‹ Les précurseurs des félibres, 1800-1855Chapitre 8 sur 42 · GEORGES · texte numérisé non relu

GEORGES

Des Français (du Nord) le beurre est le régal ;

Les grands seigneurs aiment le perdreau ;

Nos bergers aiment les grillades de châtaignes ;

Aux Auvergnats il faut faire manger la soupe à Tail,

Aux Cévenols des châtaignes et des œufs ;

Mais mon Alizé aime mieux les jeunes fèves.

Depuis que je le sais, j^ai laissé soupe à Pail,

Œufs, beurre et jusqu'aux châtaignes cuites sous la cendre.

GELY.

Notre marquis mange beaucoup de lièvres; Le procureur aime le pâté chaud ;

FABIIE D'OLIVET.

Als uns de troucha, als autres cal d'anguiela ; Jhan vol de tourdre e Peyre de sarcéla; Nostre ritour précho per lous missous ; Mais moun Anneto aimo lous pastissous : Mi chaute pas de lebraus, de sarcelas, Ni de missous, de tourdres, ni d'anguielas.

Aux uns les truites, aux autres les anguilles ; Jean veut des grives et Pierre des sarcelles; Notre curé prêche pour les saucissons ; Mais mon Annette aime les petits pâtés : Plus n^ai souci de lièvres, de sarcelles, De saucissons, de grives, ni d'anguilles i.

La dispute de nos bergers, nouveaux Ménalque et Damétas, se termine par deux énigmes d'un ton bien local, qu'ils se proposent l'un à l'autre, et le vieux pâtre Toutousap, « Qui sait tout », appelé comme arbitre du différend, se déclare impuissant à le juger. Il les renvoie, pour ne pas laisser perdre toutes les jolies choses qu'il a entendues, devant la belle Elyz de Provence, « Elyz dont les actions respirent l'honneur et la sagesse, toutes les paroles la courtoisie, et qui, comblée d'attraits, est à la fois la reine des amours et la mère des vertus ». C'est l'héroïne de la pièce suivante.

I. Il nous faut ici demander grâce pour une traduction littérale, qui met à nu la vulgarité des termes, sans le prestige du rythme et de la rime, sans la musique et la couleur, qui font le charme de l'original.

Le Retour d'Eljr:^ en Provence est une idylle d'une certaine ampleur où se retrouvent les mêmes qualités poétiques et rythmiques, mais avec moins de naturel dans l'expression. Ces poésies ne sont autre chose que des « Bergeries », ainsi que les anciens poètes français les appelèrent. Les troubadours les nommaient Pastourelles. On sait tout ce que le genre comporte de fadeurs. C'est l'éternel rendez-vous des lis et des roses sur les joues des pseudo-bergères. C'est la non moins éternelle description des yeux et de la bouche, à tel point qu'on désirerait voir... ce que montre si bien la Baigneuse de Courbet, par exemple. Une scène « naturaliste » — une seule — serait même la bienvenue, et ferait, pour un moment, une heureuse diversion.

Pourtant notre poète rachète par la fraîcheur et la grâce des images, ainsi que par le naturel qui semble inséparable de son idiome, le maniérisme et le poncif du genre adopté.

Les chansons ou Lays de F Amour et de V Amitié que l'auteur a enchâssées dans sa pièce, avec une nouvelle variété de rythmes, sont, malgré leurs mignardises voulues, pleines de charme et de frais coloris. Nous regrettons de ne pouvoir tout citer.

Les littératures anciennes ont fourni également à Fabre d'Olivet le sujet à'Épitres amoureuses en vers languedociens qui touchent souvent au lyrisme. Le ton de l'Épître est ordinairement plus modeste ; maïs comme il s'agit des amours de SapJio et de Phaon,

d'après Ovide, il ne faut pas trop s'étonner de cette infraction aux usages épistolaires.

Moins élevées, mais aussi plus naturelles, sont les quatre petites pièces intitulées Lai Saious où l'on peut noter la propriété pittoresque des épithètes, ainsi qu'un choix de termes techniques et locaux sur les travaux de la campagne, — notamment sur les vendanges, — qu'on trouverait difficilement ailleurs.

Enfin diverses poésies telles que VEscaraugnada de VAmour, « l'Égratignure de l'Amour » ; la Pastura acoutida, a la Bergère poursuivie » ; la Pichota inasca, « la Petite sorcière » ; et lou Levar d'An?ia, « le Lever d'Anna », terminent le recueil et se distinguent par les qualités déjà signalées.

Comme tous ceux qui ont connu les œuvres des troubadours, Fabre d'Olivet a su varier les rythmes de ses poésies de manière à éviter l'ennui qui naît toujours de l'uniformité du mètre. Grâce à la même influence fécondée par sa connaissance approfondie de la langue latine, il a su aussi adopter une orthographe claire et rationnelle à base étymologique, qui marque un progrès véritable sur les usages de son temps, et qui aurait pu, en partie du moins, servir de modèle au nôtre.

La dissertation sur la langue d'oc que notre poète a placée en tête de ses Poésies occitaniques pourrait, aujourd'hui encore, être lue avec profit. Une nouvelle édition des œuvres languedociennes de Fabre

d'Olivet aurait son intérêt ^ Elle prouverait, entre autres choses, mieux que n'ont pu le faire nos citations écourtées, que le poète est digne de tous nos éloges.

I. Nous préparons cette édition. Elle fera partie des publications spéciales de la Société pour l'étude des langues ■romanes, de Montpellier. Une correspondance de F. d'O., depuis peu de temps en notre possession, et contenant de curieux détails sur le rôle politique et religieux qu'il avait un moment rêvé, ce qui a pu donner lieu à l'accusation de vouloir fonder un nouveau culte, y sera analysée.

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