Bull. XXXIX
MANIFESTE DE SCIIOMBERG .'H
d'Angleterre étant garants de l'Edit de Nantes par la paix de Montpellier et plusieurs autres traités, Guillaume croit être obligé de le faire rétablir. A cet égard tous les bons français le doivent aider. « On espère même que Messieurs du Clergé. . . seront bien aises de témoigner. . . qu'ils n'ont eu aucune part à la violation de l'Edit et aux cruautés qui l'ont suivie » '.
Les protestants, on le voit, étaient à peine mentionnés. Ils savaient cependant que l'expédition avaient été entreprise pour eux, et sur les instances de réfugiés notoires. Le correspondant parisien de la Gazette de Haarlem prévoyait de grands troubles si l'armée continuait sa marche en avant. Les Nouveaux Convertis de Paris, les plus riches du moins, levaient déjà le masque. Le bruit courait en Provence que le roi allait donner la liberté aux prisonniers détenus pour cause de religion \
Dans le Languedoc, les succès de Schomberg provoquèrent une effervescence singulière au milieu d'un groupe de zélés protestants. Le 17 août, un certain nombre « de frères et de sœurs » qui ne doutaient pas que la délivrance ne fût venue, écrivirent une lettre collective au prédicant de Lasalle Antoine Bringuier, sorti de France avec Vivent en 1087, et qui était alors réfugié à Amsterdam, tandis que sa femme vivait encore dans le royaume. Ils lui demandaient de se joindre à l'armée victorieuse, et de leur réserver désormais les secours de son ministère pastoral. C'était comme une paroisse qui d'avance se choisissait un ministre. La lettre fut envoyée par un « faiseur de formes [de chaussures] », Jean Destampes, natif de Serres en Dauphiné. qui résidait depuis longtemps à Nimes. Il y avait fait abjuration, mais comme il dit. « il avait toujours resté dans sa religion, laquelle il avait sucé avec le lait », et il correspondait avec des parents ou des amis qui s'étaient volontairement exilés '.
Le même jour Destampes et son ami Servière, de Lunel. écrivaient au gendre de ce dernier, Bardel. serrurier à Berne : « Nous serions bien malheureux si nous n'étions pas délivrés dans six mois ». Ce n'étaient plus les réfugiés qui donnaient les
t. Agnew, Protestant exiles front France. {Ed. de 18SG. I, 309). Voir nos P. J. Le roi Charles I" était intervenu dans le traité de pacification de L6Ï6 qui consacrait l'inviolabilité de L'édit de Nantes. Brousson usera plus tard du même argument juridique pour faire appel a Guillaume (l)ouen. II, 283).
i. Bull. XXXIX, 37'.. 375.
3. C. 172. Dossier Destampes. Kn 1691 il avait un frère cordonnier à Neuchàtel, un autre, tafletalier a Zurich, un beau-frère cadissier dans le Brandebourg', un autre cordonnier en Angleterre, et l'un de ses amis était serrurier a Berne.
lit LBS PRÉDICANTS PROTESTANTS
nouvelles aux protestants duroyaume.Les rôles avaientchangé : Nîmes criait ses transports à Berne. Le projet préparé avec tant d'efforts par les pasteurs de la Suisse et de Londres, tenté par Vivent, repris par Durand et Dautun, puis encore par Vivent et par Brousson lui-même, allait donc enfin se réaliser ! Mais Vivent était mort, et ses ambitions belliqueuses avec lui. Brousson ne voulait plus user qued'armes spirituelles. Les Cévenols n'allèrent pas à travers le Vivarais tendre la main aux Vaudois qui s'avançaient vers eux. La Provence ne bougea pas, ni même le Dauphiné. Les N.C. les plus proches de l'armée ennemie n'eurent pas la velléité seulement daller assister aux cultes des ministres de M. de Schomberg.Ils protestèrent de leur loyalisme auprès des olliciers du roi, et les réfugiés envahisseurs eux-mêmes «désertèrent fort pour revenir chez eux » '.
Le duc de Savoie tomba malade de la petite vérole. Catinat occupa un des défilés qui gardaient l'armée en communication avec le Piémont ; l'armée navale d'Espagne ne fit pas sur les cotes de Provence la diversion attendue. Les gens du Dauphiné, dans une guerre de partisans, massacrèrent « tout ce qui s'écartait pour piller » '. Les alliés manquèrent bientôt de vivres. Il leur était impossible de prendre en France leurs quartiers d'hiver. Le duc et Schomberg reprirent donc vers le milieu de septembre la route de Turin, après avoir brûlé, démoli ou ravagé 70 villes, bourgs ou villages. L'expédition avait échoué, au grand désespoir des réfugiés de Londres, qui avaient fondé sur elle leurs plus sûres espérances3.
1. l'n déserteur fui interroge à Nîmes le il septembre. Mais il venait des Flandres. Maximilien Calmel (18 ans), sorti de France en li'.sv et devenu cadet dans le régiment Hollandais de Tilly avait abandonné son poste après Steinkercpie. l'n passeport lui avait été accordé à Namur. Il revenait en France « fort repentant de sa mauvaise conduite » pour prendre du service avec ses deux frères, olliciers dans le régiment Limozin. Son père, ancien ministre, apostat pensionné, était mort depuis peu. «bon catholique ». (Le pasteur Jacques Calmel, de Yalfrancesque avait d'abord demande en itis;, nn passeport pour lui. sa femme Xiinphe de Manuel et quatre de ses enfants : Mellac. Marie, Hermon (?) et Ferdinand). C. 172. Dossier Calmel.
î. Nous ne prononçons pas le nom de Philis île la Charce. Sur elle et sur sa légende voir A. Mailhet (Bail. LVI11. 25 .
3. Voir De Charobrier, p. 195, une lettre que Dubourdieu, de retour à Turin, écrit à Mirmand(alors àWesel). Il attribue l'insuccès de la campagne à la mollesse des chefs, qui n'ont pas fait passer les Alpes à tous les réfugiés disponibles, et aussi aux cruautés et aux pilleries des soldats, qui ont répandu la terreur autant chez les Nouveaux Convertis que chez les catholiques. «Vous diriez que c'était ici [à Turin] et non pas à Versailles que l'on appréhendait un soulèvement du Dauphiné". L'expédition avait simplement décide £50 protestants du Dauphiné à sortir de France. Mais les troupes alliées «ne leur avaient laissé que la chemise» et ils risquaient de mourir de faim en Savoie. (10 octobre 1692. Pap. Court, 17, M).
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En réponse à la lettre qu'il avait envoyée à Berne, Destampes reçut de Bardel de tristes paroles' : n Je voudrais bien, mon ami, te pouvoir donner quelque nouvelle, mais nous n'apprenons rien de nouveau. Seulement je te dirai que M. de Chombcr a passé à Berne il y a dix ou douze jours, qu'il vint de Piémont. L'on croit qu'il s'en va en Angleterre, sans savoir s'il reviendra. Cela ne vous donne pas une bonne odeur pour le Piémont. L'on parle fort et l'on prépare le monde pour des colonies que l'on fait pour le printemps ', Monsieur le marquis d'Arzeliers et les ministres français travaillent pour cela. . . Je ne te veux pas faire perdre courage, mais nous ne voyons point de jour pour notre retour ».
Bardel, une fois de plus, conseillait à Destampes de s'expatrier, comme il l'avait fait lui-même : « Quoique ta conscience soit en repos, ne te flatte point là-dessus. Ne te fâche point; ce n'est que la grande amitié que j'ai pour toi qui ne me donne point de cesse, et l'envie que j'ai de t' embrasser dans ces heureuses contrées. Oh! que cette journée serait consolante pour moi, si je te voyais avec mon cher beau-père . . Nous aurions sujet de nous écrier avec le prophète royal : La voici, l'heureuse journée ! »
La réponse de Bringuier à ses frères de Nîmes, datée d'Amsterdam, était un sermon entier3, interminable, où le prédicant prenait la liberté d'exhorter ses chers amis « de se réveiller de leur léthargie spirituelle, eux qui dormaient depuis si longtemps dans le feu de l'abominable religion torture (sic) pécheresse et adultéresse » et dans leur apostasie. En ce qui concernait l'appel qui lui avait été adressé, Bringuier, dès le début de sa lettre, répondait par un refus, enveloppé d'eflùsions pieuses.
J'ai reçu celle qu'il plut à votre grande bonté de m'écrire le 17 du mois d'août dernier et je ne vous pourrais jamais assez exagérer la joie que m'a donné votre lettre tant à moi qu'à un grand nombre de ministres et autres bonnes aines à qui je l'ai l'aile voir, jugeant qu'elles en étaient dignes. Nous a tous donc grandement réjouis de voir que vous avez de salutaires sentiments et des bonnes espérances en Dieu qui est le Dieu des bontés et le rocher des siècles. Persistez dans ces