‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 133 sur 334 · MORT DE BROUSSON · texte numérisé non relu

MORT DE BROUSSON

serait immédiatement étrangle. L'exécuteur se glissa sous le gibet pour remplir son office, mais an premier tour de bille la corde cassa. Brousson reprit ses sens. L'abbé se rapprocha, et le malheureux, à demi-mort, eut la force de lui dire : «Dieu nous fasse la grâce de nous revoir un jour dans son Saint Paradis». Puis le bourreau acheva sa triste tâche.

L'impression produite sur la foule par les derniers instants du pasteur fut profonde. Les soldats avaient demandé « qui était cet homme, que tout le inonde le pleurait ». Le bruit courut que le bourreau avait dit qu'il était mort comme un saint, et que l'abbé de Camarignan, après le supplice, bouleversé, s'était enfermé plusieurs jours dans sa chambre.

Le corps du pasteur fut enterré dans la citadelle. « Plaise à Dieu, écrivait naïvement le lendemain un témoin de cette mort, que j'eusse eu assez de courage pour l'ensevelir moi-même. Je l'eusse porté avec plus de gaîté que ne fit le bourreau ! »

Un peu avant l'exécution. Bàville avait donné avis à l'évêque de Nimes, de la condamnation qui venait d'être prononcée, et lui avait envoyé l'original de la lettre séditieuse qu'il gardait depuis six ans'. Il pensait avoir tiré de Brousson l'aveu qu'il était l'auteur des désordres de 1683, et qu'il avait travaillé à faire revivre le fanatisme en Yivarais s.

«Je suis si las, ajoutait-il. d'avoir instruit ce procès diligemment et avec une assez grande contention d'esprit, que je ne puis vous en mander toutes les particularités, mais je puis vous assurer que si l'on en veut faire un martyr, il sera d'une nouvelle espèce, toujours respirant le fer, le feu et la sédition. Tout cela est bien trouvé».

Brousson avait «respiré la sédition », sans aucundoute.il aurait même dit à l'abbé de Camarignan, « que la seule chose qu'il avait à se reprocher en mourant, était d'avoir fait le projet de la révolte des Cévennes»3. Mais le fer et le feu étaient de trop. Le peuple du Languedoc, malgré Bàville, devait faire de Brousson un martyr.

La mortdu ministre fut rapidement communiquée en Hollande. Dès le lendemain de l'exécution, un habitant de Montpellier

I . Ainsi s'explique qu'elle manque au dossier, Brueys en a eu eopie à Nîmes par l'évêque.

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