‹ Les Précurseurs Français de Schleiden et de SchwannChapitre 9 sur 15 · RASPAIL · texte numérisé non relu

RASPAIL

Le 25 janvier 1794 naquit à Carpentras (Vaucluse), François-Vincent Raspail. Son père, d’une famille origi-

1. R. Braxcnarn, Notices biographiques, François-Vincent Raspail, Archives de parasitoloqie, VII, P: 5 4903:

FUI où =

naire de Suisse, excellait, dit-on, dans l’art subtil des improvisations en vers provençaux. Le jeune François- Vincent Raspail, d’une intelligence très précoce,connut bientôt le grec, le latin, l’hébreu, et même le syriaque; il se destinait, du reste, suivant le désir de sa mère,

l'état ecclésiastique. À 18 ans il abandonnaït ce projet, au moment où, déjà, il enseignait la théologie. Arrivé

à Paris, il devint journaliste et pamphétaire. |

Rédacteur à La Minerve, il fit de l'opposition aux côtes de Benjamin Constant, Paul-Louis Courier, Béranger, Garnier Pagès et de Jouy. La Restauration lui supprima successivement sa place de professeur à Stanislas, puis le poste plus modeste de maître d’études à Sainte- Barbe. Affilié aux Carbonari, ami de Lafayette, du général Foy et préparateur au baccalauréat, nous ne le suivrons pas dans cette vie si mouvementée.

Ses luttes violentes ne l’absorbèrent pourtant pas. Dans Raspail l'homme politique est doublé d’un savant. L'étude de la botanique fut le point de départ d’une série de découvertes. et quelques-unes nous intéressent plus particulièrement car elles font de lui un précurseur immédiat de Schleiden et de Schwann.

En 1824, il publie son premier mémoire : La formation de l'embryon dans les graminées de l’organisation de la fleur. Cet ouvrage, fruit d’un travail tenace et dans un ordre d’idée tout personnel, parut au moment où l’auteur, dans le dénuement, était réduit à construire lui-même son microscope. Il le fit, du reste, en lui apportant un tel perfectionnement que l’opticien Deleuil lui acheta

le droit de fabriquer son appareil et fit fortune.

Cette publication n’émut pas l’Académie; par contre, elle eut un grand retentissement à l’étranger. En 1827 paraissent ses Recherches chimiques et physiologiques sur la structure et le développement de la feuille. Dans ces deux ouvrages se trouve préparée la théorie cellulaire. Voici du reste les conclusions qu’il en tire :

« Toute substance gommeuse tend, sous l’influence de l’air à végéter, c’est-à-dire à s’assimiler le carbone et l’acide carbonique répandu dans l’air et à former ainsi un tissu cellulaire dont les cellules sont capables d'élaborer d’autres cellules et ainsi de suite...

La substance gommeuse en s’assimilant chaque jour du carbone, passe par les divers états qu’on à désigné sous le nom de mucilage, d’albumine et de gluten, états dont les intermédiaires varient à l’infini pour arriver à l’état ligneux ou bien à l’état rigide... »

Il parle déjà de « globules qui peuvent élaborer dans leur sein d’autres globules et opérer le noyau d’une nouvelle végétation ».….. « Ainsi chaque vésicule d’un végétal et même d’un animal peut être regardée comme le rudiment de l'être lui-même (1). » À

Ainsi sont nettement tracées les données générales de la théorie cellulaire. La cellule, par production endogène, donne naissance à de nouvelles cellules pour constituer un tissu.

Il revient’ sur les globules étudiées par Mirbel, Dutro-

chet, Link, Trevinus, Sprengel et croit reconnaître

1. Mémoires de la Société d'histoire naturelle. Paris, TTÉ 8G 1827.

lulaire (1).

= 28 = qu’ils représentent une masse de véritables vésicules nées immédiatement des vésicules-mères du tissu cel- Î

Nous allons passer rapidement en revue la conception de Raspail sur les différents tissus épithélial, conjonctif, osseux, musculaire, nerveux, sur le sang, sur le placenta. Nous la trouvons au cours de ses Études sur l'hordéine et le gluten (1827), sur les Graisses et le tissu adipeux (1827), sur l’Anatomie microscopique des nerfs (1827), sur la Structure intime des tissus de nature animale (1827 et 1828) Dans son premier mémoire sur la Structure intime .des tissus de nature animale, Raspail étudie le sang, l'épiderme, le poil, le tissu nerveux, le tissu musculaire. 2

. ÉernerMe. — L'épiderme est formé de cellules plus ou moins aplaties. Ce n’est pas un produit de sécrétion ; il représente la couche la plus externe du derme, durcie à l'air. Cet. épiderme s’exfolie, et la couche superficielle exfoliée se trouve remplacée par une couche nouvelle sous-jacente. Raspail est moins près de la vérité quand il combat l’opinion d’Eichorn. Celui-ci avait décrit des ouvertures sur les crètes papillaires et les regardait comme les orifices des glandes sudoripares.

Étudiant le poil, Raspail affirme que ce n’est pas un

produit de sécrétion. Il se développe, dit-il, comme un

1. Développement de la fécule dans les organes de la fructification des céréales, ete. Annales des sciences naturelles, t, VI, p. 410, 1827.

poil de végétal ; nous lui devons, du reste, une bonne figure de ce développement. Dans ses ARecherches chimiques et physiologiques sur la structure et le développement des tissus animaux, il montre des taches blanches en quinconces: ce sont des ébauches de poil : et plus tard, dit-il, elles auront l’aspect de bouteilles.

L’épiderme revêt toutes les surfaces libres en communication avec l'extérieur. Il s’exfolie chaque jour, et la peau, le poumon, l'intestin, la vessie subissent cette exfoliation des couches superficielles. , GRAISSE. — Dans les Recherches physiologiques sur les graisses et le tissu adipeux Raspail décrit la variabilité de constitution des graisses de porc, de mouton, de veau, de bœuf; il démontre que les cellules adipeuses varient de taille avec l’âge de l’animal.

Voici comment il explique la structure du tissu adipeux. Q

+2 0e que nous venons d'établir à l’égard des tissus végétaux s'applique immédiatement aux tissus animaux ; car nous prouverons bientôt quê chaque granule de graisse est une véritable cellule renfermant d’autres cellules, lesquelles petites cellules sous forme de globules internes renferment l'huile; qu’enfin un granule de graisse est organisé comme un des plus gros grains de fécule de pomme de terre, c'est-à-dire qu'il n’est

autre chose qu'un fragment de tissu cellulaire infiliré (1). »

!. Recherches chimiques et physiologiques destinées à expliquer non seulement la structure et le développement de la

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Dans ses Recherches chimiques et physiologiques sur la structure et le développement des tissus animaux, il s'occupe encore de la graisse, et spécialement de la graisse humaine. Sa figure 4 est assez exacte. Il montre la cellule adipeuse variant de taille suivant qu'il s’agit d'une femme de 30 ans ou d’un enfant de 8 ans.

Musczes. — Le tissu musculaire est formé de cylindres pleins, à paroi lisse, accolés les uns aux autres, et de couleur rose clair. Ces cylindres forment, par leur réunion, des groupes de faisceaux entourés par une même gaine lisse. Plusieurs faisceaux, à leur tour, constituent par leur réunion, un faisceau plus important contenu, lui aussi, dans une gaine. En somme, le muscle a la constitution d’une vésicule adipeuse. C’est une cellule qui, en même temps qu’élle prenait des proportions gigantesques, donnait naissance par sa paroi interne à d'autres cellules. Celles-ci à leur tour ont agi de mème et produit les différents cylindres concentriques ; ces derniers ont donné naissance à des cellules globuleuses (les fibres).

Il décrit, dans la contraction musculaire, l’élargissement de la fibre que celle-ci détermine :

Os. — Sa conception du tissu osseux se rapproche de la précédente. Il croït, à tort, que l'os naît d’un réseau vasculaire « qui s’est changé en réseau osseux

par une incrustation interne que les liquides ont déposé

Ë ER LUE j feuille, du tronc, ainsi que des organes qui n’en sont qu'une transformation, mais encore la structure et le développement des

tissus animaux, 1° partie, p. 74, 1827.

sur la paroi des vaisseaux. » Il n’est pas plus près de la vérité quand il décrit la structure même del'os. Chaque os est entouré d’une membrane, le périoste ; ce dernier forme une cellule (cellule périostale) qui, comme pour les muscles, a donné naissance, au cours de son développement, par sa paroi interne, à de nouvelles cellules. Il croit que certains os résultent de la réunion de plusieurs de ces cellules périostales. Cellesci étant entourées d’un réseau vasculaire, les trous dont est criblé le sphénoïde sont des traces de passage de ce réseau péricellulaire. Il en conclut que cet os comprend un certain nombre de cellules périostales. Nerrs. — Les nerfs sont un ensemble de cordons cylindriques formés d’une membrane mince ; d’un contenu transparent, gludineux, insoluble dans l’eau et qui est la myéline. Celle-ci, lorsqu'on vient à comprimer et à décomprimer le nerf, sort et rentre alternativement dans le cylindre. « Chacun de ces cylindres, dit-il, n’est qu'une cellule qui a cru en longueur » et peut-être faui-il les homologuer aux segments interannulaires de Ranvier. Cette description est contenue dans ie premier mémoire de Raspail. Un autre mémoire : L'anatomie microscopique des nerfs pour démontrer leur structure intime et l’absence des canaux contenant un fluide et pouvant après la mortêtre facilement injec- tés, date du 2 juin 1827. Il l’écrivit en collaboration avec Breschet. Bogros avait décrit, après injection au mercure, des canaux situés au centre des nerfs, de plus

il y avait vu des vaisseaux.

Raspail et Breschet utilisent d’abord, sans grand suc-

eès, la réfrigération pour pratiquer des coupes, puis tentent la dessication et les coupes en séries. Ils montrent que le tronc nerveux simple est formé de filets entourés d’une gaine qui est le névrileme, mais cette notion, vraie pour les petits nerfs, est inexacte pour les nerfs de grande dimension. Ils admettent cette autre notion fausse que les ganglions sont des nerfs composés entre lesquels se distribuent les vaisseaux sanguins. Le nerf est formé de cylindres de 20 », portant, dit Raspail, des globules accolés à sa paroi.

Quand or presse le nerf, qu’on le déchire, il en sort une « huile fluide à la température ordinaire et dont les gouttelettes surnagent sur l’eau à la manière de véritables huiles », c’est la myéline.

SANG. — Dans son premier mémoire sur la structure intime se trouve une étude sur les globules sanguins. Il leur décrit un diamètre de dimensions variables suivant les globules ; leur forme serait également variable.

Il s'élève ensuite contre Hewson et Prévost et Dumas.

Ceux-ci croient que le globule rouge est formé : 1° d’un

sac coloré ; 2° d’un contenu incolore. Raspail croit, à tort, que le globule est incolore mais qu’il est plongé dans un milieu coloré ; il y est amené par sa méthode défectueuse qui consiste à diluer progressivement le sang dans l’eau. Il parle encore des hématies dans son mémoire de physique et chimie. Elles sont albumineuses et non organisées dit-il ; il constate leur déformation dans l’eau, l’action destructive de la chaleur qui d’abord les coagule, des acides, de l’acide azotique, de l’acide sulfurique. Il voit très bien dans la circulation des

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