia son poème. Dix ans après, il mit au jour un recueil important de Fables, Contes, Épîtres et autres poésies provençales, qui se recommande surtout par une connaissance profonde des ressources de la langue. La filiation des mots qu'il emploie préoccupe beaucoup notre auteur, et il émaille ses poésies de notes nombreuses, où les étymologies grecque et latine poussent comme de folles herbes. Pour avoir un aperçu de sa manière, on n'a qu'à comparer une des fables de Diouloufet, ^/me/^o e VAbelho, avec la fable de Florian : la Coquette et r Abeille, imitées toutes les deux de la fable de Gay : the Ladj and the WaspK L'interprétation de Florian,
I. Faisons remarquer au sujet de cet auteur, qui a écrit aussi des poésies pastorales, des drames et comédies, que ses fables
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trop abrégée peut-être, est charmante ; celle de Diouloufet ne lui cède guère pour la grâce des détails, grâce babillarde et rustique, il est vrai, qui n'a pas par conséquent le fin coloris de la fable française, mais qui est par là même plus près de la nature.
Détail à noter. Presque toutes les fables de Diouloufet sont terminées par un proverbe qui en forme la morale. Il y a là un petit recueil tout prêt d'une centaine de proverbes, qui pourrait servir d'appendice amusant au livre — fait ou à faire — sur « la Sagesse des nations ».
Notons encore dans les épîtres de notre écrivain d'honorables efforts pour élever la langue populaire à la hauteur de sujets tels que V Existence de Dieu, ou le célèbre Essai de Lamennais. Malheureusement l'habile versificateur n'était guère fait pour escalader les cimes, et ses longs alexandrins nous font l'effet de ces routes en ligne droite, dont le terme semble fuir de plus en plus, à mesure que l'on avance.
Diouloufet avait eu la bonne fortune d'intéresser à sa première œuvre le savant Raynouard. « Il a eu la
ont été traduites en français en lySS, et qu'une édition anglaise [Fables, by Gay, London, 1738) a été illustrée par notre célèbre dessinateur et graveur Gravelot, « le plus grand illustrateur de livres au xviii® siècle, qui avait passé treize ans de sa vie à Londres, et dont le British Muséum possède un nombre considérable d'estampes, de lui ou d'après lui. »
L'Art au xyin* siècle : Gravelot par Ed. et J. de Concourt, p. 44, édit. Quantin.
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complaisance, nous .dit-il dans une note, de lire leis Magtians en manuscrit, de me faire des observations dont j'ai profité avec la plus vive reconnaissance, et d'en corriger les épreuves. » Il est vraiment extraordinaire que le futur éditeur des poésies des troubadours, l'auteur du Lexique roman, ne lui ait pas conseillé une graphie moins défectueuse, pour les diphtongues au, eu, ou, par exemple, au lieu de aou, eou, oou, ce qui fait deux syllabes pour une : be-ou pour bèu, cape-ou pour capèu, erreur si répandue et si enracinée que, malgré l'autorité des meilleurs écrivains anciens et modernes, malgré les exemples des langues sœurs, l'italien et l'espagnol, elle est encore en faveur auprès de quelques esprits attardés, mais de plus en plus rares.
Diouloufet avait préparé aussi un Dictionnaire provençal et français étymologique, dont l'impression, dit-il dans une note de ses œuvres diverses, est ajournée. Nous savons par une lettre de l'auteur, en ce moment sous nos yeux, qu'il renonça dans la suite à cette publication :
Cétait mon projet alors, dit-il dans cette lettre, datée d^Aix 28 mai iSSg, d'en faire un tout particulier que j'aurais intitulé : Dictionnaire français et provençal, provençal et français étymologique ; c'aurait été une espèce de glossaire dans le goût de celui de Du Gange, où j'aurais pris la langue au berceau,, et l'aurais conduite jusqu'aujourd'hui, avec tous les changements qu'elle a éprouvés, le tout appuyé par des citations en prose et en vers. J'ai
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abandonné ce travail depuis que j'ai quitté la bibliothèque, où je n'ai pu, où je ne dois plus mettre les pieds depuis lors. Cependant j'avais besoin de puiser dans ce précieux dépôt pour compléter mon travail...
Diouloufet était bibliothécaire de la ville d'Aix depuis le 12 mai 1828, lorsque la révolution de i83o vint lui faire expier son zèle royaliste par une destitution. On verra, parles deux pièces inédites* suivantes, qu'il ne pardonna pas plus à ses adversaires politiques que ceux-ci ne lui avaient pardonné.
ODO A LA PIPO
Qu'es aquel ome de genio Siegue de terro ou sié de mar