ROMAN ARRÊTÉ A BOUCOIRAN
des soldats qui m'épiaient, qu'à cause des faux frères, qui se découvraient visiblement tous les jours, et que même j'avais éprouvés tels, en leur disant que j'étais en de certains lieux où ils ne manquaient pas de faire aller des troupes; en sorte que, non seulement il me fallait sans cesse prendre garde à moi, mais encore avoir toujours mon cime entre les mains, comme prèle à la rendre1.
Un compagnon fidèle, nommé Maruège, le suivait dans ses courses2.
Au début d'août L699, Roman s'était aventuré dans la plaine du Gardon, et la nuit du 9 au 10, il prêchait dans un bois de eliènes verts, entre Nozières et le terroir de Campcros, à une demi-lieue de Boucoiran. Un certain Arnaud, en qui il avait eu jusque-là confiance, aposta des gens armés à quelque distance de l'assemblée. Le culte fini, il proposa au pasteur, demeuré seul avec Maruège, d'aller voir un prétendu malade, qui demandait une prière.
Lors donc, raconte Roman, que je voulus monter à cheval pour suivre ce traître, je vis tout à coup paraître des gens, qui, nous ayant joints, l'un d'eux nie saisit, pendant qu'un autre me frappait si cruellement la tète delà crosse d'un pistolet, qu'elle ne fut tout entière qu'une plaie.
[Maruège, de son côté, tombait, la cuisse cassée d'un coup de feu3].
En cet état je fus lié, plus mort que vif, et traîné par ces bourreaux jusqu'à Boucoiran, éloigné de demi-lieue de l'endroit où l'on s'était assemblé. J'y fus enfermé [à l'hôtellerie de la Croix Blanche] dans une chambre, et soigneusement gardé par le consul et par des bourgeois qui étaient sous les armes [des miliciens], en attendant les archers et les troupes que ce Judas était allé chercher. El comme on s'aperçut que mes plaies étaient grandes et dangereuses, on envoya