‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 220 sur 334 · I. III · texte numérisé non relu

I. III

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JEAN ROQIES 103

Teissicr. de Durfort, affirmait courageusement, devant Bâville, a qu'il avait prêché comme un bon ministre ». Les tièdes ne les admiraient point, surtout quand ils devaient exprimer leur avis devant un juge. Bonfils a prononcé un jour une « belle prédication », suivant l'un de ses auditeurs, mais un autre a trouvé <t qu'il n'avait dit que des sottises, ne parlant qu'à travers champs, et ne se suivant pas dans ses discours s. Rien ne nous est parvenu de Manoël. Nous savons seulement qu'au Clauzelet, les D"ts de Belcastel s'accordèrent à trouver qu'il prêchait fort mal.

Après le bouillonnement passionné des premiers mois, les admirateurs des prédicants, et les prédicants eux-mêmes, sans perdre leur vertu ni leur zèle, étaient revenus à un état d'esprit moins exalté. On n'entendit plus dans les airs, dès le mois de mars 1G8G, ni des roulements de tambour, ni le chant des anges. Du jour où l'émotion fiévreuse des Cévenols ne soutint plus les improvisations de leurs nouveaux pasteurs, ceux-ci sentirent mieux leur insuffisance, et s'appliquèrent avec plus d'exactitude à prononcer des sermons pareils à ceux des ministres exilés. La prédication, d'abord tumultueuse, prit des allures plus régulières, et revint, extérieurement du moins, à la forme classique. Un « exorde j> était suivi d'une « division », énonçant les parties successives du discours. Si Meirueis, d'Anduze, illettré, « disait tout ce qui lui tombait dans la pensée », et se contentait d' « exciter les autres à prier, en répétant les passages de l'Ecriture Sainte qu'il savait », d'autres, plus instruits, utilisaient les souvenirs qu'ils conservaient des prêches d'antan.

Les dossiers de L'intendance du Languedoc vont nous permettre de préciser nos affirmations. Une étude d'ensemble des sermons qui nous restent n'offrirait pas d'intérêt. Il est plus instructif d'examiner successivement les prédicants dont les papiers nous sont restés.

§ 2. — Jean Roques.

L'ébauche la plus informe qui nous ait été conservée, fait partie du dossier de Jean Roques, l'ancien établi par Vivent au Pré de Montvaillant. Nous pouvons le mettre ici au nombre des prédicants, car certainement, si le supplice n'eût interrompu son activité, il aurait, comme Manoël qui mourut avec lui, prononcé des discours. Roques (juin 1687) fut trouvé porteur de

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« petits Psaumes », d'un livret couvert de parchemin (que nous n"avons plus) et de quelques feuillets de papier, sur lesquels il aAait écrit « des prières, et un commencement de sermon »'.

L'une de ces prières, inachevée, était une oraison à l'usage des fugitifs9. Roques déclara que « ce que le juge appelait un sermon, était une lettre qu'il avait commencé de composer pour envoyer aux fidèles de Montpellier et de Nîmes ». 11 n'est pas douteux un instant, en eflét, que nous n'ayons là une composition originale. Il en subsiste deux fragments mutilés.

L'un commence par îles éloges : « Vos belles vertus [et votre. . . 3] charité, sont la cause que fje prends] la plumé pour vous témoigner [la douleur que j'ai] qu'il y a encore des gens dans ce lieu [qui persistent dans] l'erreur, et l'idolâtrie.... » Après ce début. Roque rappelait les souffrances « de ceux qui, aux dépens de leurs biens et de leur vie, font tout leur effort. . . pour retirer ceux qui malheureusement par une timidité et une lâcheté horrible ont abandonné la doctrine de Dieu et des Prophètes et Apôtres ». On notera, dans les mots qui suivaient, la douloureuse vérité de la phrase que le prédicant consacre a sa famille. Il avait alors un frère aux galères, sa mère et ses sœurs erraient dans les bois, et la maison paternelle de Sainte-Croix de Gaderles, avait été rasée*.

. . . Mesmes, nous voyons tous les jours souffrir tant de fidèles. 1rs uns en prison, les autres en galère, les autres exilés, les autres hérans çà et là dans les montagnes, dans les cavernes, dans les trous de la terre, dans les lieux les plus reculés du commerce des hommes pour esviter leur rage... Je nie puis mètre de ce nombre, en ayant ma famille dispersée. . à la garde du bon Dieu, et il n'y a point de cruautés exercées contre nous, soit par enlèvement de biens ou prisons ou galères que les gens de ce lieu ne soit coupables, et Surtout ceux qui exercent la justice et la police. Cela est espouvantable «pie ceux qui avet charge dans l'Eglize «lu Seigneur et quy avoit promis avec serinent de l'édifier, soit ceux qui la persécutent

I. C. 166. l.i' havresac île Roques ne fut pas saisi. Voir I. p. 203.

-.'. " Seigneur uostre bon Dieu ci nostre bon Père, lu nous traites aujourd'huy comme autrefois le Père «les croyants, quand lu luy comandas de quyter son pays et son parantage pour aler au lieu que tu luy avois préparé. Seigneur, tu nous en lais de même. Dispose nous, grand Dieu, afin que nous le suivions par tout de la manière que lu le demandes de les véritables en tans : donne nous. .. »

S. Nous rétablissons les mots par conjecture.

l. Orth. orlg.

JEAX ROQOBS iH.'i

avec tant de cruauté et faisant la guerre à Jésus-Christ1. Quand vous n'auriez fait autre chose que ce qu'ils ont fait contre Caderles, considérés bien ce qu'ils ont mérité. . . Nous ne sessons pas pour cela de prier le bon Dieu de leur faire miséricorde, et de leur donner une vraye repentance alin de les retirer du piège du diable pour les rejoindre de rechef avec nous dans son Eglize.

L'autre feuille ressemble davantage à un sermon. L'assurance du châtiment salutaire de Dieu, cette suite de paroles bibliques, ou d'expressions empruntées à des lectures pieuses, agencées en des phrases incorrectes, et le ton de conviction qui anime le passage tout entier, font de ces lignes un fragment typique. Si l'on songe en outre que la Lettre devait être l'avertissement d'un paysan des Cévennes aux citadins de la plaine, on savourera mieux encore sa naïveté et sa confiance enfantines2.

Mes chers frères et sœurs, C'est avec an estréme regret que je vois vostre malheur, et quand je considère la grandeur de vostre péché et vostre persévérance en iceluy, je ne puis me tenir de soupirer, voyant les menaces que Dieu fait dans sa parole contre telz péchez ; car quand je considère foreur que Dieu a contre les pécheurs inpénitans et principalement celuy de l'idolâtrie et delà révolte contre luy et ces saints commandements, car Dieu dit qu'il n'y a point de paix pour le méchant : il faut se repantir nécessairement ou estre dannés. et Dieu ne veut pas la morl du pécheur, mais sa vie. Ce bon Dieu nous châtie non pour nous perdre, mais pour nous sauver. C'est pour cela qu'il nous chastie car à cau/.e que nous n'avons pas voulu nous amander a la voix de ses exortations ny à la voix de ces promesses ny de ces menaces, il a employé la voix de verge, et nous a livrez entre les mains de nos enemis. Et maintenant il ne faut plus atandre à ce convertir, il est temps que vous vous convertisiés. et pourquoy n:our(r)iez vous ô maison d'Israël ? Aujourd'hui si vous oyez sa voix n'andurcisés point vos cœurs, de peur que Dieu ne jure en son ire que vous n'enterés point en son repos. Représantés vous ce peuple d'Israël quand il forma le dessain de retourner en Egipte, Dieu jura qu'il n'entreroit point. Représantés vous, peuple ingrat, après que Dieu avoit reformé son Eglize par un efet de son amour et de sa toute puissance, et quy a coûté tant de sang et de milions. pour soubtenir cette heureuse

t. A Andu/c. l"apostat Lambert avait été ancien dans L'Eglise détruite. Sans doute i Saint-Jean un persécuteur se trouvait avoir rempli la même charge. Lasalle abritait Bagars.

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