I. Allusion a Luc XXII
1. J'ap. Court, 17, B, f' 9fi : Notes d'un Anduzicn qui s'était trouvé dans la ville au moment de L'affaire. Nous lui avons emprunté quelques détails.
3. Fille d'un S (Iras. Interrogée le 6 décembre. Elle a quarante ans. C. l'i.
48 LES PRÉDICAKTS PROTESTANTS
réformée, dans laquelle elle veut vivre et mourir, et refuse de prêter serment, « parce qu'elle a lu en l'Ecriture qu'il ne faut jurer ni pour (par) le ciel ni pour la terre ». « Elle n'a que trop fait abjuration, qu'on la lui fit faire par force devant le curé de Boisset »,et cependant, comme beaucoup d'autres clients du bon vicaire, elle ne s'est pas présentée devant lui, « son mari l'ayant fait comprendre dans le même billet qui lui fut donné ». Comme Daudé lui demande si depuis sa première arrestation elle a assisté à quelque assemblée, elle répond « qu'elle n'a pas été assez beureuse d'en avoir la rencontre ». Sa maison, dans Anduze même, autant qu'en dehors des murs celle île la femme Bourguet, est un asile connu des fugitifs. Une femme de Monteils (près de Florac) s'y est retirée depuis peu. qui venait de voir son mari, « aux galères pour fait de religion ». L'interrogatoire nous fait connaître que les soldats y ont pris non seulement l'accusée, mais, en même temps qu'elle, <t Dumasse de Soudorgues, et une jeune fille nommée Isabeau », que divers renseignements nous permettent de considérer comme deux des prédicantes dont la foi de Brousson s'émerveillait'.
Dumasse. de son vrai nom Marie Laune, veuve de Pierre Dumas, du Cros, paroisse de Soudorgues, était fugitive depuis les Conversions". Depuis sept ans, par conséquent, elle errait dans les Cévennes. D'autres femmes étaient, comme elle, fugitives pour n'avoir pas voulu répondre à des décrets de prise de corps. Il est naturel qu'elles se soient rapprochées des prédicants. Assujetties à la même vie anormale, elles eu sont venues quelquefois à s'agréger aux troupes qu'ils formaient. Une femme Caumel était demeurée huit jours dans la baume de Carnoulès avec Vivent. Nous avons vu Dumasse. en août et en septembre 1692, avec Dauphiné et La Verdure. Elle a même, comme eux, son surnom, on l'appelle La Veuve3. Elle est devenue, comme eux encore, capable de parler et d'exhorter. Daudé la considère comme « fugitive et prédicante ». Pendant les quinze jours qu'elle est demeurée malade, à Anduze, cachée dans la maison de la femme Bourelly, s elle lui a fait souvent la prière, et à plusieurs voisines ». Ses compagnons ont d'ailleurs tantd'affec-
i. Nous avons pas retrouvé le dossier de ces deux prisonnières.
2. Elle ligure an placard de La Trousse avec son fils ou son beau-frère : Marie Laune veuve de P. Dumas, du mas del Crou. Jean Dumas, dumasdel dos. Bull. LV, pp. 141, 14-2.
3. Le fils Puech la vit le 24 septembre à Pascalou. Elle disait être « du côté du Vigan ». (C. 172. Dossier de l'ass. de la Cam).
ISAHEAU HEDOURTIEH-IMNTARDE i'.l
tion pour elle, que la femme Bourguet, quand elle l'a sue enfermée dans la ville, n'a plus compté recevoir ses hôtes ordinaires ; k elle a dit en manière de plainte que ladite Dumasse était cause que les prédicants ne venaient plus chez elle »'.
La jeune Isabeau, a sans père ni mère, qui estdesPlantiers », également fugitive, et suivante des prédicants, est venue aussi chez la femme Bourellv et y a été saisie. Elle nous arrêtera davantage. Nous n'avons plus, malheureusement, les pièces de son dossier. Mais Brousson, qui l'a connue, nous permet de l'identifier avec Isabeau Bedourtière [fille de Bedourlier] (20 ans en 1689), née à Milherines, au pied de la Montagne du Liron2.
Le Liron avait été souvent parcouru par Vivent au début de son activité, et il semble que ce soit délibérément que la jeune Bile se soit jetée dans les bois. Le 27 mai 1688, sa sœur Marie et elle se faisaient « émanciper s par leur père, afin sans doute qu'une condamnation éventuelle prononcée contre elles ne put porter atteinte aux biens de la maison 3. Isabeau est certainement « la fille » comprise au nombre des onze ministres ou proposants que Méjanel avait comptés dans l'assemblée convoquée en août 1689 près de Lasalle par Vivent et Dubruc. Suivie souvent s d'une autre demoiselle plus âgée », dit Brousson (c'était peut-être Dumasse) elle parcourut les Cévennes, présidant de petites réunions religieuses, mal vue par Roman qui, en décembre 1689, au Gastanier, la blâme publiquement de prêcher, s'imposant au contraire à Vivent et surtout à Brousson, « par sa modestie, son humilité, sa simplicité et sa piété ».
Une autre jeune fille, Pintarde [fille de Pintard], native de Cros, dont nous ne savons rien de plus que ce que Brousson a rapporté d'elle, s'était consacrée à la même oeuvre dès avant 1689. Elle n'avait, dit-il, que seize à dix-sept ans (en 1689 sans doute). 11 l'entendit avec stupéfaction, une nuit qu'il s'approchait d'une assemblée tenue vers Saint-Hippolyte, réciter convenablement un sermon de controverse qu'elle avait appris par cœur. Une pratique assidue de la Bible, en particulier- des