LE MARIAGE
mais l'Eglise Romaine exigeait, pour célébrer la cérémonie, que les conjoints se fussent confessés. Les N. C. furent rebelles à des exigences qui leur coûtaient trop'. Ils ne se marièrent pas devant le prêtre, soit qu'ils aient volontairement retardé les unions projetées, dans l'espoir que la liberté religieuse leur serait enfin rendue, soit plutôt qu'ils aient jugé un contratnotarié ou un consentement familial provisoirement suflisants pour légitimer devant Dieu la vie commune de deux fiancés. Les nécessités de la loi civile, qui ne reconnaissait pour authentiques que les unions inscrites sur les registres curiaux, amenèrent peu à peu les religionnaires à de nouvelles concessions. Brousson, dans l'Epitre que nous avons citée, condamnait le mariage catholique aussi durement que le baptême. Lorsque en 1604, Papus. à son retour en France, constata que ses coreligionnaires n'hésitaient plus à demander aux curés la bénédiction nuptiale, il s'adressa aux lumières du pasteur Clarion, pour obtenir de lui une nouvelle condamnation du scandale. De la Lettre que le ministre de Lausanne composa alors, et dont il était satisfait, nous n'avons plus qu'un fragment, qu'il avait recopié pour l'adresser à un protestant de Nîmes*.
Clarion n'admet point que l'on aille au mariage catholique comme à une « res politica » , oii la conscience n'est point engagée 3 :
. . . Mais prenez-y garde vous-mêmes, si vous nie croyez, al n'ayez point de part à des relâchements si épouvantables, car Dieu ne regardera point à ce que le mariage est bon de la nature, et qu'il peut être administré par des ministres qui sont approuvés par le magistrat, dans des pays où l'on se peut trouver et où il n'est pas possible d'en pouvoir user autrement. Mais je vous déclare que Dieu vous punira pour les crimes énormes qu'il faut commettre infailliblement pour pouvoir obtenir la bénédiction de ces sortes de mariages, et pour la lâcheté que vous avez encore de reconnaître pour des légitimes ministres les ministres de l'Antéchrist qui sont les seules personnes à qui vous êtes obligés de vous adresser pour en recevoir la bénédiction. Kt soyez assurés que Dieu ne laissera pas impunie
1. Le Registre cath. de Lasalle, du là octobre 1685 au 30 décembre 1G87, ne mentionne qu'un mariage entre Nouveaux Convertis.
2. C. 17i. Dossier Papus. Voir plus haut, II. lin. La lettre est du milieu il'' septembre 1694.
.:. L'expression (qui n'est point dans la lettre de Clarion) avait été employée par Il ■- premiers docteurs luthériens. Luther avait dit : « Le mariage est une chose temporelle. 11 n'intéresse l'Eglise qu'en ce qui touche la conscience».