I. Nous devons ces pièces h l'obligeante communication de
DIOULOUI'ET.
Qu*a fa couneisse a sa patrio Lou bouenur que Ti a de fumar?
Lou crese's pas un imbecille, Un feniantas, orne inutille, Un brando-lèro, un gros balour, E que, saben pas trop que faire, Se brandinejan de tout caire, Fumavo per passar lou jour.
Nani pas... ero un filosoto Aqueu que la pipo inveniet ;
A fait connaître à sa patrie Le bonheur qu'on a de fumer?
Ne le prenez pas pour un imbécile.
Un fainéant, homme inutile, Un flandrin, un gros balourd, Et qui, ne sachant trop que faire, En se traînant de tout côté, Fumait pour passer le temps.
Non pas... c'était un philosophe, Celui qui la pipe inventa ;
M. François Guitton-Talamel, que nous ne saurions trop remercier. M. Guitton-Talamel est un félibre des plus distingués, auteur de publications importantes, entre autres, d'une adaptation provençale des Romans du Renard, ancien rédacteur en chef et propriétaire du journal provençal lou Brusc. Il eut la bonne fortune d'être encouragé à ses débuts par Diouloufet lui-même, très lié avec sa farnille, et qui lui envoya ses fables avec une dédicace en vers très flatteuse, présage heureux de ses succès futurs.
diouloufft: laj,
Un savent de la boueno estofo, Lou premier orne que fumet :
Es en fuman que meditavo, Que sus tout rUnivers sounjavo, Sus sa formo e sus sa façoun, Que lou cours deis astres reglavo, Eme soun fum tout esplicavo Miès que Descarto e que Newtoun.
Que plaisir!... pendent leis veillados, Dins un caffè..., dins soun oustau, Ben assetat, cambos crousados, Faire tubar soun cachimbaii; Aqui reglas la poulitiquo, Mandas au tron la republiquo,
Un savant de la bonne espèce. Le premier homme qui fuma :
C'est en fumant qu'il méditait, Que sur TUnivers il rêvait, Sur sa forme et sur sa façon, Qu'il réglait le cours des astres, Expliquant tout avec sa fumée Mieux que Descartes et Newton.
Quel plaisir!... pendant les veillées,
Dans un café..., dans sa maison.
Bien assis, jambes croisées.
Faire fumer sa bonne pipe ;
Là se règle la politique,
On envoie au diable la république.
ipo DIOULOUFET.
Méditas, lausas, critiquas,
Et se quaucun vanto Philipo,
De la bouco tiras la pipo,
Et vite... dins lou fuech crachas.
, Dre que ma pipo es allumado Et que.prefumo déjà Pair, / . Adounc a meis ueils sa fumado
Me mouestro un grand libre duber ; Coumo uno lanterno magiquo, Rouiaume libre ou despoutiquo, Despuei lou premier rei Nembrod Tout se retrasso a ma memori ; Et fou ansin un cours d'istori Miès que noun lou fasié Guzot.
On médite, on loue, on critique, Et si quelqu'un vante Philippe, De la bouche on tire sa pipe, Et vite... on crache dans le feu.
Dès que ma pipe est allumée Et qu'elle embaume déjà l'air.
Soudain, à mes yeux, sa fumée Me montre un grand livre ouvert; Comme une lanterne magique.
Royaume libre ou despotique, Depuis le premier roi Nemrod, Tout se retrace à ma mémoire ; Ainsi je fais un cours d'histoire Mieux que ne le faisait Gueuzot (Guizot)
iqpi
DIOULOUFET. 191
Babyloniens, Medos et Persos, Assyriens, Hebreus, Egypciens, Estais, poples de toutos mersos, De toutos lenguos e naciens, Ounte soun aro vouestreis gloris, Vouestreis coumbats, vouestreis victoris, Vouestreis grands reis, juecs et plaisir?... Ah ! vouestro grando renoumado A passa coumo la fumado .
Que de ma pipo vieu sourtir.
Athéniens, nacien glouriouso Per l'esprit, lei s arts, leis talens; Romains, nacien tant ourgulhouso, Cresias de vieure ben longtemps;
Babyloniens, Mèdes et Perses, Assyriens, Hébreux, Egyptiens, États, peuples de toute espèce.
De toutes langues et nations, Où sont maintenant vos gloires, Vos batailles, vos victoires.
Vos grands rois, jeux et plaisirs?...
Ah ! votre grande renommée A passé comme la fumée Que je vois sortir de ma pipe.
Athéniens, nation glorieuse Par Tesprit, les arts, les talents ; Romains, nation si orgueilleuse, Vous croyiez vivre bien longtemps;
lp?J
DIOULOUFET.
Touro vouestro grandour superbo S'es passido tout coumo Terbo ; Vouestreis ciri|ues soun en moucèu, Et coumo lou fum de la pipo, Vouestro illustro vieillo-ganipo A dispareissut autant-lèu.
Antiochus et Ptolemeo, Syrus, Lissandre dit lou Grand, Augusto, César et Pompeo, Napouleoun, Attila, Gengiskan, Et vautres, presens reis de cartos Apielats ren que sur de chartos, Pulèu qu'eles aures passa ; Lou Représentatif vous limo,
Toute votre grandeur superbe
S^est flétrie tout comme Therbe ;
Vos cirques sont en morceaux.
Et comme fumée de la pipe
Votre illustre vieille-guenipe (république)
A disparu aussitôt.
Antiochus et Ptolémée, Cyrus, Alexandre le Grand, Auguste, César et Pompée, Napoléon, Attila, Gengis-Khan, Et vous, présents rois de cartes Appuyés rien que sur des chartes, Plutôt qu^eux tous vous passerez ; "Le Représentatif vous lime.
DIOlTLOUlFiJti wn
Aussi motin esprit vous estîmo Mens qu^uno pipp de taba.
Lorsque d*'uno plumq immourtello , .
Lou grand Bossuet nous trasset
Sa bello istori universello,
En fuman segur la faguet;
Au travers lou fum de sa pipo
Tout luse un pau, tout se dissipo;
Tout n'es que vent et faussetat ;
Et Saloumoun aussi fumavo
Quand nous cridèt que tout passavo,
Que tout n^èro que vanitat.
Aussi mon esprit vous estime Moins qu"'une pipe de tabac.
Lorsque d'une plume immortelle Le grand Bossuet nous traça Sa belle histoire universelle, En fumant bien sûr il la fit ; A travers la fumée de sa pipe Tout luit un peu, tout se dissipe; Tout n'est que vent et fausseté; Et Salomon aussi fumait Quand il cria que tout passait, Que tout n'était que vanité.
Le piquant de ce dithyrambe en l'honneur de la pipe, c'est qu'il a été composé, non par un fumeur d'habitude, mais par un fumeur d'occasion. Après
,9^ mOXTLOU'FET.
tout, c'est dans l'ordre. Ne sont-ce pas ceux qui voyagent le moins, qui aiment le plus les- relations de voyage ?
Voici maintenant la seconde de nos pièces inédites, où les allusions politiques ne manquent pas plus qu'à la première.
MA PHILIPPIQUO