‹ Les Précurseurs Français de Schleiden et de SchwannChapitre 5 sur 15 · UM · texte numérisé non relu

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Jusqu'à cette époque la France n'avait rien produit ou à peu près rien. L’histologie n’y était pas article d'importation.

L'esprit du temps s’alliait, du reste, assez mal avec les études d'observation pure et les rèves de Rousseau, l’encyclopédisme de Diderot et d’Alembert, le septicisme de Voltaire martelaient la conscience française let stupéfiaient le monde. Dans le champ révolutionnaire la graine scientifique ne germait pas.

A la Convention, les réformes sociales s’élaborent ; au dehors, l'étranger devient menaçant. Ce qu’on demandera à Berthollet, ce sont de nouveaux procédés | pour fabriquer la poudre. Il devra y travailler devant les menaces incessantes des tribunaux révolutionnaires. . La Tourmente passée, la France devait produire une floraison de savants. Parmi ces derniers se trouvent les travailleurs dont nous allons essayer de retracer l’œuvre, aussi impartialement que nous le devons.

La gloire de Schleiden et de Schwann — on sait que ce dernier fut déclaré le père de la théorie ceilulaire — a trop longtemps éclipsé le mérite de leurs précurseurs.

C’est là une injustice contre laquelle il est temps de réagir.L'œuvre de Schleiden et de Schwann n'a été possible qu’à l’aide des matériaux accumulés par des Français comme Brisseau de Mirbel, Dutrochet, Raspail, Dujardin, Turpin. Ces matériaux, Schwann les a réunis, c’est là son grand mérite, mais en les étayant sur sa trop fameuse théorie du blastème.

Nous ne parlerons pas de Bichat. Son anatomie géné-

rale fut le prélude de cette évolution scientifique dont

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nous allons tâcher de montrer la marche. Il reconnaît que les tissus de l'organisme se répartissent en séries différentes ; chacune d’elles présente des caractères anatomiques et physiologiques qui lui sont propres. Mais comme Bichat ne fit que des recherches d'ordre macroscopique, comme il n'’utilisa jamais le microscope, nous passerons sous silence l’œuvre du fondateur de l'anatomie générale.

BRISSEAU DE MIRBEL

Charles-François Brisseau de Mirbel naquit à Paris le 27 mars 1776. Attaché de cabinet de Carnot, membre du Comité de Salut public, il fut bientôt obligé de mettre sa personne en sûreté par un long séjour dans les Pyrénées. IL dut à cette promenade forcée le goût de la botanique. Au cours de ses multiples excursions cette science le passionna si bien qu'il présentait à l’Académie des sciences, vers la fin de 1802,un Mémoire sur l’anatomie des organes élémentaires.

Directeur de la Malmaison sous le Consulat, il quittait ces fonctions pour devenir intendant du roi Louis de Hollande et membre de son conseil d’'Empire. Lorsque son maître, soucieux du bien-être et de l’instruction de ses nouveaux sujets,eut fondé une école hollandaise de Rome, Brisseau de Mirbel fut chargé de venir créer, faisant pendant à celle-ci, une école de Paris. Nommé alors professeur de Ia Faculté, membre de l’Académie des Sciences, il quitta ses travaux pour devenir secrétaire-général du ministère de l’Intérieur sous le duc Decazes dont il était l’ami. Il semble se séparer à regret de ses études favorites : « Une fois habitué aux liqueurs fortes de la politique, pourrai-je revenir au doux lait de la science » écrit-il à la baronne de Micoud au moment où il accepte l’offre du duc Decazes. En 1820, le duc recevait en retour du pouvoir l’ambassade de Londres et Mirbel donnait sa démission revenant à ses recherches.

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Par ses qualités d'observation Mirbel fut véritablement un initiateur et nous sommes déjà loin des « ama teurs » dont parle Carus. « Le scalpel et le microscope deviennent, dit-il, des instruments nécessaires au botaniste. ». |

Les tissus végétaux sont la somme d’un certain nombre’ d'éléments adhérents entre eux ; telle est, nous l'avons vu, lopinion qui se dégage des travaux de Grew et Malpighi. Grew, dans son Anatomy of plants explique-cette adhérence par une intrication de fibres. En 1749, J. de‘Gorter dans son Compendium comparait les tissus végétaux à un ouvrage d’osier tressé, exagération évidente.de la conception de Grew. Mirbel n'accèpte pas cette opinion. Pour lui, les cellules ne sont pas des vidés laissés par l’intrication des fibres, mais représentent la véritable unité organique. De plus; et nous allons le voir plus loin, elles entrent comme élément dans ces fibres déjà décrites.

« Grew, dit-il, compare le tissu cellulaire à l’écume d’une, liqueur de fermentation, et il est étonnant que les dessins publiés, par lillustre observateur anglais soient si éloignés de la nature tandis que sa pensée en est quelquefois si rapprochée. » C’est qu’en effet, Mirbel croit que le tissu cellulaire est constitué par des vacuoles, creusées dans une substance fondamentale homogène. « Le végétal est formé par un seul et même tissu membraneux différemment modifié.» lei se trouve l’erreur de son système ; elle devait donner lieu.à de violentes polémiques au: concours

de Gœættingue et nous devons, dès à présent, recon-

#51 — naître à ses adversaires le mérite d’avoir vu plus celairement.

La Société Royale de Gœttingue mit, en 4804, un certain nombre de questions au concours (1). Ces dernières intéressant la structure des végétaux, mirent aux prises Brisseau de Mirbel, Sprengel, Rudolphi, Link, Treviranus, Bernhardi. La lutte fut chaude. Le savant prussien Curtius Sprengel obtint l’approbation de l’éminente Société.

Mirbel écrit alors sa lettre à Treviranus lui exposant de nouveau sa théorie :

«La première idée, l’idée fondamentale est que le végétal est formé par un seul et même tissu membraneux différemment modifié. Cetté vérité est la base sur laquelle repose toute ma théorieet je considère comme vicieux en lui-même, et dans ses conséquences, le système de physiologie végétale qui reconnait des organes élémentaires distincts et séparés. On à voulu trouver dans les plantes des tubes et des cellules, ayant une existence indépendante les unes des autres ; puis on s’est demandé comment il serait possible d'expliquer la liaison de ces diverses parties constituantes si l’on n’ad-

1. Quatre questions principales furent l’objet de différents mémoires : 1 Combien d’espèces de vaisseaux doit-on supposer dès la première époque des développements ; 2° une question intéressant les trachées ; 3° question ayant rapport au mouvement des fluides soit aqueux, soit aériens dans les tubes qui forment les circonvolutions de la trachée ; 4° les trachées se transforment-elles en fausses-trachées ou bien les fausses -tra-

chées deviendraient-elles des trachées ? À 1 188

EH mettait pas des vaisseaux oudes fibres qui les enchainassent toutes par un lien commun. On a donc composé le tissu végétal de tubes déliés, rangées de petites vessies et de fibres solides entrelacées à peu près comme les brins d’osier souple que l’ouvrier emploie aux ouvrages de vannerie (4). »

Cette défense ne fait malheureusement que confirmer son erreur. Tout n’était pas condamnable dans l’exposition de Mirbel. Il admit, à tort bien entendu, que les cellules sont des vacuoles creusées dans un tissu membraneux et par conséquent sans paroi propre, mais il revint plus tard sur son opinion. Bien mieux, il affirme le premier que les éléments constituants / des plantes et parmi eux les tubes et les vaisseaux ne sont que des cellules allongées. « Le nom de vaisseau né doit pas être pris à la rigueur, attendu qu’il indique ici de très longues cellules unies au reste du tissu et percées d'ouvertures latérales qui permettent aux fluides de se répandre de tous les côtés, tandis que chez les animaux, les vaisseaux ayant des paroiïs distinctes et closes, conduisent les fluides en des endroits déterminés (2). »

Cet exposé date de 1815, En 1831, Brisseau de Mirbel publie ses Recherches sur le Marchantia ; en 1839,

des Vouvelles recherches sur le Cambium.

1. Exposition des principes fondamentaux de la théorie de l’organisation végélale. Lettre de M. Mirbel à M. Le Dr Tuviranus, p. 59, 1809.

2. Eléments de physiologie végétaleet de botanique. 1r° partie, p. 31, 1815.

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