LES PRKDICAN'TS PROTESTANTS
par Mézeray (p. 703). M. D. Benoit a eu la bonne fortune de la retrouver, il en a compris l'importance, il l'a réimprimée à la suite d'une prédication historique qu'elle avait inspirée, puis dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, et à cette dernière occasion il en a défendu l'authenticité par des raisons dont la plupart sont excellentes, et sur lesquels nous allons revenir1.
« L'original de la Lettre, disait E. Schérer dans son journal, ne porte ni date ni signature ». Nous ne le possédons plus, nous ne savons comment il parvint aux mains de son premier éditeur, et l'expression dont se sert celui-ci ne nous permet même pas de décider s'il s'agit pour lui d'un document de 1G95, ou d'une copie qu'il aurait tenue pour authentique. Force est donc de juger de la pièce par son contenu.
La lettre se donne pour avoir été écrite de Montpellier à un étranger, qui a posé à son correspondant languedocien un certain nombre de questions concernant les prédicateurs de France. L'auteur nomme d'abord ceux « qu'il a connus ». Il expose comment ils prêchent et donnent la Cène, et comment d'autres se bornent à lire des sermons ou des prières. Il révèle l'existence de réunions annuelles qui rassemblent tous les prédicants, et raconte tout au long l'assemblée de ce genre qui s'est tenue à Montpellier du 23 au 27 décembre 1694, et qu'il nomme « un Synode ». Il en a été lui-même, dit-il, « Modérateur » (président), il y a sinon prêché, du moins prononcé une Action de Grâces après la Cène. Il mentionne les solutions prises par l'assemblée, relatives en particulier aux baptêmes, aux mariages, aux abjurations, à l'établissement des anciens. Il fournit enfin quelques détails sur la manière dont les fidèles sont convoqués aux cultes secrets, sur la sagesse et la discrétion des « ministres » quand ils logent dans les villages, sur les charités secrètes et personnelles dont ils vivent, et termine par une anecdote, qui montre avec quelle sécurité une trentaine de personnes ont pu, à Montpellier même, et grâce au fils de l'intendant, célébrer le culte interdit. Quelques mots en post-scriptum annoncent l'arrestation de Papus le 7 février et son supplice le 8 mars suivant.
Lors de sa publication par D. Benoit, l'authenticité du document fut vivement combattue par M. Fonbrune Berbinau.
I. l'Héritage des Pires, et le premier S mode du désert, discours... du 28 nov. is'.i:. s» ,1.- lu pa-c-s. Miiiilaiibaii (1898). Bail. L, 337. M. Benoît ignorait que la lettre cul été reproduite dans V/ichodeta Réforme.