‹ Les précurseurs des félibres, 1800-1855Chapitre 38 sur 42 · HO NN OR AT · texte numérisé non relu

HO NN OR AT

les mots ou articles du dictionnaire, et il paraît qu'il y en a 107,202, chiffre respectable pour un seul collectionneur.

Honnorat a consacré quarante ans de sa vie à ce dur labeur. Certaines parties ont inévitablement vieilli, celle surtout qui a trait aux étymologies, science des plus conjecturales jadis, et que des principes rationnels ont conduite aujourd'hui à l'état de science exacte.

Les Académies de Provence accueillirent la publication du dictionnaire d'Honnorat par les rapports les plus flatteurs. Pour la favoriser, le ministre de l'instruction publique, M. Villemain, avait souscrit pour cent exemplaires, et le ministre de l'intérieur en recommanda l'abonnement à toutes les communes du Midi.

Pour rendre plus faciles les recherches dans son dictionnaire, surtout aux personnes ignorant le provençal, et même à celles qui le savent, le docteur Honnorat composa un vocabulaire français-provençal, dont il faisait ressortir l'utilité par l'anecdote suivante :

Étant allé voir une malade dans une campagne près de Digne, la demoiselle de la maison m^invita, dit-il, à faire un tour de promenade au bas d^un coteau voisin, couvert de fleurs, et me dit : « Je vous ferai faire un mauvais déjeuner, parce que, comme vous voyez, notre cuisinière est malade et je suis obligée de faire moi-même la cuisine, à laquelle je n^entends rien ; j'ai bien la Cuisinière bourgeoise, ajouta-t-elle, mais cet ouvrage emploie toujours dans ses assaisonnements des choses étrangères ou que

nous ne connaissons j>as ici. Il met, par exemple, de la sarriette partout, et nous n^avons pas cela. » Le coteau en était couvert en ce moment ; je lui dis en la lui montrant : « C'est votre faute, mademoiselle ; la sarriette vous sert de tapis, vous la foulez sous vos pieds. — Gela, dit-elle tout étonnée, c'est le pebre d'ai. — Précisément; mais le vebre d'ai des Provençaux est la même plante que la sarriette des Français et la satureia des Latins.

Le bon docteur nous dit ensuite :

Il m'arrive souvent d'être consulté par des agriculteurs sur des plantes qu'ils ont vues citées comme pouvant faire un très bon fourrage ou comme dangereuses aux troupeaux, et qu'ils ne connaissaient pas sous le nom français ou latin sous lesquels elles étaient désignées, mais qu'ils connaissaient très bien quand je leur en avais donné le nom provençal ; il en est de même pour les oiseaux, les poissons, etc.

D'où la nécessité du vocabulaire pour trouver les^ choses dont on ne connaît que les noms étrangers, et du dictionnaire pour les explications.

Serait-il téméraire d'affirmer que, sans cet immense effort d'Honnorat, Mistral, malgré sa vaillance calendalienne, n'aurait pas eu le courage de tenter l'aventure ? Il n'aurait pu, dans tous les cas, la mener à bonne fin dans un espace de temps relativement court, une vingtaine d'années pour la préparation et sept années pour l'impression. Nous n'en devons que plus de reconnaissance à notre hardi précurseur, au vaillant ouvrier de la première heure qui a permis à son succès-

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