‹ Les Précurseurs Français de Schleiden et de SchwannChapitre 11 sur 15 · DUJARDIN · texte numérisé non relu

DUJARDIN

Félix Dujardin naquit à Tours le 5 avril 1801. De très bonne heure, il manifesta un goût tout particulier pour les sciences et le dessin. Candidat à l’École polytechnique il échoua ; au même concours, son frère qui était en même temps son élève fut reçu. Dujardin vint alors

à Paris, travailla quelques temps dans l'atelier du pein-

1. Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris, IL, p. 308, 1897.

2. Hist. nat, de la santé et de la maladie, 3 édit. t. Ep. 34.

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tre Gérard, partit pour Sedan en qualité d'ingénieur, s’y maria et revint à Tours. s'installer libraire. Malgré les soucis de sa nouvelle profession il entreprit une série d’études géologiques. En même temps, l’administration municipale de Tours le chargeait d’un cours de géométrie et de chimie appliquée aux arts.

En 1834 il avait débuté sur les conseils de Dutrochet, dans l’étude de la zoologie. Peu après il entreprenait un voyage d’études sur les bords de la Méditerranée et de l'Océan et revenait avec une série de mémoires où se trouvaient consignées ses importantes recherches. En 1835 il publiait ses Recherches sur les organismes

inférieurs; en 1838 son Mémoire sur l’organisation des

‘infusoires. À la création de la Faculté des sciences de

Rennes, en 1840, Dujardin obtint la chaire de Zoologie et de botanique ainsi que le titre de Doyen.

Les cours ne commencèrent qu’en 1841 ;en attendant, Dujardin terminait son Histoire naturelle des 300phytes infusoires. En 1842 il faisait paraître son nouveau Mémoire sur la substance charnue glutineuse des animaux inférieurs pour laquelle a été proposé le nom de Sarcode. | Dans cette Faculté nouvellement née le premier Doyen devait rencontrer bien des jalousies, bien des haïines. C’est d’abord son préparateur qui s'était cru, un instant, désigné pour cette chaire de zoologie et qui ne devait pas lui pardonner sa nomination. Quelques-uns de ses collègues lui créèrent tant d'embarras que le ministre Villemin lui retira son titre de Doyen.

Dujardin avait dû venir lui-même plaider sa cause à

Sassani 3

Mere

Paris et dut à cette démarche de conserver sa chaire de zoologie. Ainsi venait de commencer pour ce savant modeste et scrupuleux toute une série de déceptions. En 1844, candidat à la chaire de Geoffroy Saint-Hilaire on lui préféra Valenciennes. En 1852, candidat à l’Institut, section de zoologie, avec Quatrefages, ce dernier fut élu.

Il ne fut pas plus heureux en 1855 pour la chaire de Duvernoy.

Nous passerons sous silence ses travaux de botanique, son appareil d’éclairage du microscope, son sysième de lentilles et nous examinerons parmi ses études zoologiques ce qui devait le classer, sans contredit, parmi les devanciers de Schwann. :

Il étudie la matière vivante chez les animaux inférieurs les plus simples tels que les infusoires. Elle se compose d’une substance spéciale que les zoologistes n’ont pas encore étudiée et qu’il décrit ainsi :

« Les infusoires les plus simples, comme les amibes et les monades, se composent uniquement, au moins en apparence, d’une substance charnue gélatineuse homogène, sans organes visibles mais cependant organisée puisqu'elle se meut en se contractant en divers sens, qu’elle émet divers prolongements, et qu’en un mot elle à la vie.» Il recherche les propriétés physiques de cette substance élémentaire et lui donne le

nom de Sarcode.

x . ; \ * « Gette substancé se montre parfaitement homogène,

t. Hist. naturelle des zoophyles infusoires, p. 26, 1841.

Jeu LR | élastique et contractile, diaphane et réfractant la lumière un peu plus que l’eau mais beaucoup moins que l'huile. |

On n’y distingue absolument aucune trace d’organisation, ni fibres, ni membranes, ni apparence de cellulosité, non plus que dans la substance charnue de plusieurs zZcophytes ou vers et dans celle qui, chez les jeunes larves d'insectes, est destinée à former plus tard les ovaires et les autres organes intimes. C’est là ce qui m'avait déterminé à donner à cette substance le nom de sarcode indiquant ainsi qu’elle forme le passage à la chair proprement dite et qu’elle est destinée à le devenir (1). »

. Les infusoires se multiplient par fissiparite ou par division spontanée ; d’autre part, si on pouvait parvenir à les couper en morceaux, chacun de ces derniers continuerait à vivre et deviendrait un infusoire complet.

Ces observations nouvelles excitèrent vivement la curiosité des savants et surtout des savanis allemands. La question était nettement posée, les résultats de Dujardin confirmés et étendus, l’irritabilité de la matière vivante surtout mise en relief. Tout le monde s’éprit de l’étude des protozoaires dit Carnoy (2).

Dujardin eut l’immense mérite d’avoir introduit dans la science la notion de la multiplicité des proto: plasma. Ce sarcode varie d'aspect avec les animaux ;

il existe un sarcode des amibes, un sarcode des infu-

1. Zbid, p. 37. | 9. Carnoy. La biologie cellulaire, p. 178, 1854.

LEGS soires ; il varie avec l’âge. « C’est une substance qui, chez les animaux supérieurs, est susceptible de recevoir avec l’âge un degré d'organisation plus complexe, mais qui, chez les animaux du bas de l'échelle, reste toujours une simple gelée vivante, contractile et extensible, susceptible de se creuser spontanément de cavités sphériques ou de vacuoles (1). »

Ainsi l’évolution du sarcode est dès ce moment saisie sur le fait; un pas de plus est fait dans la théorie cellulaire.

Il convenait que ie nom de sarcode proposé par Dujardin fut admis dans la terminologie zoologique. Il n’en fut rien. Par une singulière injustice cette matière vivante reçut de Purkinje (1839-1840) le nom de protoplasma qui lui est resté. Ce dernier ne devait pas, du reste, tirer profit de cette usurpation car on attribue encore aujourd’hui à Hugo Mohl la paternité du mot protoplasma. | |

Il faut, d’autre part, noter comme le dit M. le professeur Joubin, que Dujardin eut une notion parfaitement nette sur ce que nous appellerions aujourd'hui la continuité du protoplasma ancestral. « Les deux moitiés de l'infusoire, divisé par étranglement, commencent alors chacune pour leur propre compte, une nouvelle vie, une période d’accroissement au bout de laquelle elles se diviseront de même et ainsi de suite à linfini si les circonstances le per-

mettent. C'est pourquoi l’on pourrait imaginer tel

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