‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 18 sur 334 · BROUSSON EXCUSE LU MEURTRE · texte numérisé non relu

BROUSSON EXCUSE LU MEURTRE

la terre, et comme cela faisait encore de la peine à La Vérune, M. Brousson le rassura en lui disant de lire les douze et treizième chapitres du Deutéronome » '. Gavanon rappelle à la lin de son récit que M. Arnaud, le pasteur colonel des Vaudois, ne lui parla pas autrement l'année d'après. « Je ne devais pas croire d'avoir fait un péché en ôtanl un persécuteur de dessus la face de la terre, et Dieu m'avaittirédela prison pour cet effet-là ». Brousson, n'était pas aussi rigoriste pour les autres que pour lui-même. Avec un mélange curieux de candeur et d'habileté que nous avons relevé en d'autres occasions, il osa soutenir la même cause devant la Cour. Il adressait à un secrétaire d'état, le 31 décembre lli!)2, en même temps qu'un ouvrage dont nous parlerons plus loin, la lettre suivante, qui est caractéristique ' :

Monseigneur,

Après que j'ai eu fermé et envoyé le paquet que je prends la liberté d'adresser à Votre Excellence, j'ai appris que l'on tachait de nous rendre fort odieux à la Cour au sujet de la mort du Sr Lambert, l'un des consuls d'Anduze. Mais, premièrement, il ne serait pas juste d'imputer à plusieurs innocents la faute d'un seul homme qui est coupable. Secondement, il serait à souhaiter qu'il lut le bon plaisir du Roi d'ordonner à MM. les marquis d'Anduze et de Tornac, qui sont des gentilshommes d'honneur et qui étaient bien informés de la vie du défunt, de dire quel homme c'était ; car nous sommes persuadés qu'ils n'en rendraient pas un bon témoignage.

En effet, Monseigneur, c'était un homme sans jugement, sans conscience, ardent pour la proie, vivant de cela, renieur et blasphémateur du saint nom de Dieu. Un tel consul n'était pas fort propre pour donner de bons exemples au peuple. II n'y a pas longtemps qu'un des principaux seigneurs qui sont revêtus de l'autorité publique dans cette Province, disait en parlant de cet homme : Nous savons bien que c'est un coquin, mais nous en avons besoin. C'était l'homme du jésuite Ribot, fameux persécuteur qui, en divers temps, fit pendre dans Anduze plusieurs personnes qu'on accusait seulement d'avoir été dans les saintes assemblées pour prier Dieu, et qui mourut ensuite désespéré, ayant toujours devant les yeux des hommes pendus3.

t. Bull. XL, 531, Deutéronome, XIII, λ : » Tu racleras le méchant <lu milieu de toi». Le mot de racler est, dans L'ancienne version, celui dont Dieu >e sert pour annoncer qu'il détruira les hommes par le déluge (Genèse, \ 11, '0. >■ .le raclerai de dessus la terre toute chose qui subsiste ■>.

2. C. 191. Dossier Brousson. Publié en partie Doueu, II. 196, et m extenso Rouquette, II, 98.

3. Ribot est nommé par Elie Benoit, llist. Ed. </»' Nantes, V, 'J~-2

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Il y a deux ans que ce même Lambert, ayant pris quelques personnes, qui étaient aussi soupçonnées de venir d'une assemblée, et parmi lesquelles était sa cousine germaine1, une des plus honnêtes tilles de ce pays là, il dit à M. l'intendant : Monseigneur, il faut que ma cousine germaine soit pendue la première. Mais M. l'intendant lui dit qu'on ne faisait plus pendre les gens pour avoir été dans les assemblées.

Brousson raconte ensuite l'arrestation du fugitif Poujol « qui faisait quelquefois la prière avec ceux qui avaient la charité de lui apporter à manger, mais il ne se mêlait pas de prêcher au peuple », et note qu'il est mort aux galères.

C'était là, poursuit-il, le métier de cet indigne consul. Comme il était misérable, il ne songeait qu'à chercher quelque pauvre lidèle pour le saisir et pour vendre le sang innocent, afin de vivre du salaire de l'iniquité. Mais enfin Dieu, qui par sa sage Providence conduit tous les événements du monde, a permis qu'il ait péri en faisant ce malheureux métier. Car la grande envie qu'il avait de recevoir seul la récompense de la capture d'un jeune homme fugitif qui était dans la maison d'une veuve2, fut cause qu'il y alla seul pour le prendre. Ce jeune homme le voyant sur la porte lit effort pour sortir, et comme Lambert le suivit et qu'il commença à appeler quelque soldat de milice, le jeune homme, qui avait quelque couteau à la main le menaça de le tuer s'il ne le laissait aller ; il lui scia même la main avec le couteau, et voyant qu'il ne voulait pas le lâcher et que le danger était grand pour lui, il lui donna dans le ventre et le tua. C'est ainsi que cela nous a été attesté par des gens d'honneur qui étaient à Anduze quand cela arriva.

Cependant, ceux qui ne pensent qu'à irriter Sa Majesté contre nous, lui parlent de cette action comme d'une affaire extrêmement grave. Quelques jours même après que cela fut arrivé, il y eut un de ces semeurs de fausses nouvelles qui, venant d'Anduze, et étant arrivé dans un lieu où j'étais, dit à une personne qui me le rapporta, que c'était moi, avec deux autres, qui étions dans la chambre de cette veuve, et que Lambert m'ayant voulu saisir comme le plus apparent des trois, je l'avais tué. Cependant je prends Dieu à témoin que lorsque cela arriva, j'étais fort loin d'Anduze, aussi bien que l'homme qui m'accompagne, et qui est un homme sage et craignant Dieu. Je prends même Dieu à témoin qu'il y a plus de dix ans que je n'ai été dans Anduze.

Aussi je ne crois pas qu'on ait osé m'accuser en écrivant à la Cour ; d'autant plus que tout le monde sait que je suis ennemi des violences

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