Ce me semble. En patois : Aisso mi semble
ili LES l'RKDICANTS PROTESTANTS
que celles de la privation de ce bel astre que Dieu leur avait donné pour les éclairer. Vous voyez que lorsqu'il arrive quelque jour qui se lève de brouillards ou de vapeurs, qui empêchent que ce soleil ne peut répandre ses rayons sur notre horizon, nous sommes tout pleins de chagrin et d'inquiétude dès que ce bel astre ne nous éclaire pas de sa lumière. Il semble que la terre soit en deuil dès qu'elle n'est pas illuminée des rayons de ce soleil. Outre encore que le soleil a la l'acuité de faire produire la terre et de la rendre fertile, car sans le soleil la terre ne produirait point de fruits. La lune aussi ne donnerait aucune lumière, car la lune n'a point de clarté qu'elle n'ait empruntée au soleil. C'est donc ce soleil qui fait produire la terre, qui fait croître les plantes et qui leur fait produire et leurs fruits et leurs fleurs. Jugez, mes frères, si les Egyptiens n'avaient pas suzet d'être affligés, se voyant privés d'un si grand et d'un si glorieux avantage. Il est vrai qu'il y avait un endroit qui s'apellait la terre de Gossen, que Dieu avait choisi pour retirer son peuple, où Dieu les faisait encore jouir de la lumière du soleil, tandis que l'Egitte était en ténèbres.
Voilà, mes frères, un emblème de ce qui nous arrive aujourd'hui dans la France. Il est vrai que les ténèbres de l'Egitte étaient bien différentes île celles de la France, car en Egitte ils n'étaient privés que du soleil de la nature, dont nous jouissons encore. Ils n'avaient pas cet avantage d'être éclairés de la lumière divine, mais nous, dans la France, nous avions ce soleil de justice, .lésus-Christ Notre Seigneur cet Orient d'en haut qui portail la santé en ses ailes. Mais maintenant s'est éclipsé du milieu de nous. 11 ne donne plus sa lumière et ne nous favorise plus de ses grâces. Ces villes et ces lieux qui autrefois éclairaient tout en gloire et en esplendeur. maintenant sont devenus des Egittes ou des Sodoines tout enveloppées de fumée ; on n'y entend plus la voix de l'époux ni de l'épouse, on n'y entend plus la voix de la vérité. Le mensonge y crie à plein gosier, et semble qu'il triomphe tout à fait de la vérité. Il est vrai, mes frères, qu'il y a encore ici comme une autre Gossen, où Dieu fait encore jouir de quelque petit rayon de cette lumière divine. Non pas qu'il éclaire de toute sa force, car c'est comme quand le soleil est offusqué par le nuage. Je veux dire que nous, qui sommes ici, qui vous prêchons cette Parole, nous ne pouvons pas vous entretenir de matières de théologie. Je veux dire que nous ne pouvons pas vous expliquer cette sainte Parole comme autrefois vos menistres. Mais suivant les lumières que Dieu nous en a données, nous vous entretiendrons de sa Parole. Nous sommes comme de petits lugminions (sic) fumants, mais il ne reste pas que par le moyen de cette lumière, si vous la voulez suivre, que vous ne parveniez au Royaume desCieux : si vous suivez cette lumière, vous pouvez vous conduire dans le désert de ce monde, en attendant que Dieu rallume ce divin flambeau. Autrement, si vous ne suivez cette lumière qui vous éclaire maintenant
vous ne pourrez que tomber dans les ténèbres. Notre Seigneur Jésus nous y avertit dans les paroles de notre [texte]. Encore un petit de temps, dit-il, la lumière est avec vous, chemines tandis que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent, car qui chemine en ténèbres ne sait où il va. Voilà, mes frères, les paroles que nous avons choisies pour servir de sujet à cette présente méditation, moyennant l'assistance de l'Esprit du Seigneur. Et pour vous en donner toute l'intelligence dont nous pourrons être capables, nous y considérerons ces trois points le plus brièvement qui nous sera possible. Au premier, nous verrons l'avertissement que Xotre Sauveur nous donne ici. quand il dit : Encore pour un petit de tempsla lumière est avec vous. Et en second, les avantages que nous devons recueillir, conçus en ces mots : Cheminez tandis que vous ave;- lu lumière. Et en troisième et dernier, il nous veut faire voir pourquoi nous devons marcher en cette lumière; «'est afin que les ténèbres ne vous surprennent, car, dit-il. qui marche en ténèbres ne sait oii il va.
Après avoir commencé sur un ton si simple, le prédicateur vers la (indu sermon, hausse la voix, et c'est encore lui qui nous fournit l'exemple le plus frappant de la vigueur avec laquelle les pi'édicants surent fouetter les consciences rebelles. Combien sur ce point Bringuier nous parait inférieur à lui !
O mon Dieu, me direz-vous, que nous dites-vous ? Pourquoi nous voulez-vous allliger de cette manière ? Pourquoi ne nous donnezvous de meilleures espérances? Mes frères, ne vous (lattez pas sur cela. Si vous méprisez la patience du Seigneur, il est certain qu'il retirera entièrement sa grâce de vous... Et ainsi, lidèles. je vous annonce aujourd'hui de la part de Dieu, que si vous ne profitez pas de cet avantage qu'il vous fait, de vous illuminer de sa lumière, vous serez enveloppés par les ténèbres. Etant dans les ténèbres, que pouvez-vous attendre que de tomber dans les abîmes de la mort et de la condamnation éternelle ? car les gages du péché, c'est la mort.
Oui. misérables que vous êtes, vous qui allez à la messe, vous crucifiez votre Sauveur, vous qui ne vous contentez pas d'y aller, mais encore, au lieu de détester cette idolâtrie, allez encore vous présenter devant ces faux docteurs, pour aller confesser vos péchés, et encore êtes bien si aveugles que de croire de ne faire pas péché. Vous ne pouvez pas dire que vous n'allie/, contre le commandement de Dieu, qui dit : Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et travaillés et je vous soulagerai. Vous ne pouvez pas ignorer que lorsque vous vous présentez devant ces gens là, que vous ne commettiez une grande idolâtrie ? car vous dérobez la gloire de Dieu, pour la donner à l'homme ! Vous servez à la créature et abandonnez le Créateur ! Et ainsi, éveillez-vous, misérables, ouvrez vos yeux et voyez : les ténèbres vous ont déjà surpris. Je vois, si vous n'y prenez pas garde, que
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vous vous précipitez dans l'abîme de la mort éternelle. Et ainsi, mes frères, aujourd'hui que Dieu vous fait voir la lumière de sa loi, par lequel vous pouvez voir vos taches, lavez ces taches par des larmes de votre rcpentauce. alin de nettoyer toutes vos laideurs.
Vous qui n'avez pas encore confessé, et qui ne vous êtes pas présentés devant ces séducteurs, gardez-vous bien d'en approcher et regardez-les comme des anges de Satan qui travaillent à vous entraîner dans les abîmes. N'en faites jamais rien, quand il vous en faudrait perdre la vie et tous vos biens.
Et vous, pauvres âmes qui avez été si malheureuses que de vous présenter devant ces gens là pour leur ouvrir votre cœur, pleurez, incessamment votre péché, alin que par ce moyen vous puissiez faire votre paix avec Dieu. Ne vous endormez pas sur cela, car vous n'avez qu'un pas à faire pour passer plus outre. Vous ne pouvez que tomber tout à fait dans la sécurité charnelle. Si vous passez plus avant, et que vous vous portiez à cette extrémité de prendre cette hostie, il ne vous faut plus attendre de grâces du ciel, car vous aurez péché contre le Saint-Esprit, et vous savez que le péché contre le Saint-Esprit n'est point pardonné, ni en ce siècle ni en celui qui est advenir. Ainsi, fidèles, ne passez pas plus outre : arrêtez-vous sur le seuil d'une maison si dangereuse, alin que par ce moyen vous puissiez encore être regardés de Dieu comme ses enfants, et être du nombre de ceux qui ont droit à l'héritage des Sainls en la lumière '.
Rocher portait sur lui, avec ses sermons, tout un cahier de longues prières qu'il avait copiées sur quelque livre de piété 2. Sur un second cahier, il en avait transcrit une autre, entièrement composée de paroles bibliques, choisies particulièrement dans les Psaumes. Mais sa piété pouvait se passer de ces appuis extérieurs. Ses prédications se terminaient par une courte prière, où il savait ramasser en quelques requêtes pressantes toutes les instructions du discours. Voici comment s'achève le sermon sur Le Soleil de justice (Mal.. IV, 2).
Nous te remercions. Seigneur, île la grâce que tu nous fais, de pouvoir entendre ta sainte et divine parole. Grave-la profondément
I. Ou trouvera aux Pièces Justificatives, un extrait du sermon sur Jean. XVI. 33, et L'exorde et quelques développements du sermon sur le Psaume CXXYI. 5, tout aussi caractéristiques. Les cinq sermons que nous avons mentionnés, bien qui- dans quelques-uns la dernière phrase demeure en suspens, sont cependant achevés. I.e dossier contient les exoides de deux prédications sur Luc, XIX, 41. ..' et sur le Psaume CXXV. 1.
•2. Sur la connaissance et le repentir de nos péchés : Pour écarter /es malheurs que nos péchés méritent ; Pour demander une terme foi ; Pour l'humiliation du cœur sous la Providence divine ; Pour la délivrance et le re/ios de l'Eglise ; Pour un malade : Pour dire avant de participer à la Sainte Cène ; Elévation d'esprit à Dieu dans la maladie: et quelques antres.
dans notre cœur, afin que, par ce moyen, nous soyons portés à t'aimer et à te servir dans tout le temps de notre vie. Puisque tu viens de nous apprendre, ô notre bon Dieu, qu'à ceux qui craignent ton nom se lèvera le soleil de justice, et santé sera dans ses ailes, faisnous cette grâce, ô bon Dieu, que nous ayons cette sainte crainte, alin d'être favorisés de cette glorieuse lumière, afin d'être guéris de notre maladie spirituelle, puisque ce soleil a la faculté de porter la santé en ses ailes. Fais, grand Dieu, que ses divins rayons percent entièrement nos ténèbres, qu'il dissipe tous les obstacles et tous les empêchements qui se pourraient opposer à notre salut. Détruis tous les conseils et toutes les entreprises de nos ennemis, lorsqu'ils consultent notre perte et notre ruine, et nous fais cette grâce d'être toujours secourus et aidés par ton Saint-Esprit.
Rien n'est plus sain, dans son respect de la tradition protestante, que cette foi éclairée et vécue. Les pasteurs des Gévennes qui avaient formé leurs chantres à une telle piété, méritaient mieux que les violents reproches dont Brousson en 1688 poursuivait leur activité passée. Les prédicants qui remplaçaient les ministres exilés, disaient encore avec quel sérieux ceux-ci avaient nourri leur troupeau de la Parole de vie.